Investir des chancres ! C'est le défi que l'architecte Luc Schuiten s'est lancé en juin dernier, avec son projet pilote, Archi Human. Le concept ? Réhabiliter des friches des dix-neuf communes de la Région Bruxelles-Capitale pour y créer des micro-habitats, avec des matériaux durables et de provenance locale, afin de réinsérer des sans-abri dans des logements à haute valeur architecturale et environnementale. Son premier chantier, à Molenbeek-Saint-Jean, a une portée hautement symbolique : il s'agit du lieu où s'élevait " la maison de l'horreur " d'Andras Pandy - le pasteur qui s'est rendu célèbre en supprimant six membres de sa famille - que la commune n'a pas réussi à vendre. " C'est un emplacement chargé d'inhumanité, je souhaite en faire un endroit de grande humanité. Ce chancre deviendra un immeuble de trois appartements pour les sans-toit ", se réjouit l'architecte. Le bâtiment sera réalisé en bois et autres matériaux à basse énergie. Dix jours suffiront à monter ce préfabriqué conçu pour s'inscrire dans le temps. Le long de la façade et en toiture, des plantes et des nichoirs permettront aux locataires de garder un contact avec l'extérieur où ils ont vécu. Reste à trouver le financement... " Ça avance bien, nous devrions avoir le permis de bâtir d'ici la fin de l'année. Notre objectif est de ranimer un maximum de maisons aveugles, de portions de rue oubliées, en déshérence ou dites " moches ", c'est une façon de réparer le tissu urbain ", ajoute celui qui vise pas moins de trente réalisations équivalentes en dix ans. De façon plus large, alors que le Belge consacre plus d'un tiers de son budget à son home sweet home, selon le SPF Economie, l'habitat durable semble avoir le vent en poupe ! Démonstration.
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Investir des chancres ! C'est le défi que l'architecte Luc Schuiten s'est lancé en juin dernier, avec son projet pilote, Archi Human. Le concept ? Réhabiliter des friches des dix-neuf communes de la Région Bruxelles-Capitale pour y créer des micro-habitats, avec des matériaux durables et de provenance locale, afin de réinsérer des sans-abri dans des logements à haute valeur architecturale et environnementale. Son premier chantier, à Molenbeek-Saint-Jean, a une portée hautement symbolique : il s'agit du lieu où s'élevait " la maison de l'horreur " d'Andras Pandy - le pasteur qui s'est rendu célèbre en supprimant six membres de sa famille - que la commune n'a pas réussi à vendre. " C'est un emplacement chargé d'inhumanité, je souhaite en faire un endroit de grande humanité. Ce chancre deviendra un immeuble de trois appartements pour les sans-toit ", se réjouit l'architecte. Le bâtiment sera réalisé en bois et autres matériaux à basse énergie. Dix jours suffiront à monter ce préfabriqué conçu pour s'inscrire dans le temps. Le long de la façade et en toiture, des plantes et des nichoirs permettront aux locataires de garder un contact avec l'extérieur où ils ont vécu. Reste à trouver le financement... " Ça avance bien, nous devrions avoir le permis de bâtir d'ici la fin de l'année. Notre objectif est de ranimer un maximum de maisons aveugles, de portions de rue oubliées, en déshérence ou dites " moches ", c'est une façon de réparer le tissu urbain ", ajoute celui qui vise pas moins de trente réalisations équivalentes en dix ans. De façon plus large, alors que le Belge consacre plus d'un tiers de son budget à son home sweet home, selon le SPF Economie, l'habitat durable semble avoir le vent en poupe ! Démonstration.Il est né d'une idéologie prônée par mai 68 : une volonté de changement et de retour à des valeurs plus solidaires. Cinquante ans plus tard, le concept est en plein boom. Car l'alternative a tout pour plaire : liens sociaux renforcés et réponse concrète à la problématique du coût élevé des terrains et de l'énergie. Au départ : l'achat d'un arpent à bâtir ou d'un bâtiment, divisé par la suite en différentes parties. Les maisons ont au minimum un jardin ou un espace extérieur commun. Chacun a son entité, mais on partage le potager, la cuisine, la buanderie ou encore les voitures. La notion de propriété perd de son importance au profit de la vie collective, sans altérer l'épanouissement de l'individu, qui jouit également de sa sphère privée. Et le principe fait des émules : " La demande est de plus en plus forte. Les exemples sont en constante augmentation en Wallonie et encore plus à Bruxelles. On en compte aujourd'hui plus ou moins 200 pour les deux Régions. En Flandre, le phénomène grandit fortement, particulièrement à Gand ", constate Benoît Debuigne, chargé de missions à l'ASBL Habitat et Participation , présente depuis plus de trente ans à Louvain-la-Neuve et depuis 2016 dans la capitale. " Dans le cas d'un nouveau bâtiment, travailler avec un architecte et un entrepreneur commun permet d'économiser 10 à 20 % du coût de construction, avantage non négligeable. Un achat groupé est également une alternative pour contourner le schéma du ménage classique. C'est un accès à la propriété pour les familles monoparentales, entre autres ", complète le spécialiste. Il s'agit d'un projet d'habitat groupé spécifique, dans lequel évolue au moins une personne en situation de précarité sociale - faible revenu, handicap, vieillesse, maladie, grande solitude... Elle peut alors bénéficier d'aides diverses mais parfois, accéder à un bien immobilier reste difficile, voire impossible sur le plan financier. C'est pour répondre à cette réalité qu'en 2013, le Code bruxellois du logement a défini le terme d'habitat solidaire.Il ne s'agit pas, dans ce cas, d'une volonté d'un groupe, mais d'une alternative à des abris indécents... ou à la rue. A noter qu'en Wallonie, cette notion n'est pas reprise au code mais on dénombre aujourd'hui plus ou moins 150 déclinaisons de ce concept pour les deux Régions. Manque de places dans les homes et souhait des seniors de rester chez eux le plus longtemps possible ; transition pour les plus jeunes qui quittent le nid familial : c'est ce qui réunit les occupants des foyers intergénérationnels. Bien implanté aux Pays-Bas et en Scandinavie, ce concept kangourou fait des émules en Belgique francophone - cette alternative n'étant pas autorisée en Flandre. A tel point que ces lieux d'hébergement sont trop peu nombreux par rapport à la demande croissante. Le principe ? A l'image du marsupial qui transporte son bébé dans sa poche ventrale, le logis est scindé en deux : le rez-de-chaussée pour les personnes plus âgées (souvent propriétaires), l'étage pour un jeune couple, avec ou sans enfants. Il s'agit d'un logement autonome, mais groupé. On se rend des services - on fait les courses pour les seniors, ils gardent les enfants le mercredi après-midi... -, ou on stipule carrément dans le contrat le souhait de partager un espace commun. C'est ce que propose l'ASBL 1Toit2Ages , qui permet à des étudiants de trouver un kot chez des 50 ans et plus - dans les faits, la moyenne tourne autour de 70 ans -, avec la volonté de partager la cuisine, à un moment ou un autre de la journée. " Nous ne proposons jamais un studio indépendant. Notre volonté est de créer du lien. C'est un bel échange, sur le plan humain, il permet de rompre la solitude des plus âgés et de recréer un cocon familial pour le jeune ", constate Claire de Kerautem, qui a mis sur pied cette structure en 2009 et observe une augmentation de 30 % des demandes chaque année. " Il s'agit également d'un complément de revenu pour l'un et d'un loyer attractif pour l'autre, nous sommes volontairement en dessous des prix du marché ", précise la fondatrice. En Belgique, depuis 1995, ces habitats groupés à appartements visent les seniors et encouragent l'autogestion. Certains biens (à louer, jamais à vendre) ressemblent à des " kots pour seniors ", d'autres sont plus luxueux et offrent des infrastructures sportives ou médicales. Le profil ? " Des personnes dynamiques, qui souhaitent s'entourer de gens qui leur ressemblent, dès 60 ans même si la moyenne se situe plutôt entre 70 et 75 ans actuellement, précise Séverine Laneau, chargée de projets pour Bruxelles chez Abbeyfield . C'est une façon de repenser la vie après la pension. Les maisons de retraite ne doivent plus être la seule alternative. " Dans les faits, le loyer, charges comprises, s'élève à environ 750 euros et il existe actuellement cinq infrastructures en Belgique : trois en Wallonie (Perwez, Lixhe, Namur) et deux dans la capitale (Etterbeek et Watermael-Boitsfort). Deux autres sont en gestation. On les pose dans le jardin ou en pleine nature. Chambres d'amis, maison de campagne, voire résidence principale, leur construction sur roues est légère, de petite taille et existe sous diverses formes. " La tendance fait fureur aux Etats-Unis et au Canada, c'est une autre façon de penser l'habitat, on peut ne jamais dormir au même endroit ", se réjouit Thomas de Dorlodot, parapentiste de l'extrême et à l'origine des Tiny Houses chez nous. Mais la loi reste floue. " Comme en France, c'est considéré comme une caravane, on peut la déposer dans un camping ou chez un particulier avec son autorisation, mais ce qu'on promeut, c'est une expérience au coeur de la nature ", ajoute l'entrepreneur. Beaucoup font d'ailleurs le choix de s'installer dans une zone forestière ou agricole. Dans ce cas-là, impossible d'obtenir un permis d'urbanisme et la domiciliation peut poser problème. Aujourd'hui, ils seraient 15 000 à loger dans une de ces structures " légères " - Tiny House, roulotte, yourte, etc. Ils ont défrayé la chronique en Wallonie quand il a été question de les utiliser pour héberger des aînés, afin de les rapprocher de leur famille. Des containers aménagés et super équipés, à placer dans un jardin, déplaçables au gré des envies... Un moyen de concrétiser quelques-unes des utopies d'architecture mobile et légère des années 50 à 70, imaginées pour les villes qui deviendraient flexibles, modulables et organiques plutôt qu'en perpétuelle démolition-reconstruction. Depuis quelque temps, ces caissons métalliques utilisés sur les chantiers se métamorphosent en effet en commerces éphémères, restaurants, salons de coiffure ou ateliers de pâtisserie... En Belgique, les containers ne s'utilisent toutefois pas encore véritablement comme habitats. Le prix d'un module de 24 m2 transformé, répondant aux normes d'isolation basse énergie de la Région wallonne, avec un aménagement de base (cuisine, salle de bains, chambre, salon et salle à manger) revient à 36 000 euros HTVA. Le " cofcube " peut s'adapter à tout type de terrain, mais ne peut pas s'installer n'importe où, ni n'importe comment. En Wallonie et à Bruxelles, il est obligatoire d'introduire une demande de permis d'urbanisme auprès de la commune où le volume sera installé. En l'état actuel des choses, le public intéressé par cette alternative qui pourrait apporter une solution à la crise du logement est constitué tant de CPAS ou d'Agences immobilières sociales (AIS), que de particuliers et d'universités. Participatif et solidaire, le concept est réservé aux femmes et à leurs enfants. En 1998 déjà, en Allemagne, la ferme de Lieselotte proposait à des dames de tous âges et conditions de vivre en communauté et de s'entraider. En vogue depuis une vingtaine d'années, ce modèle se répand en Europe depuis quelque temps. En Belgique, le petit Béguinage de Lauzelle (Louvain-la-Neuve) ou le Jardin du Béguinage à Bruxelles, dans l'ancienne cité Jouët Rey d'Etterbeek, en sont des déclinaisons. Par AURÉLIA DEJOND