L'artiste

Olivier Blanckart est né à Bruxelles en 1959. Ouvrier, il travaille à l'usine dès ses 17 ans. Parallèlement, " le soir et le week-end ", il opte pour la photographie en autodidacte et se passionne pour ce medium qui, dit-il, " a forgé (son) éducation visuelle ". Aujourd'hui, il vit à Paris. Et de son art : une formeactuelle de pop, du superréalisme. Volontairement grinçant, férocement ironique, l'artiste s'approprie l'imagerie de notre époque médiatique pour en interroger la mécanique, la tordre, souvent. Dans la longue série des Moi enà , par exemple, il se photographie de manière tout à fait bluffante sous l...

Olivier Blanckart est né à Bruxelles en 1959. Ouvrier, il travaille à l'usine dès ses 17 ans. Parallèlement, " le soir et le week-end ", il opte pour la photographie en autodidacte et se passionne pour ce medium qui, dit-il, " a forgé (son) éducation visuelle ". Aujourd'hui, il vit à Paris. Et de son art : une formeactuelle de pop, du superréalisme. Volontairement grinçant, férocement ironique, l'artiste s'approprie l'imagerie de notre époque médiatique pour en interroger la mécanique, la tordre, souvent. Dans la longue série des Moi enà , par exemple, il se photographie de manière tout à fait bluffante sous les traits de personnes célèbr(é)es ( Moi en Philippe Sollers, Moi en Elton John, Moi en Chuck Norris - photo ci-contre), posant ainsi, un constat critique de l'iconolâtrie ambiante. Par ailleurs, observant un statetement très classique dans l'histoire de la modernité, Olivier Blanckart réalise des sculptures à partir de matériaux issus de la production de masse, habituellement destinés au rebus. Soit, le packaging (papier kraft, Scotch, cartonà) " La part perdue de la marchandise ", telle qu'il la définit, devient ainsi " une £uvre singulière ". Les sujets de ses sculptures sont inspirés par les photographies d'actualité, la politique, l'histoire, l'art et la culture populaire. A la fois subversive et ludique, l'£uvre sculptée d'Olivier Blanckart pousse à faire face, au propre comme au figuré, à l'imagerie véhiculée-avalée-digérée au quotidien. Dans le cadre de l'exposition Pauvre France présentée par la galerie bruxelloise Aeroplastics, nous avons retenu trois sculptures récentes d'Olivier Blanckart. La première, intitulée The Remix Babylon singe la couverture de l'album Rivers of Babylon de Boney M. En lieu et place du groupe disco, trois GI ensanglantés rejouent la scène du Radeau de la Méduse. Une confusion qui fait écho à la croisade de George W. Bush en Irak autant qu'aux fantasmes babyloniens de feu Saddam Hussein. La deuxième pièce s'appelle The A-Man. Il faut y reconnaître les trois grands artistes américains Robert Ryman, Bruce Naumann et Cindy Sherman, métamorphosés, à la faveur d'un clin d'£il à Batman, en antithèse immaculée du chevalier noir pour le premier, en vilains clown et joker pour les deux autres. Truffée de références, aux clés de lectures multiples, cette £uvre doucement narquoise se gausse de la starification des artistes aux Etats-Unis depuis les années 1960. Enfin, Olivier Blanckart présente une toute nouvelle £uvre imaginée à partir de la fameuse photo de Carla Bruni nue, vendue récemment chez Christie's pour près de 69 000 euros. Par extension, y lire une interrogation faussement amusée et inquiète d'une certaine forme de communication politique basée sur " les bas instincts du peuple ". Olivier Blanckart : Pauvre France, à la galerie Aeroplastics Contemporary, 32, rue Blanche, à 1060 Bruxelles. www.aeroplastics.net. Jusqu'au 6 juin prochain. Chaque mois, Le Vif Weekend vous propose le décryptage d'une exposition. Parce que l'art contemporain est souvent taxé d'hermétisme, nous vous donnons les clés de lecture pour passer les portes des galeries et apprécier le meilleur de l'art vivant. Baudouin Galler