Ils ne cherchaient pas une maison à Tanger. Le Maroc ne faisait même pas particulièrement partie de leurs plans. La seule constante dans la quête du designer français Hervé Van der Straeten et son époux, Bruno Frisoni, était de s'installer près de la mer. Le couple avait presque arrêté son choix sur la côte amalfitaine en Italie. Mais un séjour entre amis dans cette ville portuaire d'Afrique du Nord a bouleversé tous ses plans. Les deux hommes sont alors tombés sur une habitation à vendre, non loin de la médina. D'un point de vue structurel, le bâtiment n'avait rien de particulier. Simple et peint en bleu et jaune, il s'agissait d'un "labyrinthe de petites pièces". Son emplacement, par contre, était incroyable. "C'est un quartier d'artisans, certains travaillent le cuivre, d'autres fabriquent des djellabas et du mobilier en bois", explique le créateur avec enthousiasme. La vue aussi y est spectaculaire. "On se croirait à la proue d'un bateau. D'ici, nous pouvons admirer le port et la plage", continue-t-il. La maison se situe non loin du palais de Sidi Hosni, qui a notamment appartenu à l'héritière américaine Barbara Hutton. Celle-ci y a passé tous ses étés entre 1947 et 1975 en organisant des bals annuels pour lesquels e...

Ils ne cherchaient pas une maison à Tanger. Le Maroc ne faisait même pas particulièrement partie de leurs plans. La seule constante dans la quête du designer français Hervé Van der Straeten et son époux, Bruno Frisoni, était de s'installer près de la mer. Le couple avait presque arrêté son choix sur la côte amalfitaine en Italie. Mais un séjour entre amis dans cette ville portuaire d'Afrique du Nord a bouleversé tous ses plans. Les deux hommes sont alors tombés sur une habitation à vendre, non loin de la médina. D'un point de vue structurel, le bâtiment n'avait rien de particulier. Simple et peint en bleu et jaune, il s'agissait d'un "labyrinthe de petites pièces". Son emplacement, par contre, était incroyable. "C'est un quartier d'artisans, certains travaillent le cuivre, d'autres fabriquent des djellabas et du mobilier en bois", explique le créateur avec enthousiasme. La vue aussi y est spectaculaire. "On se croirait à la proue d'un bateau. D'ici, nous pouvons admirer le port et la plage", continue-t-il. La maison se situe non loin du palais de Sidi Hosni, qui a notamment appartenu à l'héritière américaine Barbara Hutton. Celle-ci y a passé tous ses étés entre 1947 et 1975 en organisant des bals annuels pour lesquels elle invitait des musiciens des quatre coins du globe.A cet étalage de richesses, les deux concepteurs, pourtant renommés dans le monde, préfèrent la discrétion. Bruno Frisoni, créateur italien, est connu pour avoir été directeur artistique de Roger Vivier pendant seize ans, avant de quitter la maison en février 2018. Parmi ses clients célèbres, on retrouve Cate Blanchett, Catherine Deneuve et Lady Gaga. Hervé Van der Straeten, quant à lui, a imaginé des miroirs aux inspirations lyriques et des consoles sculpturales défiant les lois de la gravité et qui font l'unanimité auprès des décorateurs de renom comme Jean-Louis Deniot, Muriel Brandolini et Robert Couturier. Et les talents du duo se sont avérés plus qu'utiles lors de la rénovation de cette demeure. "Elle était dans un état lamentable, se souvient le créateur. Les étages avaient été mal construits, nous ne pouvions conserver que le rez-de-chaussée." Un des deux escaliers a disparu pendant les transformations, et une cave a été creusée, pour accueillir la cuisine entre autres. Les deux hommes ont agrandi les pièces et ajouté un patio au deuxième niveau, menant à la terrasse sur le toit, décorée de magnifiques bejmats. L'objectif n'était toutefois pas de créer une atmosphère arabisante. "Tanger, ce n'est pas Marrakech. Nous n'allions pas construire des murs en pisé", précise le Français qui a plutôt choisi de rendre hommage au caractère portuaire de la ville en rassemblant des souvenirs des voyage de lui et son compagnon. Le sol en marbre est inspiré de celui de la Casa de Pilatos à Séville, alors que d'autres éléments font référence à la Syrie. La salle de bains, décorée de noir et de blanc, ressemble à un hammam que le couple a visité à Damas et les luminaires dans le salon et la salle à manger sont composés de sébiles en cuivre trouvées à Alep et de brides dénichées à Patzcuaro, au Mexique. Les vases en céramique viennent, eux, de Toscane, et le bleu et le blanc utilisés dans certaines pièces évoquent la Grèce. D'autres couleurs sont tirées d'un portrait d'un jeune homme par Kees Van Dongen. Les propriétaires ont également décidé d'inclure des touches Art déco à l'ensemble - la cheminée en noir et blanc dans le salon est inspirée des années 30 - ainsi qu'un bon nombre des créations du designer. Les célèbres tabourets Capsule dans le bureau par exemple, ou une table Cumulus dont la base est faite de blocs géométriques en équilibre, ainsi qu'un lustre Virevolte en cuivre et albâtre. Certaines pièces rappellent tout de même l'atmosphère orientale. L'exemple le plus évident est un salon au premier étage, le seul espace à être typiquement marocain. Il est doté d'un plafond peint, d'une mosaïque zellige traditionnelle et d'une banquette confortable. Les propriétaires ont fait appel à des artisans de Fès pour le moucharabieh et le plâtre finement sculpté. Et les murs de la chambre d'amis ont été recouverts de tapis venant de Syrie et d'ailleurs. Le tandem voulait créer des ambiances différentes. Avec ses arcades blanches, le rez-de-chaussée est épuré et classique. Aux étages, les couleurs deviennent joyeuses. Comme Hervé Van der Straeten le précise, le couple passe du temps à Tanger à différents moments de l'année: pendant une partie de l'été, mais également à Pâques, Noël ou pour se ressourcer quelques instants en automne ou au printemps. "Les pièces lumineuses et colorées sont parfaites pour la période estivale, mais cela ne vaut pas pour toutes les saisons, observe-t-il. En hiver, nous aimons pouvoir profiter d'une ambiance plus cosy, avec une cheminée et des murs ornés de textiles!" Le bonheur et le dépaysement, au fil des saisons.