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Jocelyne Sibuet ne semble pouvoir se départir de son hospitalité. Quand nous sollicitons la faveur de son temps, elle répond par une invitation à déjeuner, lors de l'un de ses passages à Paris. Elle prend la peine de veiller discrètement à ce que l'accès soit facile, le menu éclectique, le cadre confortable. Nous voilà son hôte, même si elle n'est pas chez elle. Déformation professionnelle. Elle s'était pourtant juré de ne pas embrasser cette voie. " Mes parents s'occupaient de homes d'enfants, ils n'étaient jamais là le soir. Je voulais quelque chose de différent... Il ne faut jamais dire jamais ", sourit-elle à rebours. Quand Jean-Louis, son ex-époux, se laisse séduire par l'hôtellerie, à Megève (Haute-Savoie), elle s'engage à ses côtés : " Je savais que c'était le seul moyen pour que l'on passe du temps ensemble. " Propriétaires du petit hôtel Au coin du feu, ils mûrissent un projet qui, à l'époque, fut accueilli comme une douce folie : racheter, démonter et déplacer des fermes anciennes afin de créer un ensemble douillet et haut de gamme, tout en pièces chinées et étoffes sélectionnées avec soin. " Ce qui a fait notre succès, c'est de créer des hôtels comme des maisons, d'avoir compris que les gens voulaient des lieux avec une âme. On l'a fait à l'instinct, sans nous rendre compte que ça deviendrait un mouvement. " Ovni à la fin des années 80, Les Fermes de Marie font désormais figure de référence dans le domaine du lifestyle. Beaucoup ont tenté de les copier. Jocelyne Sibuet a quant à elle veillé à ne pas produire de clones au fil des ouvertures qui suivirent, dans les sommets mais aussi en Provence et à Lyon. " Ce n'est pas forcément pointu. Je fonctionne intuitivement, je ne fais pas le travail que ferait un designer ", analyse-t-elle.Pour la nouvelle Villa Marie Saint-Barth, qui vient d'accueillir ses premiers hôtes dans les Caraïbes, elle a choisi le jaune pour la chaleur ainsi que le bambou, le rotin, les coquillages. Un esprit " tropical chic avec une influence coloniale, West Indies ", composé de pièces apportées principalement d'Inde et d'Indonésie. Dans l'île comme dans sa tenue du jour ou ses " refuges " en montagne, on retrouve l'amour des couleurs, l'attention au choix des textiles. Jocelyne Sibuet, qui a brièvement travaillé dans le secteur de l'esthétique, a apporté une autre des signatures du groupe : un spa. Un impondérable d'aujourd'hui ; une révolution quand elle ouvrit son premier établissement, " à un moment où il y avait les thalassos mais pas vraiment d'endroits jolis, pour se ressourcer ". La pionnière créa des bains " maison " aux multiples vertus, avec une aromathérapeute, avant de lancer Pure Altitude, sa gamme de soins profitant des propriétés régénérantes des plantes de l'extrême. " Ce qui m'intéresse, c'est le bien-être au sens large, pas juste le travail de la peau. La beauté passe par l'énergie, l'alimentation, l'absence de stress. " De la même manière qu'elle aime voir le luxe dans les émotions et les expériences plutôt que par le marbre des salles de bains, la Française ne jure que par l'approche holistique de l'accueil et du bien-être. Quand sa dernière " maison " aura trouvé ses marques, elle s'envolera d'ailleurs pour une cure ayurvédique. Elle peut prendre le large l'esprit apaisé. Marie et Nicolas, ses enfants, sont officiellement à la tête de l'empire Sibuet depuis quelques semaines. Ils écrivent une page neuve, pour une nouvelle génération qui veut voyager différemment, plus forcément en 4 ou 5-étoiles. " Ils n'ont pas envie de faire le style de leur mère, c'est normal ", affirme la femme d'affaires, comme un vote de confiance. Prochaine ouverture, prévue en juin : le Terminal neige - Refuge du Montenvers à Chamonix, au pied de la Mer de Glace.