Joe Exotic et Carole Baskin, les ennemis déjantés du documentaire de Netflix Au royaume des fauves, ont défrayé la chronique télé ce printemps. Mais par-delà le sujet de ce programme, l'exploitant du zoo d'Oklahoma et la défenderesse autoproclamée des félins orphelins ont également frappé les esprits par leurs looks excentriques aux motifs animaliers. Des gimmicks que l'on a aussi repérés à cent lieues de là, dans les collections de Dries Van Noten et Donatella Versace !
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Joe Exotic et Carole Baskin, les ennemis déjantés du documentaire de Netflix Au royaume des fauves, ont défrayé la chronique télé ce printemps. Mais par-delà le sujet de ce programme, l'exploitant du zoo d'Oklahoma et la défenderesse autoproclamée des félins orphelins ont également frappé les esprits par leurs looks excentriques aux motifs animaliers. Des gimmicks que l'on a aussi repérés à cent lieues de là, dans les collections de Dries Van Noten et Donatella Versace ! Et ce n'est pas étonnant. Car ces habits évoquant les bêtes sauvages font partie intégrante du vocabulaire de la mode depuis la nuit des temps. On peut en effet considérer le manteau de fourrure comme notre plus ancien vêtement. L'homo sapiens qui ne pouvait se procurer une peau de mammouth ne survivait pas à l'hiver. Séchat, la déesse égyptienne de la sagesse, était souvent représentée revêtue d'une sorte de veste en léopard. La légende rapporte que Xi Wangmu, la reine-mère de l'Occident dans la mythologie chinoise, était, elle, affublée d'une queue de panthère et de dents de tigre. Aux XVIIe et XIXe siècles, la fourrure de léopard était un symbole de richesse. Il a néanmoins fallu attendre 1932 pour que mouchetures et rayures dominent les imprimés. Le film Tarzan connaissait alors un succès gigantesque. Et bien que les acteurs, Johnny Weissmuller et Maureen O'Sullivan, qui interprétaient l'homme singe et sa douce Jane, n'aient guère porté de tenues en léopard (si ce n'est sur l'affiche), le long-métrage a déclenché une passion pour la jungle dans la mode. Christian Dior a, lui, introduit les imprimés léopard en Europe en 1947. En 1954, la légendaire pin-up Bettie Page a posé pour Bunny Yeager, en maillot léopard, dans l'Africa USA, un parc safari de Floride. La célèbre chanteuse et actrice Eartha Kitt, quant à elle, possédait une pleine garde-robe de rayures bestiales, avant même d'endosser le rôle de Cat Woman dans la série Batman, en 1967. Deborah Harry, de Blondie, portait des imprimés léopard. Comme David Lee Roth du groupe Van Halen et Diana Ross, sur la cover de son album Eaten Alive. Progressivement, les couturiers italiens, de Dolce & Gabbana à Roberto Cavalli, se sont approprié le phénomène. Et lors de leur passage chez Kenzo, de 2011 à 2019, Carol Lim et Humberto Leon ont placé le félin sur une multitude de sweats. En 2018, la société en ligne Asos a écoulé pas moins de 1,3 million de vêtements à imprimés animaliers... Cette année encore, le look jungle inspire Dries Van Noten, Versace, Balenciaga, Kidill, Sacai, A.P.C., Saint Laurent et Ganni, pour ne citer qu'eux. Doublet, le label japonais qui a remporté le prestigieux LVMH Prize l'année dernière, a même conçu un chandail qui permet de faire le tigre en remuant les bras. On peut aussi citer la collection à motif léopard de shorts, anoraks, chapeaux et sacoches de la marque streetwear Gramicci, plus une paire de Converse All Stars bestiale pour ceux qui misent sur un total look. Qu'est-ce qui explique le succès durable de ces motifs de carnassiers ? Font-ils ressortir le prédateur qui sommeille en chacun de nous ? " Quoi qu'il en soit, il faut être un peu sophistiqué pour le porter, écrivait Christian Dior en 1954 à propos de ces motifs tachetés. Si vous êtes doux et gentil, mieux vaut vous abstenir. "