A peine quelques minutes à ses côtés et l'on devine ce qui poussa le rédacteur en chef du mensuel branché Sassy à l'interpeller un jour dans les rues de New York pour lui offrir un stage dans son magazine. Chloë Sevigny, jeune fille de bonne famille du Connecticut, avait alors 18 ans, un culot à revendre, un style qui mixait Doc Martens, vestes en jean et robes à smocks vintage, et une personnalité remarquablement affirmée pour une jeune femme de son âge. Quinze ans plus tard, elle est la même, enrichie d'une filmo très avant-gardiste, et d'une garde-robe qui l'est davantage encore... Et elle signe aujourd'hui une ligne de vêtements pour le label américain Opening Ceremony (*). " C'est la première fois, confie-t-elle, que je me lance dans une telle aventure. J'espère que toutes les jeunes femmes s'y retrouveront un peu. "
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A peine quelques minutes à ses côtés et l'on devine ce qui poussa le rédacteur en chef du mensuel branché Sassy à l'interpeller un jour dans les rues de New York pour lui offrir un stage dans son magazine. Chloë Sevigny, jeune fille de bonne famille du Connecticut, avait alors 18 ans, un culot à revendre, un style qui mixait Doc Martens, vestes en jean et robes à smocks vintage, et une personnalité remarquablement affirmée pour une jeune femme de son âge. Quinze ans plus tard, elle est la même, enrichie d'une filmo très avant-gardiste, et d'une garde-robe qui l'est davantage encore... Et elle signe aujourd'hui une ligne de vêtements pour le label américain Opening Ceremony (*). " C'est la première fois, confie-t-elle, que je me lance dans une telle aventure. J'espère que toutes les jeunes femmes s'y retrouveront un peu. " Weekend Le Vif/L'Express : Avant même vos débuts à l'écran, l'écrivain Jay McInerney vous consacrait sept pages dans le New Yorker. Avec le recul, pensez-vous que cette consécration très précoce d'icône de mode a servi votre carrière d'actrice ? Chloë Sevigny : Probablement pas, non. Pendant longtemps, les gens ont plus parlé de moi dans les magazines de mode que dans les revues de cinéma. Tout a changé avec Big Love. La série est très populaire aux Etats-Unis. Depuis, j'ai l'impression qu'on découvre vraiment mon travail. Tout le monde me dit : mais tu es une bonne actrice, en fait ! (Rires. ) C'est très gratifiant de se produire dans une £uvre de qualité tout en touchant un large public. Avez-vous hésité avant d'accepter le rôle de Nicolette Grant ? Oui, c'était une décision très difficile à prendre. Nicolette est un mélange de vulnérabilité et de culot. Elle est très drôle et se mêle toujours de ce qui ne la regarde pas. Mais on tourne à Los Angeles et je n'ai pas l'habitude de rester loin de New York aussi longtemps. Quand je pense qu'il nous reste encore quatre saisons à tourner, j'ai la tête qui tourne ! D'actrice branchée, vous voilà devenue populaire. Cela fait quoi ? La reconnaissance est très agréable. Mais je n'ai jamais couru ni après la gloire ni après le box-office. Ils induisent trop de conséquences, y compris sur la vie privée, qui me déplaisent. Vous êtes d'ailleurs venue au cinéma un peu par hasard. J'ai toujours aimé jouer. Petite, je faisais du théâtre tous les étés. Quand j'ai commencé à sortir et à avoir des copains, j'ai un peu tout laissé de côté. Jusqu'à Kids, qui a été un vrai déclic. Sinon, j'aurais peut-être tenté une carrière de costumière. J'ai vécu l'expérience sur Gummo (réalisé en 1997 par Harmony Korine), et j'ai adoré. A quand remonte votre découverte de la mode ? A l'adolescence, je m'habillais comme toutes les filles de mon âge, essentiellement en Esprit et Benetton. Puis j'ai commencé à traîner avec les copains skaters de mon frère aîné. Ma famille a eu une énorme influence sur moi. Elle m'a appris à ne jamais avoir peur de me démarquer des autres. Mon père faisait très attention à ce qu'il portait. Ma mère m'achetait des déguisements, des robes de soirée des années 1950. Elle gardait tout, et comme je fouillais beaucoup dans ses armoires... Vous êtes issue d'un milieu très conservateur ? Je ne crois pas, non. Disons que je viens d'une toute petite ville du Connecticut. Mais je suis très attachée à certaines valeurs. A Hollywood, l'une des choses qui vous déplaît le plus, paraît-il, est le manque de respect pour le mariage. Se passer la bague au doigt pour divorcer quelques semaines plus tard, je trouve ça un peu triste, oui, surtout quand il y a des enfants au milieu. La plupart des actrices sont trop égocentriques pour se consacrer à leur couple. Je ne suis pas qualifiée pour juger, mais j'espère que ça ne m'arrivera jamais. Tout va très vite dans ce métier. Craignez-vous le moment où vous ne serez plus l'icône tendance, la " it girl ", comme on dit ? Non, non. Je ne me réveille pas le matin en me disant : " Oh, mon Dieu, je vais perdre ma couronne. " ( Rires.) II faut bien passer le flambeau, non ? Justement, quel regard portez-vous sur les actrices de votre génération ? Ne trouvez pas que Hollywood manque parfois de style ? Pour moi, les jeunes actrices manquent surtout d'audace. Autrefois, les femmes se lâchaient plus, laissaient parler leur personnalité à travers leurs tenues. Aujourd'hui, chaque fille doit avoir son styliste et ne surtout pas sortir du lot de peur d'être critiquée dans la presse. Mais je ne veux pas faire de généralités. Certaines, comme Selma Blair, font preuve de liberté et d'originalité. Votre style, lui, est tout sauf traditionnel. J'ai toujours du mal à le définir. Non conventionnel, peut-être. Certains artistes que j'admire, comme Patti Smith, ont trouvé la tenue qui les définit parfaitement. J'aimerais être comme eux. Ma vie serait alors beaucoup plus simple ! (Rires.) Mais j'ai des goûts trop éclectiques, j'admire trop de créateurs pour me cantonner à un genre. En fait, je ne m'interdis rien. J'aime bien l'idée que je suis capable de tout porter. Quels sont les artistes vous ayant le plus influencée en matière de mode ? Des femmes qui osent, mais sans donner l'impression qu'il y a du travail derrière. Slim Keith, qui fut une figure de la jet-set américaine des années 1940, Marlene Dietrich, Debbie Harry... Et puis Kate Bush et les filles de The Slits. A votre avis, que diront plus tard vos enfants quand ils mettront le nez dans votre garde-robe ? Je crois qu'ils seront contents que leur maman ait pris la peine de conserver quelques jolies pièces. Je suis comme ma mère : je garde tout depuis mon adolescence ! Pour moi, la mode est un art intemporel. En cas d'incendie, quelle pièce sauveriez-vous de la catastrophe ? La robe Yves Saint Laurent que j'ai portée aux Oscars en 2000, lorsque j'ai été nominée. Un cadeau d'Alber Elbaz, du temps où il était à la tête de la maison. Vous connaissez bien la France... Quel regard portez-vous sur le style made in France? Quand je viens en France, j'ai toujours l'impression d'être une clocharde. Les Françaises sont toutes incroyablement apprêtées. Leur élégance, leur classicisme m'impressionnent toujours. Vous êtes l'égérie du tout nouveau parfum de Chloé. Vous étiez une fidèle de la marque ? Je collectionne leurs vêtements vintage depuis des années. Ils ont une délicatesse inimitable, sans être trop sophistiqués. Et je dirais la même chose de leur nouveau parfum, au c£ur de rose poudrée. Il est à croquer (lire aussi notre sujet consacré aux " parfums signatures " en pages 30 et 31). Vous appréciez particulièrement les parfums floraux ? Chez moi, il y a toujours des fleurs fraîches, et je raffole du lilas. Sinon, j'ai deux feux ouverts à la maison et l'odeur que j'aime particulièrement est celle du feu. Tellement réconfortante... En vente, chez Colette, à Paris, à partir de fin février. Carnet d'adresse en page 64.Propos recueillis par Géraldine Catalano