Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'en dix ans, le prêt-à-porter masculin a trouvé ses marques. Depuis le sacre d'Hedi Slimane chez Dior au début des années 2000, le secteur n'a cessé de gagner en légitimité, en liberté, en sophistication. Les créateurs de mode n'ont jamais autant chéri les hommes qu'aujourd'hui, leur offrant une garde-robe hétéroclite et pointue. Malgré la crise économique, les marques redoublent en effet d'inventivité pour rencontrer l'exigence de ces messieurs en matière d'allure. Grâce à la crise même, si l'on ose écrire, la portabilité des fringues passe avant tout, exit les expérimentations gratuites et les spectacles à freaks grand-guignolesques qui ont un temps excité l'ego de certains. Riccardo Tisci revêt bien sa cabine de masques de catcheurs mexicains. En revanche, ses pièces s'assagissent dans l'ensemble. Même John Galliano se dirige vers plus de sobriété à la faveur d'un show en hommage à Charlie Chaplin. Ce recentrage sur l'essentiel d'un v...

Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'en dix ans, le prêt-à-porter masculin a trouvé ses marques. Depuis le sacre d'Hedi Slimane chez Dior au début des années 2000, le secteur n'a cessé de gagner en légitimité, en liberté, en sophistication. Les créateurs de mode n'ont jamais autant chéri les hommes qu'aujourd'hui, leur offrant une garde-robe hétéroclite et pointue. Malgré la crise économique, les marques redoublent en effet d'inventivité pour rencontrer l'exigence de ces messieurs en matière d'allure. Grâce à la crise même, si l'on ose écrire, la portabilité des fringues passe avant tout, exit les expérimentations gratuites et les spectacles à freaks grand-guignolesques qui ont un temps excité l'ego de certains. Riccardo Tisci revêt bien sa cabine de masques de catcheurs mexicains. En revanche, ses pièces s'assagissent dans l'ensemble. Même John Galliano se dirige vers plus de sobriété à la faveur d'un show en hommage à Charlie Chaplin. Ce recentrage sur l'essentiel d'un vestiaire masculin aux déclinaisons foncièrement limitées quand on le compare avec les possibilités qu'offre celui de la femme, débouche paradoxalement sur une créativité accrue. Une fois de plus, c'est dans l'adversité que le talent s'exprime le mieux. Pour faire la différence, gagner des points en originalité, les griffes hybrident, avec plus ou moins de goût et de subtilité, les codes traditionnels à des esthétiques venues de la rue, du sport, du monde du travail. La démarche était connue, elle se systématise et s'affine. En guise d'exemple, l'homme Prada aime le bleu de travail et la blouse verte de chirurgien, chez Dries Van Noten, le veston chic s'encanaille avec des rangers punky, et la délicatesse racée de Lanvin rencontre le monde de la randonnée. Outre ces recherches de style, on assiste également depuis quelques saisons à un sursaut fonctionnel, argument de vente masculin s'il en est : les matières sont de plus en plus légères et solides à la fois, l'emploi de nouvelles technologies, comme la découpe au laser, dessine des silhouettes précises et racées. En attendant de profiter de ce très bon cru, en voici l'essentiel, décliné en sept univers forts. Vestiaire doré comme une dune au soleil pour les maisons Gianfranco Ferré et Alexis Mabille, détour par une Chine fantasmée pour Paul Helbers qui mêle, chez Louis Vuitton, codes urbains et nomades, hommage de Jean Paul Gaultier (photo) au Marrakech d'Yves Saint Laurent à travers des caftans, sahariennes ou djellabas tout en couleurs chaudes, photos-souvenirs d'Indonésie de Roberto Cavalli imprimés sur sarouels. L'homme de l'été 2011 est complètement à l'Est. Marinières à gogo (Prada, Kenzo, Paul Smith, Junya Watanabe). Bleu marine en masse. Inspiration balnéaire : Riviera pour Salvatore Ferragamo (photo) et Corneliani, Biarritz pour Viktor & Rolf, Méditerranée des pêcheurs siciliens chez Dolce & Gabbana. L'homme de l'été 2011 maîtrise le n£ud de cabestan, coulant, de vache, voire de chaise double.Motards des pubs du sud de Londres chez Burberry Prorsum, punk-chic très Orange mécanique chez Dries Van Noten, dandy-rockabilly chez Versace, doucement glam-rock à la Robert Plant chez un Paul Smith déconcertant, cuir et khôl comme Dave Gahan chez Emporio Armani (photo), l'homme de l'été 2011 aime les guitares hurlantes et les vestes qui font Zip. Bleus de travail avec sac de menuisier à la taille ou blouses de chirurgien et d'ouvrier de la route défilent chez Prada dans un décor glacial comme le parking d'une usine, tabliers de manuel sur quelques modèles Kris Van Assche (photo) aux mains noircies de cambouis, tenues de pompiste pastel chez Walter Van Beirendonck. L'homme de l'été 2011 n'est pas prêt de partir à la retraite.Ambiance pique-nique chic en chemise à carreaux vichy verte chez D&G (photo), la deuxième ligne de Dolce & Gabbana, atmosphère bucolique chez Kean Etro. Catwalk en gazon pour les deux griffes. Appel à une urbanisation respectueuse de l'environnement chez le Japonais Mihara Yasuhiro. Éclats vert menthe au c£ur du défilé Hermès. L'homme de l'été 2011 voit la vie en green.Pour Moncler Gamme Bleu, Thom Browne dédie son défilé à la petite reine, Dirk Bikkembergs profite de la Coupe du monde pour enfoncer le clou de son sport-tailoring taillé pour corps musclés, Ermenegildo Zegna encanaille ses silhouettes classiques de sac-à-dos de randonneur (en cuir, certes), Lanvin (photo) ose l'alliage entre la délicatesse de ses matières et la sandale à scratch. Quant aux matières toile de parachutes et apparentées, elles pullulent. L'homme de l'été 2011 est déjà dans la course. Effets Jackson Pollock sur un costume Calvin Klein Collection, idem sur plusieurs pièces Jean Paul Gaultier. Tachisme à la Sam Francis chez Dries Van Noten (photo). Natures mortes stylisées chez Jil Sander. Inspiration estampes nipponnes chez Kenzo. L'homme de l'été 2011 aime se voir en peinture. Retrouvez toutes les photos des défilés sur www.levifweekend.be/modePar Baudouin Galler