Il est 10 heures du matin un dimanche ordinaire à Shoreline, trente kilomètres au nord de Seattle-centre. Richmond Beach, la péninsule qui mène au Pacifique, présente, calme et glorieuse, quelques reflets argentés. Sur la ligne d'horizon, des montagnes enneigées font office de volcans éteints : si un paysagiste doit commencer une carrière, cet endroit semble assez bien choisi. D'autant que la météo de Seattle connaît peu les extrêmes frigo ou micro-ondes d'un New York par exemple. D'accord, il y pleut à la belge généreusement mais l'eau du ciel est régulièrement suivie d'une moisson de soleil, qui redonne à l'environnement sa belle gueule de base bio pour triathlètes. On y trouve aussi, un peu au hasard, comme sur cette plage du Nord Seattle, des témoignages de la culture native american : ici, un totem de bois sculpté regarde les kitesurfers.
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Il est 10 heures du matin un dimanche ordinaire à Shoreline, trente kilomètres au nord de Seattle-centre. Richmond Beach, la péninsule qui mène au Pacifique, présente, calme et glorieuse, quelques reflets argentés. Sur la ligne d'horizon, des montagnes enneigées font office de volcans éteints : si un paysagiste doit commencer une carrière, cet endroit semble assez bien choisi. D'autant que la météo de Seattle connaît peu les extrêmes frigo ou micro-ondes d'un New York par exemple. D'accord, il y pleut à la belge généreusement mais l'eau du ciel est régulièrement suivie d'une moisson de soleil, qui redonne à l'environnement sa belle gueule de base bio pour triathlètes. On y trouve aussi, un peu au hasard, comme sur cette plage du Nord Seattle, des témoignages de la culture native american : ici, un totem de bois sculpté regarde les kitesurfers. Seattle est l'anglicisation de Si'ahl, nom d'un chef des Duwamish, tribu qui vécut dans l'ouest de l'État de Washington depuis 8 000 ans av. J.-C. et dont il reste 500 représentants dans la région. Même à une sixième visite dans la ville, elle n'en finit pas d'apparaître particulière et méandreuse, comme si la nature omniprésente poussait dans ses poumons, un oxygène rare au rayon des métropoles. La découverte se fait de préférence en voiture, histoire de débusquer les niches perdues sur un domaine de plus de 300 km2. Et d'aller, par exemple, prendre le ferry à une heure trente au nord de la ville, à Anacortes, pour embarquer vers les San Juan Islands, archipel d'îles soufflantes de beauté voisiné par des orques... Plus simplement, on peut débuter au centre-ville et monter sur la Space Needle, vestige aux formes de soucoupe volante suspendue ayant survécu à l'Exposition universelle de 1962. Pointant à 184 m, le bâtiment a longtemps été le plus grand skyscraper à l'ouest du Mississippi : un dôme installé à 160 m permet d'observer Seattle et ses environs maritimes et montagneux. Par temps découvert, on voit très nettement l'aiguille du Mont Rainier à 87 kilomètres de là : classé parmi les seize volcans présentant le plus grand danger d'éruption, le Rainier est aussi la plus haute montagne des États-Unis continentaux. Même en cas de brusque poussée de fièvre volcanique - Seattle est proche de deux failles majeures du Pacifique - le Space Needle doit pouvoir résister à une secousse de 9,1 sur l' Échelle de Richter. Tout comme le nouveau bâtiment abritant le QG de la Bill & Linda Gates Foundation construit à deux pas de là sur les plans du bureau d'architecture NBBJ. Jouxtant l'aiguille de l'espace : l'Experience Music Project (EMP). Le nom fait référence au Jimi Hendrix Experience, trio formé à Londres avec deux Britanniques fin 1966. Hendrix le futuriste, natif de Seattle, serait fier de ce musée inauguré en 2000 avec l'argent de Paul Allen, cofondateur, avec Bill Gates, de Microsoft. Le bâtiment designé par Frank Gehry, l'architecte-star canadien, évoque selon l'angle deux ou trois pralines géantes, promettant une sorte de monumental chocolat psyché. L'espace intérieur est vaste et interactif. Un mur de guitares électriques surprend le visiteur, qui en concevra peut-être des idées décoratives. Et puis, il y a la section locale, The Northwest Passage, consacrée aux régionaux de l'étape, Hendrix, mais aussi Bing Crosby, The Kingsmen ou encore toute la scène grungy autour de Pearl Jam et Nirvana. EMP s'apprête à inaugurer ce 16 avril Nirvana : Taking Punk To The Masses, une exceptionnelle collection de memorabilia consacrée à l'ascension du groupe de Cobain, enfant de la région qui termina sa vie dans sa propriété sise au très chic Lake Washington Boulevard. Les fans hardcore de Cobain feront une halte à l'OK Hotel, aux abords du Pioneer Square là où le grunge a commencé : l'endroit a partiellement été reconverti en studios d'artistes, ouverts au public lors des First Thursday Artwalks. À l'instar de Rome, Seattle est construite sur des collines, au nombre de sept. Percée de nombreux plans d'eaux et de zones de verdure. Au Green Lake, quartier un peu excentré dont la vie tourne autour d'une circonférence chérie par les joggeurs, on loue des pédalos et la balade passe en revue de charmantes maisons de bois bobos, sans ostentation malgré le prix tutoyant facilement le million de dollars. Seattle est donc riche, plutôt talentueuse pour propulser ses marques au fronton mondial : Starbucks - ils pullulent - Microsoft et Boeing. Dont la visite de l'usine située à Everett, 40 bornes au nord de la ville, est aussi impressionnante que le volume des bâtiments, plus de 13 millions de mètres cubes (http://www.boeing.com/commercial/tours/index.htm)... Si on reste urbain, le vélo est une bonne solution, les locations se faisant généralement près des lacs et étangs. Après une visite au Pike Place Market et ses étals à poisson, on reste au centre pour une heure ou deux à l'Aquarium voisin, puis on peut filer en direction du district des affaires : sur la route, on passe le Hammering Man, homme de fer d'une quinzaine de mètres du sculpteur Jonathan Borofsky. Situé juste en face du Seattle Art Museum. Les musées sont nombreux et soignés : comme l'Asian Art Museum, planqué dans l'un des plus beaux endroits de la ville, à environ trois kilomètres de downtown, le Volunteer Park. On y longe de vastes maisons patriciennes, de tous styles, y compris sudistes à colonnades, débouchant sur un majestueux point de vue happant au lointain la Space Needle. Juste à côté du parc, sur la 15th Avenue, le Lakeview Cemetery, cimetière à l'américaine qui donnerait presque envie d'y choisir sa dernière demeure. C'est là que reposent côte à côte Bruce Lee (1940-1973) et son fils Brandon (1965-1993), étoiles filantes du cinéma et des arts martiaux... PAR PHILIPPE CORNET