BYE BYE GAULTIER

Il a tout osé - faire défiler des blousons de cuir sur des tutus, inventer " une garde-robe pour deux ", faire entrer la rue et le classicisme en collision et eurotrasher toutes les frontières, " Plus de barrières, c'est mon mode d'expression ", disait-il alors, cela a duré trente-huit ans. Et puis, ce fut son dernier défilé prêt-à-porter. Désormais, Jean Paul Gaultier se consacrera essentiellement à la haute couture. Le 26 septembre 2014, ce créateur hyperactif et " non conforme " clôturait donc une partie de son histoire avec la mode. Au Grand Rex, sur l'un de ces grands boulevards qui animent Paris, il invita ses marottes - des femmes aux seins obus, une accordéoniste, des mauvais garçons qui cherchent querelle, des " mannequins atypiques, gueules cassées ne pas s'abstenir ", des Miss en tous genres. La fête d'adieu revendiqua un certain kitch, parfois franchouillard avec en ouverture tonitruante le générique de Champs- Elysées. Rossy de Palma y alla de son petit effeuillage, on admira son culot, Blanca Li signa la chorégraphie, on admira sa fidélité. Dans la salle, siégeaient Catherine Deneuve, Rick Owens, Alexander Wang, Farida Khelfa, Anthony Vaccarello, Jean-Paul Goude et Walter Van Beirendonck. En un final digne d'un cabaret, Jean Paul Gaultier plus grisonnant que peroxydé fit son petit tour de piste puis se déhancha sur la scène avec ses Miss ceintes de leur écharpe tricolore. Une pluie de paillettes dégringola des cintres et ensevelit définitivement cette époque où la mode n'appartenait pas encore aux grands groupes de luxe.
...

Il a tout osé - faire défiler des blousons de cuir sur des tutus, inventer " une garde-robe pour deux ", faire entrer la rue et le classicisme en collision et eurotrasher toutes les frontières, " Plus de barrières, c'est mon mode d'expression ", disait-il alors, cela a duré trente-huit ans. Et puis, ce fut son dernier défilé prêt-à-porter. Désormais, Jean Paul Gaultier se consacrera essentiellement à la haute couture. Le 26 septembre 2014, ce créateur hyperactif et " non conforme " clôturait donc une partie de son histoire avec la mode. Au Grand Rex, sur l'un de ces grands boulevards qui animent Paris, il invita ses marottes - des femmes aux seins obus, une accordéoniste, des mauvais garçons qui cherchent querelle, des " mannequins atypiques, gueules cassées ne pas s'abstenir ", des Miss en tous genres. La fête d'adieu revendiqua un certain kitch, parfois franchouillard avec en ouverture tonitruante le générique de Champs- Elysées. Rossy de Palma y alla de son petit effeuillage, on admira son culot, Blanca Li signa la chorégraphie, on admira sa fidélité. Dans la salle, siégeaient Catherine Deneuve, Rick Owens, Alexander Wang, Farida Khelfa, Anthony Vaccarello, Jean-Paul Goude et Walter Van Beirendonck. En un final digne d'un cabaret, Jean Paul Gaultier plus grisonnant que peroxydé fit son petit tour de piste puis se déhancha sur la scène avec ses Miss ceintes de leur écharpe tricolore. Une pluie de paillettes dégringola des cintres et ensevelit définitivement cette époque où la mode n'appartenait pas encore aux grands groupes de luxe. Le cycle de l'industrie de la mode veut que les maisons renouvellent, plus ou moins régulièrement, leur directeur artistique, parfois avec pertes et fracas. Pari réussi cependant chez Loewe, avec J.W. Anderson, jeune designer irlandais qui a tout compris de l'héritage bourgeois et luxueux de cette maison espagnole spécialisée dans le cuir, tout en l'ancrant dans une modernité, parfois expérimentale, mais inventive. Idem chez Sonia Rykiel, avec Julie de Libran, qui bossa aux côtés de Marc Jacobs, alors chez Louis Vuitton. Elle sait parfaitement ce que maille, Saint-Germain-des-Prés et liberté veulent dire, et comment traduire tout cela en un vestiaire féminin qui rend hommage sans la pasticher à la dame aux cheveux de feu qui lança sa griffe en 1968. Chez Jil Sander, un peu secoué ces dernières années par le départ de Raf Simons et les allers-retours de sa créatrice-fondatrice, Rodolfo Paglialunga besogne honnêtement à dessiner un post-minimalisme contemporain tandis que chez Mugler, David Koma prétend faire " table rase ", avec des " découpes " et des " courbes épousées ". Giambattista Valli, chouchou des it girls, lance pour elles sa deuxième ligne, Giamba, juvénile et romantique. En un bel accord choral, les créateurs puisent leur inspiration dans les années 70. Ce n'est ni nouveau ni fondamentalement original. Mais cela laisse des traces de saison en saison. Cette décennie qui connut tout et son contraire, les hippies et les punks, le disco et le sporstwear, affleure un peu partout. Dans les silhouettes, toute en jambes, seins menus et hanches étroites. Dans les lignes androgynes, on disait alors unisexe, avec ou sans pattes d'éléphant et cols pelle à tarte. Dans les matières, en référence à quelques voyages psychédéliques en Inde ou sur place, avec vinyle, velours, patchworks, superpositions, broderies exubérantes et prints vintage. De Louis Vuitton (photos) à Gucci, en passant par Dries Van Noten, Saint Laurent et Etro, chacun y va de son couplet seventies, ad libitum. Quand le cuir vient jouer les prolongations en été, il se fait doux au toucher, façon peau de pêche. Le daim (aussi appelé suède ou veau velours, pour les spécialistes) attire ainsi tous les regards, dans des teintes forcément brunes, mais aussi colorées. Rien de pesant pour autant, si la matière est allégée par des jeux de découpe et par une finesse étonnante. A voir chez Fendi, Alberta Ferretti, Gucci,Emilio Pucci ou Etro. Depuis la fin du Moyen Age, la futaine de Gênes, dite jeans, est l'une des étoffes les plus populaires. Il n'y a pas de raison que cela change. Ce sergé de coton, réservé au départ aux vêtements de travail, a la vie dure. Tant mieux. Surtout si les créateurs osent le réinventer, voyez les versions signées Gucci, Chloé, Dolce & Gabbana, Fendi... Ce néo-trench Burberry Prorsum (photos), avec empiècements, est la preuve éclatante de la parfaite soumission du denim à toute recherche stylistique. Haute ou basse, la taille se plie à toutes les modes, au gré des saisons. Au printemps-été 2015, celle-ci sera obligatoirement nouée, ceinturée, joliment marquée, mais jamais harnachée. Bottega Veneta et Sportmax imaginent ces liens à même l'ensemble, tandis que Raf Simons pour Dior souligne en finesse cette partie de la silhouette. Elégant. Et Dieu créa le monde au Grand Palais, à Paris. Dans son jardin d'Eden, Dries van Noten a fait poser au sol un tapis tufté comme une oeuvre d'art couleurs lichen, herbe et mousse signé par l'artiste Alexandra Kehayoglou. Les oiseaux chantent, Oscar And The Wolf prend le relais sur la bande-son. Et le créateur ralentit le temps, ce n'est pas la première fois. A la fin du show, ses jeunes filles ophéliennes s'asseyent, se couchent sur cette terre-mère accueillante. Languides, elles offrent un spectacle si doux qu'il fut douloureux de s'arracher à sa contemplation. " Il y a de la lumière au bout du tunnel. " Ainsi parle John Galliano, le nouveau directeur artistique de Maison Martin Margiela. L'idée pourrait sembler incongrue, elle ne l'est pas tant, finalement. Parce que l'homme est doué et qu'il a marqué la mode de son temps, définitivement. Pour le meilleur (ses collections et ses défilés) et pour le pire (ses propos racistes et antisémites qui provoquèrent son renvoi de chez Dior en 2009). Sûr que cela buzzera encore en janvier prochain quand il fera défiler sa première collection durant la semaine de la Couture. Kendall Jenner a fait ses premiers pas sur les podiums en février dernier, pour Marc Jacobs. Depuis, toutes les grandes griffes se l'arrachent. Chanel, Givenchy, Fendi, Dolce & Gabbana, Tommy Hilfiger, Balmain, Pucci... Ses détracteurs disent que ce n'est pas pour son physique de top model que la belle fait ainsi sensation, mais pour son lien de parenté avec la surpuissante Kim Kardashian, qui n'est autre que sa... demi-soeur. Epoustouflante, la première présentation de la ligne Polo Ralph Lauren dédiée aux femmes ! Hautes de quatre étages, les mannequins ont défilé telles des mirages. Des hologrammes des silhouettes étaient en effet projetés en relief sur un mur d'eau de 18 mètres, au-dessus du lac de Central Park, à New York. Ou la technologie, sans aucune limite. Les bottes imprimées (MaxMara). Le pull sans manches (Prada). Le sacre de l'initiale (Rochas). La robe gipsy (Roberto Cavalli). L'effet kimono (Marni). Romantiques et évanescentes jusqu'au bout du chausson, ces demoiselles en tutu font le pas de deux sur les podiums de Giorgio Armani (photo), Valentino ou Alberta Ferretti. Des vestales en tulle couleur chair qui devraient faire sensation sur les tapis rouges. Mais l'univers de la danse inspire plus largement, que ce soit Bottega Veneta, avec des ballerines en route pour leur entraînement, ou Dolce & Gabbana, séduits par la magie du flamenco. Le " porter sport " ne date pas d'hier, la fin des années 70 avait mis à l'honneur jogging, training, survet' et sweat-shirt, dont les nineties ont, elles aussi, raffolé. Raison de plus pour miser sur les textiles intelligents, les coupes confort et le culte du corps qui va si bien au printemps-été 2015. A pratiquer en total look comme chez Fay, en top croppé façon Dsquared2 ou version " je monte au filet " à la manière de Balenciaga. PAR ANNE-FRANÇOISE MOYSON ET CATHERINE PLEECK