Farciennes est entrée dans l'Histoire grâce à un événement important : son site minier du Roton a été le dernier charbonnage de Wallonie à arrêter ses activités : le 1er septembre 1985. Ne versant pas dans la nostalgie, les responsables et les habitants n'ont pas eu envie, dans un premier temps, de cultiver les souvenirs. Au contraire, des volontés se sont manifestées pour effacer les reliques du passé. Petit à petit, les mentalités ont changé. A l'instar des autres villes qui s'activent pour préserver leur mémoire, Farciennes a été titillée par le même désir de revalorisation de son histoire. Une superbe maquette du site a vu le jour, une galerie de la mine a été reconstituée. Et puis, il y a ce fantastique projet qui consiste à réhabiliter la Tour du Roton qui domine toute la région. Construite en 1954, chef-d'£uvre d'architecture industrielle, elle abrite une impressionnante machinerie qui permettait aux mineurs de descendre dans le puits Saint-Catherine, plongeant à 868 mètres de profondeur. A l'intérieur, les volumes cubiques des escaliers et le jeu vigoureux de lignes horizontales et verticales, sont d'une beauté à couper le souffle.
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Farciennes est entrée dans l'Histoire grâce à un événement important : son site minier du Roton a été le dernier charbonnage de Wallonie à arrêter ses activités : le 1er septembre 1985. Ne versant pas dans la nostalgie, les responsables et les habitants n'ont pas eu envie, dans un premier temps, de cultiver les souvenirs. Au contraire, des volontés se sont manifestées pour effacer les reliques du passé. Petit à petit, les mentalités ont changé. A l'instar des autres villes qui s'activent pour préserver leur mémoire, Farciennes a été titillée par le même désir de revalorisation de son histoire. Une superbe maquette du site a vu le jour, une galerie de la mine a été reconstituée. Et puis, il y a ce fantastique projet qui consiste à réhabiliter la Tour du Roton qui domine toute la région. Construite en 1954, chef-d'£uvre d'architecture industrielle, elle abrite une impressionnante machinerie qui permettait aux mineurs de descendre dans le puits Saint-Catherine, plongeant à 868 mètres de profondeur. A l'intérieur, les volumes cubiques des escaliers et le jeu vigoureux de lignes horizontales et verticales, sont d'une beauté à couper le souffle. Aujourd'hui, l'heureux propriétaire de la Tour est Luc Ronsmans, instituteur à Gembloux. " Je ne connaissais pas la région, confie-t-il. Il y a sept ans, j'ai découvert le site par hasard, tout était à vendre. J'ai pu entrer dans la tour, seul. Ce fut le coup de foudre. J'ai décidé, sur le champ, de l'acheter. " Bien que Luc Ronsmans ne fasse pas de l'escalade, c'est pourtant la première idée qu'il a eue en découvrant les fabuleuses entrailles. Depuis lors, le projet de la Tour de l'Extrême, la plus haute tour d'escalade de Belgique, poursuit son petit bonhomme de chemin. L'ASBL Farciennes +, récemment constituée, apportera un coup de pouce salutaire pour le faire aboutir. Les travaux devraient démarrer prochainement, d'autant plus que l'espace gigantesque de la Tour se prête admirablement à d'autres activités. Les pompiers ont d'ailleurs manifesté leur intérêt pour y effectuer leurs entraînements. On planche aussi par ailleurs sur l'installation d'un musée, idée soutenue à fond par André Bortolaes. Cet ancien mineur, après la fermeture du site, a en effet récupéré une quantité d'objets, de véritables trésors. Entassés pour l'instant dans son garage, ils tardent à être revalorisés... Ces dernières années, la cité a donc vécu au ralenti, dans le creux de la vague. Aujourd'hui, ça y est, elle manifeste une nouvelle dynamique. " Pendant longtemps, on ne pouvait pas bouger, car les terrains appartenaient aux charbonnages, explique Fabrice Minsart, bourgmestre de Farciennes. Petit à petit, ils ont été libérés ce qui nous laisse dès lors les coudées franches pour réfléchir à un nouvel avenir. " De nombreuses petites et moyennes entreprises ont déjà investi l'ancien site du charbonnage. Elles respectent, toutes, le concept d'Eco-Pôle, développé par la commune et axé sur le développement durable. La réhabilitation et la revalorisation de la chaîne des terrils à des fins touristiques sont actuellement au centre de toutes les préoccupations. L'idée est née dans le nord de la France. Elle y rencontre déjà beaucoup de succès. La terre des terrils est légère, elle capte facilement la chaleur. Une fois recouverte de verdure, il y sera possible de développer une faune et une flore particulière qui combleront les intérêts des amoureux de la nature. Le terril Saint-Jacques est en train d'être remodelé, il accueillera deux beaux lacs. D'autre part, un projet un peu plus insolite concerne le terril des Aulniats. Il est en effet question d'y implanter... un centre commercial de 100 000 m2 ! La Grand-Place de Farciennes s'étire à l'infini. On y admire quelques belles façades, dont un superbe " joyau " de style Art nouveau, classé en 2005. La rénovation complète de la place fait partie des objectifs prioritaires de la commune. " Nous avons pris des contacts avec l'école d'architecture à Mons, note Fabrice Minsart. Notre ambition consiste à casser l'idée de ce long " boyau ", traversé au milieu par des parkings, et de remplacer la route circulaire par une route centrale légèrement incurvée. Nous avons prévu de développer des piétonniers, des terrasses et des zones vertes, tout en gardant les zones de parking canalisées. " A plus long terme, les responsables caressent un projet plus ambitieux : restaurer complètement le château des seigneurs de Longueval. Jadis, il fut grandiose et superbe. En 1694, le roi Louis XIV a tenu à le visiter, ainsi que ses splendides jardins, qui avaient la réputation d'évoquer les jardins de Versailles. Il ne reste que peu de traces de ces splendeurs passées. Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, le château appartient à la commune. Abandonné depuis les années 1960, il a été fortement abîmé au moment des travaux de la déviation et de la canalisation de la Sambre. Il a également beaucoup souffert du vandalisme. On a volé le grand escalier d'honneur, puis la cheminée. Ces disparitions ont entraîné l'effondrement d'une partie du toit. Malgré tous ces malheurs, il conserve néanmoins une belle allure. Sa restauration complète aurait un prix exorbitant, mais peut-être un jour, qui sait... Ouverte et généreuse, Farciennes a accueilli, après la guerre, de nombreux étrangers. Des Italiens, des Grecs, des Espagnols, suivis par des Marocains et des Turcs ont travaillé dans la mine et ont grandement contribué à l' " âge d'or " de la cité. Ils s'y sont plu et, après la fermeture du Roton, ils y sont restés. Par la suite, la vague d'immigration s'est poursuivie ce qui fait qu'aujourd'hui, Farciennes compte 11 500 habitants appartenant à 34 nationalités. Grâce à la politique d'ouverture des responsables communaux, la cohabitation se passe bien, au sein d'une vie associative riche et très développée. Une ambiance cosmopolite règne dans les nombreuses associations culturelles, dans les clubs de pêche, de pétanque, de volley, de natation, dans l'association de peintres et dans les trois chorales. Animées par une volonté d'intégration de tous les habitants, les autorités communales ont implanté dans l'entité trois mosquées. Il y a aussi un temple protestant et cinq églises catholiques. La plus belle est celle de l'Assomption de la Vierge, située dans le centre historique de la ville. îuvre de l'architecte Branquart, consacrée en 1836, elle se distingue par son style néoclassique, très rare dans la région. La décoration du ch£ur est remarquable. Elle est due à Joseph Delbove, célèbre stucateur originaire de Farciennes dont la renommée a dépassé les frontières. On ne manquera pas d'admirer le mobilier, les statues et les peintures. Les lambris, les stalles et les confessionnaux, d'époque Louis XV, proviennent de l'ancien couvent des Récollets à Farciennes. Plusieurs toiles ainsi que le chemin de croix sont l'£uvre de Balthazar De Blocq, peintre carolorégien qui vécut dans la seconde moitié du xviiie siècle. Pour flâner, on choisit les bords de la Sambre. Avec une infinie patience, les nombreux pêcheurs préparent leurs cannes, papotent, rigolent et profitent de l'été. Il fait calme, l'ambiance est bucolique. Puis, on prend le temps de visiter le chantier naval Vankerkoven, le seul chantier indépendant de Belgique. Alfred Vankerkoven l'a repris en 1961. Pendant quatre mois, il l'a modernisé et agrandi, en creusant la cale, à raison de 235 brouettes par jour ! Le premier bateau arrivé en cale s'appelait le " Veinard ", un excellent présage... En 1968, son fils rejoint la société. Passionné, sympathique et jovial, Jean-Pierre Vankerkoven tient fermement, depuis lors, les rênes du chantier, en ne cessant de le développer et le perfectionner. " En 1967, le lit de la Sambre a été canalisé, grâce au génie de l'ingénieur Vincent Dubois, raconte-t-il. Ce " chef-d'£uvre " a sauvé la région. Depuis lors, on n'a plus jamais eu d'inondations. " Aujourd'hui, le chantier naval s'est spécialisé dans les réparations des péniches ainsi que des bateaux de plaisance. Il a même acquis une solide réputation à l'étranger. On ne se lasse pas de contempler toutes ces merveilles flottantes, nouvelles et anciennes, qui évoquent les croisières et l'évasion. Il flotte comme un air de vacances sur Farciennes... Barbara Witkowska