On connaissait la cabane dans les arbres, voilà la maison sur les toits. Les architectes en ont longtemps rêvé, aujourd'hui ils passent à l'action. A Metz, Philippe Starck va se lancer dans la réalisation d'une construction à colombages, plantée au sommet d'un parallélépipède de quatorze étages. L'hôtel Heler, qui ressemblera à un château de conte de fées suspendu à 30 mètres du sol, sera entouré d'arbres et de végétation. Ce projet, fidèle à l'excentricité du célèbre designer français, est financé par trois entrepreneurs qui veulent étendre leur concept futuriste à Lisbonne, La Haye et Toulouse. La tendance leur donne raison : ici et là, l'idée de l'habitat " pluggé " au sommet des immeubles fait son chemin.
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On connaissait la cabane dans les arbres, voilà la maison sur les toits. Les architectes en ont longtemps rêvé, aujourd'hui ils passent à l'action. A Metz, Philippe Starck va se lancer dans la réalisation d'une construction à colombages, plantée au sommet d'un parallélépipède de quatorze étages. L'hôtel Heler, qui ressemblera à un château de conte de fées suspendu à 30 mètres du sol, sera entouré d'arbres et de végétation. Ce projet, fidèle à l'excentricité du célèbre designer français, est financé par trois entrepreneurs qui veulent étendre leur concept futuriste à Lisbonne, La Haye et Toulouse. La tendance leur donne raison : ici et là, l'idée de l'habitat " pluggé " au sommet des immeubles fait son chemin. A Paris, dans le xiiie arrondissement, Claude Ginsburger n'en est plus aux prospectives ni aux images de synthèse. La villa que l'architecte a imaginée, sur le toit plat d'un bâtiment industriel des années 20, est une réalité. Inauguré l'été dernier, cet habitat de 320 m2, pour moitié en terrasses et jardin, fait le pari de la campagne en pleine ville sans toucher le plancher des vaches puisque ici il s'agit de tutoyer les hauteurs. Le résultat est surprenant. Pour qui connaît l'habitat parisien type où le balcon est vu comme un privilège et la moindre courette synonyme d'oasis, le dépaysement est total. Posée au-dessus d'une ancienne usine de drapeaux, La bulle chic - c'est le nom de la maison - s'inscrit dans une mouvance qui avance lentement mais sûrement. De la maisonnette bleue aux allures de Lego, signée MVRDV à Rotterdam (2008), pour la famille Didden, aux pavillons de banlieue posés sur le sommet d'une mini barre HLM par Edouard François à Champigny (2012), l'exercice séduit. D'après l'agence bruxelloise Spotless architecture, une vingtaine de projets de rehaussement seraient d'ailleurs en ce moment à l'étude dans notre capitale. Entre les règlements urbanistiques pointilleux et la contrainte des matériaux, la mise en oeuvre n'est pas facile pour autant. " Il faut prévoir du temps et engager des études de faisabilité car sur des fondations existantes, il n'est pas question de faire n'importe quoi ", souligne Claude Ginsburger. Comme d'autres avant lui, l'architecte a choisi le bois plutôt que le béton afin de ne pas surcharger la structure d'origine. La bulle chic est assemblée à partir d'une charpente classique en sapin et d'un procédé révolutionnaire de panneaux d'épicéa lamellé-croisé appelé CLT (Cross Laminated Timber). Ces plaques pressées mécaniquement à très haute pression offrent une portance et une résistance exceptionnelles. " C'est un matériau unique, très performant sur le plan thermique car il ne nécessite pas d'isolation supplémentaire et qui a l'avantage de se monter rapidement, à l'aide de simples vis ", témoigne Thomas Vanwindekens, cofondateur de Spotless architecture. En 2015, il a intégralement réalisé en CLT une " wooden box " de 90 m2 et trois chambres sur les toits d'un immeuble de Forest. Claude Ginsbuger, lui, a fait un choix différent. Pour la vêture extérieure de son duplex, il a choisi le chêne laissé à l'état naturel. " Au contraire des résineux qui noircissent dramatiquement, cette essence vieillit bien. Avec le temps, il change de couleur, grisonne, mais de manière homogène ", précise le maître d'oeuvre qui en jouant la carte " chalet " est conscient de la rupture avec le milieu environnant parisien fait historiquement de pierre de taille ou de ciment peint. Même si la vue depuis le toit ne s'ouvre pas dans ce coin de la Ville lumière sur des élégants immeubles haussmanniens, mais plutôt des constructions sans âme des années 70, le parti pris du cabanon avec ses coursives en caillebotis, ses poutres apparentes et sa toiture à double pente est osé. Sans être complètement radical. Vue de l'intérieur, La bulle chic, avec ses murs uniformément blancs et son tracé fonctionnel, est conforme à l'esthétique d'une villa quatre façades traditionnelle. Pour profiter pleinement des terrasses, présentes aussi dans le prolongement de chacune des trois chambres, le concepteur a privilégié des portes fenêtres coulissantes qui accentuent les perspectives vers l'extérieur végétalisé. " On a tout de suite été séduit par ce projet de jardin sur les toits ", relate l'architecte Hélène Reinhard qui a travaillé sur les aménagements extérieurs avec le paysagiste Thomas Padoan, également membre de l'agence Cairos. " On s'est inscrit dans un pré-projet existant tout en apportant des éléments nouveaux comme la pergola, les composteurs ou le cabanon de jardin. L'idée était de faire un vrai coin de verdure. " Des lauriers, des troènes du Texas, mais aussi des magnolias, des lilas ou des sureaux qui prendront progressivement de l'ampleur, ont été plantés selon des règles bien précises. " On est partis sur une double trame, décrit Thomas Padoan. Pour masquer le vis-à-vis sur les immeubles d'en face, il y a un " fond de scène " composé d'arbustes et de petits arbres qui crée une intimité. A l'avant-plan, on trouve des plantes comme de la lavande, de la sauge ou du thym. Il y a toute une gradation ". L'opération s'est avérée délicate. Sur le toit de l'ancienne manufacture en béton, la couche de terre posée sur des feutres géotextiles n'excède pas 30 centimètres. " On ne peut pas concevoir un jardin en terrasse comme si on était dans une cour en rez-de-chaussée, prévient Hélène Reinhard. On a délibérément choisi de la végétation peu extensive pour que les racines ne fassent pas, à terme, de dégâts. Il y a aussi la question du poids. On a des jardinières sous tout le pourtour, ce qui représente une surcharge assez impressionnante, même avec de la terre allégée. " Entre les calculs de stabilité et les études techniques pour éviter les méchantes infiltrations, la place à l'imagination est donc quelque peu freinée mais pas compromise dans ce type de dossier. La bulle chic, elle, fait l'éloge de la simplicité, voire de l'épure. " On a tenté de faire une symbiose entre l'urbain et le champêtre ", résume Thomas Padoan. La végétalisation des toitures, de plus en plus prisée par les habitants des villes, n'est pas qu'esthétique. Elle a des vertus isolantes pour l'ensemble de l'immeuble et se nourrit par elle-même grâce aux eaux de pluie. Autant dire un rêve de développement durable en parfaite osmose avec une habitation en bois qui absorbe et stocke le CO2 pendant plusieurs décennies... Restent les questions bassement matérielles. Vivre dans un " sauna " en " rooftop " n'est pas donné à tout le monde ni facile à concrétiser. Le coût d'une surélévation de qualité demeure plus élevé que dans la construction traditionnelle et l'obtention d'un permis n'est pas toujours facile, surtout quand il s'agit de convaincre la copropriété. François Gaucher, à la tête de la société Pégase, est pourtant formel : le concept a de beaux jours devant lui. Ce promoteur de 51 ans, à la carrure de rugbyman et au verbe haut, est à l'origine de La bulle chic. Pour habiller sa maison témoin, il a sollicité quelques labels d'intérieur comme Novum ou le Belge Marie's Corner. Sur le toit de 1000 m2 du même bâtiment industriel dont il est propriétaire, il achève la construction de deux autres habitations en bois et s'apprête à mettre en chantier un projet similaire en plein coeur du xviiie arrondissement. " On a une vingtaine d'opérations de ce type en vue et mon but est de concrétiser, sur les quatre prochaines années, huit à dix projets par an sur Paris et l'Ile-de-France ", dit-il. L'homme d'affaires a décidé d'en faire " une ligne de produits ", baptisée " Oh Perché ! ". La marque a été déposée et pourrait voir le jour chez nous prochainement. " Nous sommes en discussion avec un opérateur belge pour ouvrir un contrat de franchise à Bruxelles ", assure le businessman. Avant de traverser la Manche ? En 2017, un livre blanc du gouvernement britannique visant à résoudre les questions sur la crise du logement a révélé que 41 000 nouvelles maisons pouvaient potentiellement être construites sur les toits londoniens...