En poussant la porte de Sint-Lukas à Bruxelles, j'ai eu l'impression d'entrer dans un laboratoire. Dans la section décoration d'intérieur, j'ai instantanément été séduit par l'ambiance très libre, intuitive et artistique. Après avoir jeté un oeil à la faculté d'architecture où un prof expliquait que la création ne représentait qu'une infime partie du processus et qu'il fallait souvent des années pour boucler un dossier, j'ai su que ce n'était pas ma tasse de thé. Ce qui me plaît avec le design, c'est le résultat rapide et concret.
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En poussant la porte de Sint-Lukas à Bruxelles, j'ai eu l'impression d'entrer dans un laboratoire. Dans la section décoration d'intérieur, j'ai instantanément été séduit par l'ambiance très libre, intuitive et artistique. Après avoir jeté un oeil à la faculté d'architecture où un prof expliquait que la création ne représentait qu'une infime partie du processus et qu'il fallait souvent des années pour boucler un dossier, j'ai su que ce n'était pas ma tasse de thé. Ce qui me plaît avec le design, c'est le résultat rapide et concret. Faire le tour du monde juste après mes études fut la bonne décision. Je voulais absolument partir six mois, convaincu que c'était le moment ou jamais. Avec des amis, on a d'abord fait du bénévolat dans une école pour orphelins dans le sud de l'Inde. Ensuite, on a exploré le nord du pays, puis direction le Népal, le Laos et la Thaïlande. Une expérience sublime. Lors d'un long voyage, on a le temps de s'arrêter sur ce que l'on voit et de nouer de vrais contacts. On se laisse guider par le hasard, au lieu de visiter des sites touristiques au pas de charge. Cette passion du voyage m'a donné l'idée d'utiliser des valises dans mon projet de fin d'études, Pile of Suitcases, qui a permis que les choses se mettent en marche. J'ai dû tout apprendre par essais et erreurs. Ce n'est pas un regret, mais si c'était à refaire, je pense que je commencerais par travailler quelques années dans un bureau de design établi pour apprendre les ficelles d'une telle entreprise. La gestion, le contact avec les fabricants et les galeries, les coûts ou les salaires... Je n'ai jamais eu de vrai mentor, j'ai surtout appris de mes amis créateurs. Chaque projet commence par un coup de foudre. Je craque pour une matière, un processus de production ou une idée, et la machine est lancée. Après une visite à l'atelier de vitraux Mestdagh (à Merelbeke), je suis reparti complètement fasciné par les couleurs et motifs qu'on peut intégrer au verre, et je me suis rendu dans une usine de Bavière pour découvrir sa fabrication à la main. Le passage du concept à l'objet s'apparente toujours à une quête. C'est pour cela que je prends plaisir travailler avec les meilleurs artisans et à repousser leurs propres limites. J'aime réinterpréter les techniques, écrire une nouvelle histoire. Etre associé à un style unique est une idée terrible. Cela vous force à répondre sans cesse à certaines attentes. Moi, je veux justement sortir de ma zone de confort et faire des plongeons dans l'inconnu. Les pièces uniques et les éditions limitées m'offrent une formidable liberté, car elles imposent moins de restrictions. C'est beaucoup moins vrai lorsqu'on travaille pour un producteur. Cela dit, avec les luminaires Halo que j'ai récemment dessinés pour Valerie Objects ou les tapis Feathers créés pour la firme italienne CC-Tapis, je suis quand même parvenu à proposer des produits originaux, qualitatifs et accessibles à un large public. J'ai du mal à comprendre les tendances contemporaines. Pourquoi mes collègues veulent-ils tous faire la même chose ? Chaque individu est unique, et c'est justement cette diversité qui est intéressante. Pour moi, on ne peut produire une oeuvre de qualité que si l'on suit son intuition et son ressenti. " Mais enfin, regarde un peu devant toi ! " C'est une phrase que mes passagers me répètent quand je conduis. Parce que même au volant, je regarde constamment autour de moi. Idem quand je me promène en ville ou en forêt : je m'arrête pour examiner des détails. Il faut garder cette capacité à s'émerveiller comme un enfant : ça me semble difficile de créer quand on observe les choses avec froideur, sans émotion. Je veux rester naïf et ouvert d'esprit. Faire vibrer la corde sensible. D'ailleurs, mes objets et mes meubles ne sont jamais juste " beaux " ou " fonctionnels " : ils invitent au rêve, à l'évasion.