Il n'y a pas de risques intranquilles - tous, dès lors qu'ils sont pris, exposent à une vulnérabilité physique, à une vulnérabilité symbolique, parfois aux deux. En avait-elle mesuré la portée, Rebecca Horn (Michelstadt, Allemagne, 1944), quand elle commença à mouler des empreintes de son corps en polyester et fibre de verre ? Elle était alors étudiante en philosophie et arts plastiques à l'Académie des beaux-arts de Hambourg, elle s'était exposée aux vapeurs mortifères de ces matériaux qu'elle manipulait avec fougue. Elle avait 23 ans, il n'avait pas fallu attendre longtemps pour qu'elle s'intoxique les poumons, s'ensuivit un enfermement dans un sanatorium en une longue convalescence de sept mois qu'elle vécut mal. L'isolement, sa défaillance physique, l'emprise de la souffrance lui furent " insupportables ", la métamorphose des chairs et des âmes entravées par la médecine, bouleversante. Elle s'adonna au dessin, seule échappatoire envisageable, puis s'attaqua aux sculptures corporelles. L'épreuve lui fut " initiatique ", dorénavant, revenue à son art, elle privilégierait l'organique et le léger, du coton, du feutre, des bandages, des plumes, en un travail qui fait écho à l'esthétique des prothèses du XIXe siècle. Mais il ne faudrait pourtant pas la restreindre à ce premier jet car elle enchaîna ensuite les expériences franches - cinéma, performances, bestiaire d'objets et d'êtres hybrides, esquisses grandeur nature, réflexion sur les stéréotypes de genres... Autant d'oeuvres qui jalonnent cinq décennies qui l'ont vue également enseigner au California Art Institute de San Diego et à l'Académie des beaux-arts de Berlin, créer à New York, à Berlin et désormais à Bad König dans l'Odenwald, dans l'usine textile familiale transformée en atelier à sa mesure et à celle de ses gestes. C'est tout cela, et plus encore, que propose le Centre Pompidou-Metz avec Rebecca Horn, Théâtre des métamorphoses, en une monographie pensée comme une chorégraphie par une femme au flux créatif phénoménal.

Rebecca Horn, Théâtre des métamorphoses, Centre Pompidou-Metz. www.centrepompidou-metz.fr. Du 8 juin au 13 janvier prochain.