Il ne faudrait jamais négliger la puissance transformatrice de l'immersion. On s'en est soudainement souvenu rue de la Trouille, aux Anciens abattoirs de Mons, dans cet espace-cathédrale qui invite au déconfinement des sens par la grâce de l'exposition Textilités. BeCraft y a donné carte blanche à Denise Biernaux, tout à la fois curatrice, fondatrice et directrice de la galerie Les Drapiers, à Liège, et sorcière, en ce qu'elle se fait passeuse de savoirs. Avec la liberté qui la caractérise, elle a réuni 30 artistes contemporains - belges ou assimilés - et une soixanta...

Il ne faudrait jamais négliger la puissance transformatrice de l'immersion. On s'en est soudainement souvenu rue de la Trouille, aux Anciens abattoirs de Mons, dans cet espace-cathédrale qui invite au déconfinement des sens par la grâce de l'exposition Textilités. BeCraft y a donné carte blanche à Denise Biernaux, tout à la fois curatrice, fondatrice et directrice de la galerie Les Drapiers, à Liège, et sorcière, en ce qu'elle se fait passeuse de savoirs. Avec la liberté qui la caractérise, elle a réuni 30 artistes contemporains - belges ou assimilés - et une soixantaine de leurs oeuvres traversées par le textile. Certes, la façon et la matière importent pour la curatrice mais sans jamais accepter qu'elles ne l'enferment. "Je ne voulais pas me laisser coincer dans un "faire", prévient-elle. Ce qui m'intéresse, c'est l'art contemporain et le questionnement sur le textile, sa notion, son sens, sa pertinence, son histoire, sa symbolique. Les artistes s'en servent pour parler de ce dont ils ont envie, du temps ou de la guerre... Par le biais du textile, on touche à tout: tout est dans le propos." Hors des routes balisées et normatées, le langage textile mélange en effet le geste et l'intelligence du geste. Porté souvent par l'impérieuse nécessité d'une maestria, il est rempli de signes, d'intime, d'aléas, d'accidents, d'histoire, de "fragments qui nous constituent", d'archétypes détournés, de motifs ritualisés et des bruits de ce monde à déconstruire, à reconstruire. Le panorama est large, la trame de l'exposition, riche. Dès l'entrée, on est plongé dans des "instantanés" comme cet amoncellement cadré de laine cardée par Linda Topic. On est là dans le vif du sujet: chacun, chacune, artiste ou visiteur, est ici libre de toute contingence, le textile n'est pas à regarder comme un objet fini. Au sol, des définitions forment un lexique qui ouvre bien des portes, de "Tapis" à "Velours", de "Fibre" à "Armure", de "Broderie" à "Couverture".Aux cimaises, autant de pièces qui se jouent des techniques, tels la Chape d'intérieur d'Elfie Poiré enoblissant le ciment ou le Underlying Truth de Tatiana Bohm, partie prenante d'une série de cartes entoilées aiguilletées de mohair noir - on y décryptera ce que l'on veut y décrypter. Toutes générations confondues, ces trente artistes rasemblés réinventent un medium ancestral pour mieux mailler leurs interrogations. Il est question de vêtements protecteurs, de liens plus ou moins lâches, de quotidien, de rythmes et de couleurs, de profusion et de son contraire, de changement de statut, de passé à transmettre - ou pas. Est-ce la période ou l'accumulation de tant de vibrations? Textilités déteint sur qui s'y aventure, on en émerge un peu plus vivant, par contagion.