Si la mode pioche allégrement dans l'univers du skateboard depuis l'avènement de la discipline dans les sixties, ces dernières années, le luxe a pris lui aussi le chemin du skatepark. Un phénomène amorcé en 2016 avec Miu Miu, dont le spot That One Day, réalisé par Crystal Moselle, confrontait l'esthétique romantique et féminine de la maison italienne avec le quotidien d'une jeune skateuse et s'était offert les honneurs de la Mostra de Venise dans la foulée. Depuis, d'autres maisons de couture ont suivi la direction prise par Miuccia Prada, et à en croire les derniers défilés printemps...

Si la mode pioche allégrement dans l'univers du skateboard depuis l'avènement de la discipline dans les sixties, ces dernières années, le luxe a pris lui aussi le chemin du skatepark. Un phénomène amorcé en 2016 avec Miu Miu, dont le spot That One Day, réalisé par Crystal Moselle, confrontait l'esthétique romantique et féminine de la maison italienne avec le quotidien d'une jeune skateuse et s'était offert les honneurs de la Mostra de Venise dans la foulée. Depuis, d'autres maisons de couture ont suivi la direction prise par Miuccia Prada, et à en croire les derniers défilés printemps-été, la tendance est plus que jamais de saison. Après avoir sorti sa première paire de baskets de skate à l'hiver dernier en collaboration avec Lucien Clarke, premier skateur à être habillé par le malletier parisien, Louis Vuitton a présenté à Singapour une collection été 21 librement inspirée des Z-Boys. Gamme chromatique nostalgique, silhouettes décontractées blasonnées du mot "skate", la référence était non seulement assumée mais aussi revendiquée par Nicolas Ghesquière. Autre maison, autre ambiance: chez Dior, point de slogan mais bien le monogramme du label parisien, qui sort une version printanière de sa skate shoe, la B27. A 890 euros la paire, pas sûr qu'il s'agisse du genre de modèle qu'on a envie d'user dans le bowl, mais pour avoir le frisson sans la planche et encanailler une allure un peu trop sage, rien de tel. Un style qu'on retrouve également à prix plus accessible chez Ba&sh, qui vient de dévoiler trois nouveaux modèles de high-tops dans une campagne où les mannequins s'improvisent skateuses d'un jour. Un parti pris qui ne surprend pas Vincent Grégoire, expert au sein du bureau de tendances parisien Nelly Rodi. "Il y a toujours eu une forme d'engouement pour les contre-cultures qui expriment de façon positive une idée de liberté, d'insouciance, et plus que jamais aujourd'hui, contexte sanitaire oblige, on est dans une recherche d'un mode de vie alternatif tourné vers l'hédonisme et le plaisir. La glisse explique ça, il y a une espèce de mythologie du rebelle bienveillant, une idéalisation de la dissidence sympathique." Avec, à la clé pour le secteur du luxe, un changement de code bienvenu. "Le luxe a du mal à se projeter dans notre futur anxiogène, c'est plus facile d'aller invoquer des références apaisantes comme le skate, qui symbolise le laisser-vivre, explique le spécialiste. En plus, ça désacralise le luxe, en le faisant coller à la rue et à son esprit, le skate lui donne un côté presque fédérateur." Quitte à perdre un peu de sa crédibilité "street" au passage? "C'est sûr qu'en étant réappropriée de la sorte, la culture skate perd de son essence et devient un cliché décoratif de ce qu'elle a pu être, mais paradoxalement, ça permet au consommateur de vivre quelque chose qu'il fantasme, l'illusion d'avoir connu la belle époque." La roue des tendances tourne, mais les marques ne perdent jamais la tête.