Il avait fait de son appartement de Saint- Germain-des-Prés un condensé de sa vie métissée. Et puis en octobre dernier, la Covid est passée par là et Kenzo Takada, 81 ans, a tout laissé en plan. Sur son bureau, ses dessins, dans le salon, son cheval Hinoki en bois de la période Han, sur la cheminée, ses pinceaux raffinés, aux murs, les photos de William Eggleston. Et puisqu'il s'en est allé, ce créateur japonais en technicolor, cet amoureux de Pa...

Il avait fait de son appartement de Saint- Germain-des-Prés un condensé de sa vie métissée. Et puis en octobre dernier, la Covid est passée par là et Kenzo Takada, 81 ans, a tout laissé en plan. Sur son bureau, ses dessins, dans le salon, son cheval Hinoki en bois de la période Han, sur la cheminée, ses pinceaux raffinés, aux murs, les photos de William Eggleston. Et puisqu'il s'en est allé, ce créateur japonais en technicolor, cet amoureux de Paris qui y fonda sa marque à son prénom en 1970, ce joyeux survivant des années Palace qui habilla une époque, puisqu'il ne règne plus dans cet espace décoré avec soin, sa famille s'est résignée à disperser sa collection personnelle. A faire passer sous le marteau ses meubles, ses tableaux, ses oeuvres d'art, ses dernières silhouettes dans une vente aux enchères qui a tout de l'hommage. En fervent "passeur d'objets", Stéphane Aubert, commissaire-priseur et directeur associé d'Artcurial, a répertorié 600 lots et peaufiné le catalogue. "Quand j'ai poussé la porte de chez Kenzo, tout était resté tel quel, je suis entré dans son univers intime, accueilli par un immense autoportrait de lui. J'y ai retrouvé toutes ses influences, ses voyages, sa curiosité, l'oeil qu'il avait, ce mariage, qu'il réussissait admirablement, entre Orient et Occident, entre époque antique et pièces d'art contemporain, ce métissage de cultures qui était sa marque de fabrique dans son métier de créateur." Parmi ces trésors, que l'on découvrira début mai, chez Artcurial, en vrai, en une reconstitution trait pour trait, on trouvera aussi une centaine de vêtements, avec esquisses et prototypes, qui datent de sa retraite, puisqu'il quitta sa maison en 1999. "Nous voulons montrer toutes les palettes de l'artiste et son côté prolifique", souligne le commissaire-priseur fin prêt à théâtraliser comme il se doit les enchères de ce qui appartint un jour à un homme qui aimait la mode et le champagne, la beauté d'un Hercule en bronze, les grès nippons, les lustres en cristal et les hybridations joyeuses. R.I.P.