"Le problème en Brabant wallon, ce n'est pas la prolifération des fermettes en tant que telles. C'est le fait qu'elles soient labellisées par les règlements comme étant LA norme. L'architecture est avant tout liée au contexte - à un terrain, un programme. Édicter des règles esthétiques identiques pour toute une région est donc un non-sens total. " Quand Anne Norman parle d'architecture, elle est entière, passionnée, critique aussi, mais dans la mesure. Cette historienne de l'art, qui fut un temps rédactrice en chef d'une revue pour la Maison de l'urbanisme du Brabant wallon, signe une série de livres (*) qui mettent en avant des bâtiments contemporains dans cette provi...

"Le problème en Brabant wallon, ce n'est pas la prolifération des fermettes en tant que telles. C'est le fait qu'elles soient labellisées par les règlements comme étant LA norme. L'architecture est avant tout liée au contexte - à un terrain, un programme. Édicter des règles esthétiques identiques pour toute une région est donc un non-sens total. " Quand Anne Norman parle d'architecture, elle est entière, passionnée, critique aussi, mais dans la mesure. Cette historienne de l'art, qui fut un temps rédactrice en chef d'une revue pour la Maison de l'urbanisme du Brabant wallon, signe une série de livres (*) qui mettent en avant des bâtiments contemporains dans cette province champêtre où il est de bon ton de construire de sages maisons à quatre façades en briques, avec toit en pente et fenêtres à croisillons. Chaque année, l'auteure choisit un thème - les écoles, les projets durables, les espaces recyclés... - et présente une dizaine d'exemples de qualité qui démontrent que, dans ce coin de Belgique aussi, des professionnels osent sortir des sentiers battus. " Je ne défends pas un style mais des démarches architecturales pertinentes ", insiste la spécialiste qui a bouclé cette année son onzième tome dédié à 10 projets qui déro(an)gent, soit dix dossiers qui ont connu un parcours administratif du combattant. L'objectif d'Anne Norman avec ces volumes : " Sensibiliser le grand public, sans donner de leçon. On peut décider de ne pas s'intéresser aux arts plastiques ou à la musique, mais l'architecture, on n'y échappe pas ! Or, rien n'est mis en place, même à l'école, pour s'y initier ", observe-t-elle. Son but est également de toucher les pouvoirs publics, " qui ont des idées préconçues énormes ". C'est que, dans la province, la frilosité en matière d'art de bâtir est vraiment palpable. Le paysage bucolique, ainsi que l'esprit relativement traditionaliste, font que l'innovation est souvent crainte. Les projets hors normes font toujours l'objet de discussions, de remarques, de rumeurs et les architectes, comme leurs maîtres d'ouvrage, doivent redoubler de détermination pour faire passer leurs idées. " Il y a des choses qui bougent, en Brabant wallon comme dans le reste de la Wallonie d'ailleurs, se rassure l'auteure. Mais c'est au petit bonheur la chance. " Et de pointer cette différence qui sépare le nord et le sud du pays : " En Flandre, la dimension culturelle de l'architecture est un acquis, il y a une ouverture d'esprit, une réflexion à l'échelle régionale. En Belgique francophone, de telles idées percolent mais timidement. Il y a beaucoup d'initiatives, qui ne sont cependant pas encore assez fédérées. " Alors, en attendant que l'architecture contemporaine s'épanouisse pleinement dans ces campagnes aux portes de Bruxelles, Anne Norman continue son travail de fourmi et déniche de petits bijoux ignorés... Pour Le Vif Weekend, elle propose un échantillon représentatif des bâtiments sélectionnés dans ses ouvrages, pour inciter chacun d'entre nous à sillonner les routes brabançonnes à la recherche de ces trésors architecturaux cachés. (*) Édités par la Province du Brabant wallon et réalisés par la Maison de l'urbanisme du CCBW. Pour obtenir gratuitement les tomes disponibles : guy.maas@brabantwallon.be Le 12e bouquin, qui sera disponible en octobre prochain, se focalisera sur des interventions en milieu urbain plus dense. PAR FANNY BOUVRY