Ceci n'est pas un couple de collectionneurs d'art, détrompez-vous. C'est un tandem d'ouvriers-collectionneurs, ils se définissent comme tel, en duo agité aimant à l'unisson Marcel Mariën, Robert Filliou, Sébastien Delvaux et d'autres encore, qui ont aussi les honneurs des musées. Vous ne verrez pas leur visage, ils ont choisi l'anonymat, car seules importent les oeuvres. Dès lors, ils répondront au pseudonyme de R. Patt - qui tient un peu de l'acronyme et beaucoup de l'hommage à Duchamp, sa Fontaine urinoir en porcelaine portant une semblable signature, un R. Mutt qui fit gloser il y a 102 ans déjà. Il a pour métier d'élaguer les arbres et tondre les pelouses, elle aide les petits à grandir, dans les cours d'école, leurs journées ont ce périmètre connu, délimité par des horaires de travail lambda qu'ils clôturent autrement le soir venu en s'ad...

Ceci n'est pas un couple de collectionneurs d'art, détrompez-vous. C'est un tandem d'ouvriers-collectionneurs, ils se définissent comme tel, en duo agité aimant à l'unisson Marcel Mariën, Robert Filliou, Sébastien Delvaux et d'autres encore, qui ont aussi les honneurs des musées. Vous ne verrez pas leur visage, ils ont choisi l'anonymat, car seules importent les oeuvres. Dès lors, ils répondront au pseudonyme de R. Patt - qui tient un peu de l'acronyme et beaucoup de l'hommage à Duchamp, sa Fontaine urinoir en porcelaine portant une semblable signature, un R. Mutt qui fit gloser il y a 102 ans déjà. Il a pour métier d'élaguer les arbres et tondre les pelouses, elle aide les petits à grandir, dans les cours d'école, leurs journées ont ce périmètre connu, délimité par des horaires de travail lambda qu'ils clôturent autrement le soir venu en s'adonnant à la lecture, aux vernissages, à la fréquentation salutaire de leurs trésors, lesquels ont fait souche, pêle-mêle, dans leur mini maison bruxelloise. Et ce parce que - ce devait être il y a vingt ans - il eut un jour entre les mains un livre qui parlait de Marcel Mariën (1920-1993), artiste belge polymorphe à la pensée, à la poésie et au surréalisme radicaux, il avait eu " le coup de foudre ". Il avait alors tout lu sur l'homme, lui avait raconté à elle ce qu'il en avait retenu, c'est-à-dire l'ensemble et l'essentiel. Ils s'étaient offert en salle de vente un premier objet, La lutte des classes, une petite chaise moitié paille moitié velours. Pour une plus grande camaraderie, ils l'ont fait trôner sur leur tête de lit, dans leur chambre. Elle peuple ainsi leurs nuits et leur innocence, leur imagination, au même titre que le reste de ce cabinet de curiosités qu'il a bien fallu finir par appeler une collection. Car ils ont élargi leur champ d'amour, louchant du côté des Marcel, Duchamp et Broodthaers, Takahiro Kudo, Pascal Bernier, James Lee Byars, Stephan Balleux et Robert Filliou. C'est cet artiste-relais franco-américain (1926-1987) qui pour le moment les occupe, voyez leur portrait et ce collage d'un visage que celui qui se présentait comme un " animateur de pensée " a découpé dans un roman-photo, titré Four-Dimensional Space Time Continuum, puis daté automne 1962. Car R. Patt s'affaire à emballer vingt-cinq de ses " propositions artistiques ", destination Paris pour les exposer à la Galerie de multiples. " Ce qui nous intéresse grandement, c'est de partager, de montrer notre collection ", sinon quel est l'intérêt de s'y adonner, " à part le nombrilisme " ? S'il y a accumulation, c'est juste par " passion " - " comprendre ", disent-ils. Les artistes encore vivants le pressentent, qui en viennent parfois à l'intimité, " on devient amis s'ils veulent de nous ", il semble qu'ils le veuillent, le Rosebud Moonfleet de Jean-Michel Alberola en est la preuve en pointillé. " Je ne cherche pas plus loin, confesse-t-elle. Je sais très peu mettre des mots dessus. Parfois, en discutant avec eux, j'ai l'impression d'être sur la même longueur d'ondes. " Au début de ce siècle, au détour de vacances en Drôme, ils ont donc découvert le travail de Robert Filliou, " on se dit qu'il a tout compris, il fait de l'art mais pour s'amuser, ne se prend pas au sérieux... ce qui peut être très sérieux. " Forcément, il leur fallait s'aventurer plus loin dans ce territoire-là, de sorte qu'aujourd'hui, ils sont amenés à prêter leurs Filliou à cette galerie parisienne, leurs Mariën au musée Boijmans Van Beuningen ou leurs Broodthaers au Japon dans le cadre de La Belgique fantastique. A l'homme qui se perdait dans la contemplation de The Clock in Profile de Duchamp qu'ils avaient montré à La Centrale électrique, à Bruxelles, l'année passée, et qui lui confiait son étonnement, " on ne la voit pas souvent ", il avait répondu : " Faites-vous plaisir. "