Au fil des pages de " Fashion Babylon " se dévoile le " côté obscur de la force ", la part d'ombre qui sommeille plus ou moins profondément dans le c£ur de tout créateur. Des pensées noires et donc inavouables que Weekend a décodées pour vous.

Le mot qui tue. " Portable " est l'adjectif que vous redoutez plus que tout de découvrir dans un papier de lendemain de défilé. A mettre sur le même pied que " joli " ou " plaisant ". Aussi grave pour votre carrière que " commercial ". Enfin presque. Dans ce métier, il faut être " fashion forward " - soit en avance sur la mode -. Sinon vous n'êtes rien du tout.
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Le mot qui tue. " Portable " est l'adjectif que vous redoutez plus que tout de découvrir dans un papier de lendemain de défilé. A mettre sur le même pied que " joli " ou " plaisant ". Aussi grave pour votre carrière que " commercial ". Enfin presque. Dans ce métier, il faut être " fashion forward " - soit en avance sur la mode -. Sinon vous n'êtes rien du tout. La muse. " Un cintre " est la première réponse qui vous vient à l'esprit. Avec lui, le vêtement " tombe " à la perfection. Risque zéro de bourrelet ou de faux plis... Officiellement, toutefois, vous avouez être inspiré par les mensurations parfaites de Linda, une amie top-modèle. Le genre de fille sur qui un béret tricoté main, une paire de santiag avec un mini-short ou un tee-shirt " I love New York " paraît sublime. Elle défilait déjà pour vous lorsque vous étiez encore étudiant. A l'époque, vous la rémunériez avec des fringues à l'£il. Votre chance, c'est qu'elle porte encore aujourd'hui en public, ce que vous continuez à lui envoyer. L'angoisse du cintre vide. Elle vous pousse aux pires crimes de lèse-créativité. Celui qui consiste à copier sans vergogne un modèle sixties/seventies/eigthies - barrez les courants qui vous semblent déjà retombés dans l'oubli - déniché dans une boutique vintage fréquentée à l'occasion par " Johnny " (Galliano, of course). Vous ignorez qui l'avait signée à la base. Son propriétaire précédent - un de vos rivaux, sans doute - avait déjà pris le soin d'en enlever l'étiquette... Le chouchou des médias. Vous le haïssez bien sûr, même si vous êtes forcé de reconnaître qu'il mérite son succès. Comme vous, il a bénéficié d'une presse de rêve à ces débuts... mais il n'est jamais redescendu de son piédestal... Les rédactrices de mode pleurent à ses défilés. Les stylistes placent ses pièces phares - et pas le pantalon noir fuseau prétexte à citation que personne ne remarque - dans toutes leurs " prods " glam trash. Même s'il a fait le Saint Martins avec vous il fait toujours mine d'oublier votre prénom quand il vous croise... La dépendance suprême. Contrairement aux idées reçues (et souvent fondées il faut bien le dire), dans votre cas, ce n'est ni la coke, ni l'alcool. Votre trip est virtuel. Vous avez besoin de vous brancher plusieurs fois par jour sur net-a-porter.com, le premier " concept store " en ligne, spécialisé dans les marques de luxe pointues. D'heure en heure, vous pouvez y voir fondre ou stagner votre stock. Prendre la mesure du succès ou du bide en temps réel. Le réflexe de s'y logger est encore plus compulsif lorsque l'angoisse du cintre vide (lire plus haut) vous prend aux tripes. Les fashion queens. Vous les craignez comme la peste et rêvez pourtant d'attirer leur attention à tout prix. Qu'elles s'appellent Suzy Menkes, Carine Roitfeld, Anna Wintour ou Katie Grand, ces fashion editors ou rédactrices en chef font la mode autant (si pas plus) que vous. En quelques lignes, elles ont le pouvoir de vous pousser vers la banqueroute financière tant ce qu'elles pensent influence leurs cons£urs en cascade. Mais surtout les acheteurs des grands magasins qui viendront passer leurs commandes dans votre showroom juste après les défilés. Plus influentes encore, les " FQ " du showbizz comme Sienna Miller, Sarah Jessica Parker ou Keira Knightley peuvent faire exploser vos ventes rien qu'en assistant à votre défilé. Ou mieux encore, en enfilant une de vos robes pour la montée des marches à Cannes. Le deal de rêve. Dans les pages business du F.T. (prononcez " efftee " pour " Financial Times "), vous assistez régulièrement au rachat par LVMH, PPP ou Diesel de l'un de vos anciens copains de promotion. Si vous clamez haut et fort " qu'ils vendent leur âme au diable et risquent de perdre toute indépendance ", vous seriez prêt à brûler de l'encens tous les jours devant la photo de Bernard Arnault, François Pinault ou Renzo Rosso pour décrocher un deal pareil. A vous alors les showrooms staffés, les défilés scénographiés par une star du milieu, les meilleurs coiffeurs et maquilleurs, les campagnes de pub léchées et le coup de pouce logistique qui vous permettra de lancer une ligne d'accessoires grâce à laquelle vous gagnerez, enfin, un peu d'argent pour prendre une semaine de vacances à Ibiza...