Sept décennies. En 1939, la famille Van Cleef & Arpels ferme son adresse de la place Vendôme, à Paris, et émigre à New York pour échapper au nazisme. Un bureau au Rockefeller Center, un magasin sur la très luxueuse 5e Avenue, puis des succursales à Palm Beach, Beverly Hillsà Les Etats-Unis deviennent bientôt la seconde patrie du joaillier français et son marché de prédilection. 2009 : alors que les images de la crise financière ont terni les couleurs du rêve américain, Van Cleef & Arpels célèbre en format Cinémascope et haute joaillerie ses septante ans de ...

Sept décennies. En 1939, la famille Van Cleef & Arpels ferme son adresse de la place Vendôme, à Paris, et émigre à New York pour échapper au nazisme. Un bureau au Rockefeller Center, un magasin sur la très luxueuse 5e Avenue, puis des succursales à Palm Beach, Beverly Hillsà Les Etats-Unis deviennent bientôt la seconde patrie du joaillier français et son marché de prédilection. 2009 : alors que les images de la crise financière ont terni les couleurs du rêve américain, Van Cleef & Arpels célèbre en format Cinémascope et haute joaillerie ses septante ans de présence sur le sol des Etats-Unis. Un trip imaginaire. Lancée en grande pompe le 15 octobre dernier à Malibu, California Rêverie est une sorte de voyage halluciné sur la côte Ouest des années 60-70. Un trip imaginaire sur la célèbre nationale n° 1 - où défilent en version bijou panoramique la baie brumeuse de Big Sur, les palmiers de Venice Beach - entrecoupé d'escapades botaniques dans les grands parcs naturels de la région (Yosemite, la Vallée de la Mort, le désert Mojaveà). A travers ces lunettes roses, la nature, sujet fétiche de la maison fondée en 1906, prend donc la pose en format géant. Un grand disque d'opale de près de 100 carats aux feux orangés sur lequel se détachent un palmier en diamants et une mer de saphirsà On frise le cliché de carte postale. Car, avec ses bijoux composés comme des paysages en 3D, California Rêverie est un hommage à la photographie. Américaine en l'occurrence. William Eggleston et ses couchers de soleil, la beauté sauvage des grands parcs naturels immortalisés par Ansel Adams qui ont inspiré des bracelets panoramiques : vues en mosaïques d'onyx du désert craquelé de la Vallée de la Mort fleuri de cactus ou du lac Tahoe revisité en version psychédélique. Un trésor d'archives. Les années 1960-1970, époque de création joaillière particulièrement inventive, ont ainsi servi de base à cette collection riche de 150 dessins. Ressortis des archives du studio new-yorkais : les bijoux aux dimensions XXL comme ces larges manchettes ou ces immenses sautoirs à grosses perles de calcédoine, les associations de pierres dures et fines comme la turquoise avec l'améthyste, le corail et le grenat mandarin. Les couleurs aussi, plus intenses qu'ailleurs sous la lumière de Californie. Le bleu " Splash " des piscines peintes par David Hockney qui perle au bout d'une paire de boucles d'oreille, le rose du plumage d'un flamant, de l'orange vibrant, du vert émeraude. Une expo au Japon. En attendant le retour de la collection à Paris, au printemps prochain, Van Cleef & Arpels s'est déjà évadé vers Tokyo. Le Mori Arts Center accueille, en effet, jusqu'au 17 janvier prochain une grande rétrospective (plus de 250 pièces exposées) dédiée au joaillier. Le prélude à une prochaine rêverie orientale ? Charlotte Brunel