La façade est un immeuble noir à l'aspect délabré, a priori sans intérêt, du boulevard Anspach à Bruxelles. C'est ici, à l'étage, que Xavier Delcour a installé ses bureaux-ateliers. " J'aime cet immeuble tout gris, tout sale, je le trouve beau ", souffle-t-il. Son sens de l'esthétisme est un oxymore comme dans les films de Fassbinder, son réalisateur fétiche, chez qui le beau flirte avec le vulgaire ; comme la nuit, sa première source d'inspiration, qui révèle dans l'excès ses beautés les plus redoutables. Pourtant, les yeux noirs de Xavier Delcour incarnent un idéal esthétique sans concession. Il sourit, visiblement gêné, quand on le lui dit. " Je suis beau certains jours, concède le jeune homme qui dit avoir pris conscience de sa beauté vers 20 ans. Disons que je n'ai pas une mauvaise base. " Affichant l'allure Delcour de la tête au pied,- il ne s'autorise que quelques exceptions en Martin Margiela -, le créateur belge a fait du noir sa couleur fétiche, presque un porte-bonheur. Depuis ses années rebelle lorsqu'il était étudiant à La Cambre en 1988-1989, Xavier Delcour, né à Tournai à la fin de l'année 1970, a mûri. Sa collection pour l'homme, identifiable à ses vestes aux épaules ajustées et son allure rock'n'roll chic, séduit toujours les fans de la première heure pour son romantisme noir. Mais depuis quatre saisons, Xavier Delcour habille aussi la femme. " Ce que je trouve trop osé pour l'homme, je le fais pour la femme, confie-t-il. C'est plus excitant, il y a plus de possibilités. " Chez la femme Delcour, on retrouve le goût prononcé pour les vestes à la coupe stricte, des chemises aux cols trop grands inspirées du vestiaire masculin et cette inlassable variation sur le même thème du noir. Cette femme-là " doit assumer son image forte ", dit-i...

La façade est un immeuble noir à l'aspect délabré, a priori sans intérêt, du boulevard Anspach à Bruxelles. C'est ici, à l'étage, que Xavier Delcour a installé ses bureaux-ateliers. " J'aime cet immeuble tout gris, tout sale, je le trouve beau ", souffle-t-il. Son sens de l'esthétisme est un oxymore comme dans les films de Fassbinder, son réalisateur fétiche, chez qui le beau flirte avec le vulgaire ; comme la nuit, sa première source d'inspiration, qui révèle dans l'excès ses beautés les plus redoutables. Pourtant, les yeux noirs de Xavier Delcour incarnent un idéal esthétique sans concession. Il sourit, visiblement gêné, quand on le lui dit. " Je suis beau certains jours, concède le jeune homme qui dit avoir pris conscience de sa beauté vers 20 ans. Disons que je n'ai pas une mauvaise base. " Affichant l'allure Delcour de la tête au pied,- il ne s'autorise que quelques exceptions en Martin Margiela -, le créateur belge a fait du noir sa couleur fétiche, presque un porte-bonheur. Depuis ses années rebelle lorsqu'il était étudiant à La Cambre en 1988-1989, Xavier Delcour, né à Tournai à la fin de l'année 1970, a mûri. Sa collection pour l'homme, identifiable à ses vestes aux épaules ajustées et son allure rock'n'roll chic, séduit toujours les fans de la première heure pour son romantisme noir. Mais depuis quatre saisons, Xavier Delcour habille aussi la femme. " Ce que je trouve trop osé pour l'homme, je le fais pour la femme, confie-t-il. C'est plus excitant, il y a plus de possibilités. " Chez la femme Delcour, on retrouve le goût prononcé pour les vestes à la coupe stricte, des chemises aux cols trop grands inspirées du vestiaire masculin et cette inlassable variation sur le même thème du noir. Cette femme-là " doit assumer son image forte ", dit-il, quand l'homme, lui, est autorisé " à exprimer sa fragilité, qui ne veut pas dire vulnérabilité ", précise Xavier Delcour. Lors de la Semaine de la mode à Paris en octobre prochain, la femme Delcour s'émancipera de l'homme puisqu'elle aura droit, pour la première fois, à un vrai défilé, à l'occasion de la présentation de la collection printemps-été 2006. " Avant, la femme allait piquer une veste chez les hommes, note Xavier Delcour. Elle peut continuer à le faire mais désormais elle a aussi sa propre collection. " Caché derrière un sourire mi-charmeur, mi-timide, Xavier Delcour ne se livre qu'au compte-gouttes. Son partenaire, Didier Vervaeren, ancien étudiant de La Cambre, n'est jamais très loin. Il intervient au cours de l'interview pour ajouter le mot juste. " Didier, c'est 50 % de la marque Xavier Delcour ", assure le créateur. A tel point qu'une colonne lui est consacrée dans son alphabet. Dans l'alphabet de Xavier, il manque peut-être trois lettres, B pour Bruxelles, une ville " mélancolique, noire et gothique " où il aime revenir pour se poser et travailler après ses nombreux voyages en Italie et à Paris, F pour Fassbinder, celui dont le film " Le Droit du plus fort " (1975) a inspiré ses premiers costumes et N pour nuit. Car même si Xavier ne cherche plus à mettre cet aspect de sa vie en avant, il n'en reste pas moins que la nuit fut sa première muse. Pour sa liberté et son extravagance, pour sa sublime noirceur aussi. n J'ai choisi Xavier non pas par narcissisme mais simplement pour dire merci papa, merci maman pour ce prénom qui sonne bien. Xavier, c'est dynamique, Delcour c'est plus doux, voilà l'ensemble me plaît. Donc j'ai gardé ce nom. Mon deuxième prénom, c'est Hugues, nettement moins glamour ! L'attitude, c'est la chose qui va définir un garçon ou une fille. C'est le critère qui fait que je vais choisir un mannequin. Ce qui est important, c'est ce qu'une personne dégage. Quand quelqu'un fait deux pas, entre dans une pièce, on peut déjà le définir. C'est indépendant du vêtement. Pour les filles, c'est peut- être plus naturel, chez les garçons, c'est plus rare. L'attitude, ce n'est pas seulement de l'élégance, c'est un style de vie. Pour moi, le rêve est synonyme de mode. C'est la fonction de la mode. La mode ne devrait être qu'un moment de rêve, des vêtements parfaits, incroyables qui vont nous donner une attitude improbable. Si je dis cela, c'est parce qu'il y a une tendance actuellement qui veut que la mode soit quotidienne, je ne suis pas d'accord avec cette idée, la mode pour moi n'est pas forcément portable. La musique est très importante dans mes shows et dans ma vie. En 2001, j'avais signé une collection " Fate to grey ", j'étais parti des paroles, l'histoire d'un type avec une valise noire qui quitte une gare isolée, pour dessiner toute ma collection. Sinon, j'ai d'autres références musicales, plutôt rock. J'ai habillé Brian Molko, le chanteur de Placebo, je vais habiller Chris Corner, le chanteur de I AM X ( NDLR : suite au shooting paru dans Weekend Le Vif/L'Express du 31 mars dernier), et j'habille le groupe Hooverphonic. Justin Timberlake et Michael Jackson ont également acheté mes vêtements. L'élégance, c'est des manières qui n'ont rien à voir avec le maniérisme. L'élégance et l'attitude se marient. Disons que l'élégance, c'est une forme intelligente de l'attitude ; l'attitude, c'est plus inné, alors que l'élégance peut se cultiver, venir avec l'âge. Aujourd'hui ( NDLR : quelques jours avant le défilé Homme à Paris), je dirais plutôt stress ! J'ai choisi correct parce qu'autant j'aime l'excentricité, autant choquer pour choquer, je trouve cela inutile. Et puis, je crois que je suis un garçon correct ( rires). ( Il réfléchit.) Didier, c'est mon bras droit, mon associé. Il fait partie intégrante du nom Xavier Delcour. S'il n'y avait pas Didier, on ne ferait peut-être pas cette interview aujourd'hui. On travaille ensemble tout le temps. Je ne crois pas possible, à part peut-être pour un Karl Lagerfeld, d'assumer à 100 % tout ce que faire de la mode veut dire. Didier, c'est mon premier fan, on n'est pas d'accord sur tout mais on a le même goût pour l'extrême et pour le noir. On s'est rencontrés à Hyères au festival de mode, l'année où j'avais raflé tous les prix (prix de la collection masculine, prix de la presse et prix du sponsor) et depuis, on a fait équipe. Si la beauté n'était qu'une question de traits ou de goût, ce serait chiant. La beauté peut s'inventer, peut se travailler. Evidemment, quand on a de beaux traits, c'est plus facile. Chaque saison, je choisis un type de beauté, un type de regard, soit un regard très tendre ou au contraire très dur ou très nostalgique. Cette saison pour l'homme par exemple, la beauté est plus proche, je ne dirais pas plus quotidienne pour ne pas me contredire avec ce que j'ai dit précédemment, mais elle apparaît davantage comme un miroir. Ce sentimentalisme chic dont on m'avait taxé est toujours d'actualité, il fait partie de moi. Je cherche des beautés fortes mais pas agressives. En fait, j'essaie de me faire frissonner d'abord. Les garçons que je vois qui ont l'air perdu, mélancolique, ça me fait quelque chose. Tout se mélange, ce que je fais, ce que je suis, j'agis aux sentiments. Un garçon qui pleure par exemple, c'est magnifique, car il exprime sa fragilité, ce qui ne veut pas dire vulnérabilité. On a dit aussi que j'avais une agressivité réservée. C'est vrai. Maintenant, je me suis trouvé et je n'ai fait qu'accumuler tous ces sentiments-là. Justement parce que ça va de pair avec correct. J'aime jouer avec les conventions. J'ai tout de suite joué avec les codes du costume et de l'élégance masculine. Je ne sais pas pourquoi j'ai mis ça ! ( rires). Le noir, c'est ce qui va sublimer le plus le visage. La nuit comme le jour, c'est un sublimateur de beauté. Avec le noir, lorsqu'on dessine un vêtement, on n'a pas le droit à l'erreur. L'attention n'est détournée par rien, le noir va définir la silhouette et mettre en avant la coupe. Mais de plus en plus, j'introduis de la couleur pour élargir le discours. Je le fais par envie, car la couleur rythme et ravive le noir. Par exemple, l'été passé, j'avais une grosse envie de violet. Je ne suis pas la mode des couleurs, mais cette saison, il y a chez la femme par exemple du gris, du rose pâle, du fuchsia et j'en introduirai encore un peu plus l'été prochain, notamment chez l'homme avec du vert fluo, du bleu, du beige. Moi-même, il m'arrive de porter un peu de couleur mais pas souvent ( rires). J'ai une obsession pour la coupe. Je suis même assez chiant là-dessus. Quand j'avais 18 ans, rien ne me plaisait alors je m'habillais dans les friperies des années 1970. C'est à partir du veston des seventies que j'ai appris la coupe, tout seul. En démontant ces vestes-là. Ce qui définit le mieux la silhouette Xavier Delcour je crois, c'est l'épaule qui remonte légèrement. Le blazer est ce que j'ai le plus de plaisir à faire. J'en dessine plein, tout le temps. ( Il réfléchit.). Rien pour garder une partie secrète, pour ne pas raconter toute ma vie, rien pour conserver intact mon jardin secret. Propos recueillis par Agnès Trémoulet