Cela faisait longtemps qu'il n'était entré au musée. Il rit, du haut de ses 83 ans et demi, il est à Marrakech, dans les murs sensuels qui abritent la mémoire de monsieur Yves Saint Laurent, il dit : " Exposer l'art dans un musée de mode raconte une autre histoire, elle engage l'idée de l'art et la renverse. " Christo (1935), sans Jeanne-Claude (1935-2009), est venu y montrer ses inédits, dessins, collages, désirs, plus une sculpture originale, quelques photos et films en un condensé des années 1962-1968 et de ce sujet sans détours, ...

Cela faisait longtemps qu'il n'était entré au musée. Il rit, du haut de ses 83 ans et demi, il est à Marrakech, dans les murs sensuels qui abritent la mémoire de monsieur Yves Saint Laurent, il dit : " Exposer l'art dans un musée de mode raconte une autre histoire, elle engage l'idée de l'art et la renverse. " Christo (1935), sans Jeanne-Claude (1935-2009), est venu y montrer ses inédits, dessins, collages, désirs, plus une sculpture originale, quelques photos et films en un condensé des années 1962-1968 et de ce sujet sans détours, Femmes. Le temps n'a pas fait son oeuvre, si ce n'est sur cette Wedding Dress le joli jaunissement du papier, la présence évaporée de la colle, la consistance si réelle de la peinture blanche - un travail préparatoire à un projet d'empaquetage en bonne et due forme que l'artiste dessina avec " nonchalance ", cela rime avec élégance. A l'époque, c'était en 1967, il s'était agi d'exposer à Philadelphie. " Je n'étais pas fashion designer, confesse-t-il dans un français délicieux qu'il avoue avoir appris au lit. Mais j'ai fait ma fashion interprétation des robes des années 60 avec des collages à partir des photos du magazine Vogue sur lesquels j'ai peint. " Dans la foulée, pour le défilé qui clôturait alors l'événement, il avait également créé une robe de mariée dont la traîne, " de la taille d'un petit éléphant ", était constituée de paquets liés avec des cordes, elle fut portée par un modèle pieds nus, en short et top de satin blanc, elle fit sensation, y insufflant une énergie folle. Cinquante-deux ans plus tard, transformée en installation, elle n'a rien perdu de ce souffle stimulant. A l'instar du rituel artistique mis en place par Christo et Jeanne-Claude, qui par mesure d'égalité pure et simple signaient de leurs triples prénoms depuis 1994. Le couple n'a eu de cesse de penser la toile comme le matériau parfait pour des projets environnementaux éphémères étalés pourtant dans le temps, pour cause de préparations minutieuses, de nature parfois indomptée, d'indispensables autorisations. L'empaquetage du Reichstag ou du Pont-Neuf, les Surrounded Islands de Floride ou The Umbrellas au Japon et aux Etats-Unis n'existent désormais plus que grâce à une importante documentation qui rend éternelles ces oeuvres à la temporalité courte et prédéterminée. Avec cette petite incursion dans la mode, à voir à Marrakech, on saisit que, au fond, ce qui les animait, c'est le vivant, " émotions, sentiments, mouvement ", toute chose que l'empaquetage réussit à " simplifier ou accentuer " mieux que personne, moment précieux.