"Le MoMu est fermé pour rénovation et on voulait trouver un moyen de faire vivre nos collections dans un autre lieu en ville, nous explique Elisa De Wyngaert. Or, il se trouve que l'on a une excellente relation avec cette institution, et le bâtiment en lui-même, un immeuble assez caractéristique des années 60, est très intéressant. " Dédié à l'art contemporain belge d'après-guerre, le Maurice Verbaet Center tente de remettre sur le devant de la scène des artistes parfois un peu oubliés, et c'est exactement ce que fait le MoMu avec son expo Soft ?, allant rechercher dans ses archives des collections " qui n'avaient pas été montrées depuis un bon moment ", et qui datent encore du " vieux MoMu ", l'ancien musée du costume et du textile du Vrieselhof. " C'est vraiment le bon moment pour les ressortir des cartons ", se félicite-t-elle à raison, au vu du regain d'intérêt actuel pour cette spécialité, revenue à l'avant-plan grâce au dynamisme de créateurs séduits par sa polyvalence et son large éventail de possibilités. Longtemps négligé ou relégué au rang des accessoires, le textile s'offre en effet une nouvelle jeunesse et reprend ses droits, preuve en est de sa présence répétée dans les allées de la Biennale Interieur ou du salon Maison & Objet, cette année.
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"Le MoMu est fermé pour rénovation et on voulait trouver un moyen de faire vivre nos collections dans un autre lieu en ville, nous explique Elisa De Wyngaert. Or, il se trouve que l'on a une excellente relation avec cette institution, et le bâtiment en lui-même, un immeuble assez caractéristique des années 60, est très intéressant. " Dédié à l'art contemporain belge d'après-guerre, le Maurice Verbaet Center tente de remettre sur le devant de la scène des artistes parfois un peu oubliés, et c'est exactement ce que fait le MoMu avec son expo Soft ?, allant rechercher dans ses archives des collections " qui n'avaient pas été montrées depuis un bon moment ", et qui datent encore du " vieux MoMu ", l'ancien musée du costume et du textile du Vrieselhof. " C'est vraiment le bon moment pour les ressortir des cartons ", se félicite-t-elle à raison, au vu du regain d'intérêt actuel pour cette spécialité, revenue à l'avant-plan grâce au dynamisme de créateurs séduits par sa polyvalence et son large éventail de possibilités. Longtemps négligé ou relégué au rang des accessoires, le textile s'offre en effet une nouvelle jeunesse et reprend ses droits, preuve en est de sa présence répétée dans les allées de la Biennale Interieur ou du salon Maison & Objet, cette année. Dans l'ancienne tour AWW, l'expo Soft ? se déroule donc de haut en bas, et constitue, comme l'indique son sous-titre, un dialogue entre les " anciens " situés au rez-de-chaussée, et les artistes contemporains, qui occupent la monumentale cage d'escalier avec des installations dont certaines créées pour l'occasion. " Côté nouvelle génération, on retrouve une série de personnalités très différentes, travaillant des médias variés, peu sont exclusivement branchées textile, observe la curatrice. Certains viennent du milieu de l'art, voire du design, comme Christoph Hefti, ou de la mode, comme Stéphanie Baechler, qui exprime son dégoût de la fast fashion avec un " tissu en céramique ". Kati Heck fait à la fois des " soft scuplture " et de la peinture sur canevas, tandis qu'Ermias Kifleyesus, un artiste éthiopien installé à Bruxelles, abandonne des tissus ménagers dans des cabines téléphoniques, les récupère ensuite couverts de gribouillages réalisés pendant des conversations de longue distance, pour enfin dessiner sur le tout - dans ce cas-ci le Palais Royal. On ne voulait pas une expo de plus qui décrit les techniques, les méthodes ou le DIY. On a préféré s'attarder sur la liberté de cette expression artistique. Notre question de départ, c'était " Pourquoi les gens ont-ils eu tant de mal à considérer le textile comme de l'art, avant les années 70 et 80 ? " " Premier élément de réponse : la proximité. La matière est trop proche des gens pour la considérer comme faisant partie d'une démarche artistique. " Si on peut la toucher, ce n'est pas de l'art ", résume Elisa De Wyngaert. Pourtant, comme elle dit avec une pointe de provocation, nous sommes tous des experts : " On porte tous du tissu en permanence ou presque, mais notre connaissance du sujet est souvent très lacunaire. On reconnaît la sensation de mettre un jeans ou un tee-shirt en coton, même si on ne sait pas grand-chose sur la matière elle-même ou la façon dont le vêtement a été fait ", relève-t-elle. Un autre écueil de taille, c'est ce modèle sexiste, qui a perduré des années et qui, en filigrane, en dit long sur la condition de la femme dans le monde des beaux-arts : " Pendant très longtemps, une fille qui voulait entrer dans une école d'art n'avait pas accès à la peinture ou à la sculpture, mais était automatiquement redirigée vers le tissage ou la céramique, des domaines qui évoquaient les tâches domestiques ou les loisirs. Même en présence d'oeuvres abstraites, il y avait une terrible hiérarchisation, un besoin de catégoriser, de savoir si c'est de l'art, des arts appliqués ou des arts décoratifs. Soudain, toutes ces discussions ridicules se posaient, simplement parce qu'il est question de femmes. " Si ces préoccupations rétrogrades ne rencontrent heureusement plus le même succès aujourd'hui, il reste néanmoins du chemin à parcourir, et Elisa De Wyngaert espère que l'on pourra bientôt dépasser pour de bon ces positions si dogmatiques. " On y arrive, lentement mais sûrement, reconnaît-elle. C'est d'ailleurs pour cette raison que nous montrons tant des hommes que des femmes, et que nous nous concentrons sur les décennies 70 et 80, qui ont connu le changement des mentalités au sujet des questions de genre. " A l'époque, l'art textile est en plein boom, sa popularité au niveau international a connu un développement exponentiel, en droite ligne de celui des mouvements DIY ou hippie. Les pièces sont devenues monumentales, ce n'était plus du tout un objet " usager " à emporter chez soi, mais une véritable oeuvre d'art, qui occupe de l'espace et engage un dialogue avec le spectateur. Aujourd'hui, comme on peut l'observer avec des oeuvres qui mêlent textile et graphisme, peinture, céramique, photographie et même musique, la diversité des approches et leur pluridisciplinarité a repoussé au second plan ces débats stériles pour enfin se focaliser sur le principal : la qualité intrinsèque de l'oeuvre. Enfin, se pose tout de même une question cruciale : peut-on toucher ce qui est exposé ? " Eh bien, non, nous déçoit Elisa De Wyngaert. Mais le rapport au toucher, c'est aussi une manière de regarder, d'observer les textiles, d'imaginer ce que l'on ressent. Rien que l'envie de toucher rend la référence au toucher pertinente. C'est pour ça que nous avons laissé le point d'interrogation à Soft ?. On en revient aux nombreux préjugés, à l'image de " truc doux, pour les femmes ", alors que les oeuvres peuvent être rugueuses, critiques et porteuses de messages, qu'il s'agisse de migration ou d'anticapitalisme. Nous sommes presque entrés dans une ère post-médium, où l'important n'est plus le médium que l'on utilise, mais plutôt les idées et le point de vue de l'artiste, qu'il peut exprimer de différentes manières. Dans l'art contemporain, il livrera des toiles, des sculptures, des collages ou de la vidéo, tout se mélange en une oeuvre cohérente, et c'est exactement ce qu'on peut observer ici. 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