Ce n'est pas une lame de fond pour autant, mais le tsunami #metoo s'est forcément répercuté sur les podiums des dernières Fashion Weeks. A New York, Tom Ford a ainsi dévoilé des sacs marqués du slogan Pussy Power, pied de nez à la misogynie de Donald Trump, tandis que Zadig & Voltaire mettait en avant une collection Girl Power. La maison Kate Spade a, elle, salué l'influence de l'artiste américaine Georgia O'Keeffe, connue pour son indépendance et son style vestimentaire en rupture avec son époque. Quant à la Française Myriam Chalek, elle a établi son casting en choisissant pour mannequins des victimes de harcèlement ou d'agression sexuelle.
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Ce n'est pas une lame de fond pour autant, mais le tsunami #metoo s'est forcément répercuté sur les podiums des dernières Fashion Weeks. A New York, Tom Ford a ainsi dévoilé des sacs marqués du slogan Pussy Power, pied de nez à la misogynie de Donald Trump, tandis que Zadig & Voltaire mettait en avant une collection Girl Power. La maison Kate Spade a, elle, salué l'influence de l'artiste américaine Georgia O'Keeffe, connue pour son indépendance et son style vestimentaire en rupture avec son époque. Quant à la Française Myriam Chalek, elle a établi son casting en choisissant pour mannequins des victimes de harcèlement ou d'agression sexuelle. A Londres, Roland Mouret a fait référence au mouvement en puisant son inspiration dans le film seventies Les Yeux de Laura Mars. Faye Dunaway y incarne une photographe dont le travail dénonce un monde violent, cupide et sexiste. Du côté d'Akris, ce sont en quelque sorte des précurseurs de #metoo, à savoir des femmes activistes du début du xxe siècle à Vienne, qui ont servi de fil rouge à la collection. Que le signal envoyé soit éloquent ou perceptible en filigrane, ces prises de position montrent qu'une ère nouvelle a commencé. Dans le sillage de l'affaire Weinstein, la planète mode continue en effet de libérer la parole des femmes, de balayer devant sa porte et d'exiger un changement de mentalités. Pour rappel, en janvier dernier, des accusations de harcèlement sexuel ont été émises à l'encontre de deux illustres photographes du secteur, Mario Testino et Bruce Weber. Début février, c'était au tour du Français Patrick Demarchelier d'être incriminé par son ancienne assistante. Résultat, en ouverture de la Fashion Week de New York, le syndicat américain de la mode a diffusé de nouvelles recommandations aux professionnels, pour lutter contre ces pratiques détestables. Il leur a notamment été demandé de permettre aux mannequins de se changer à l'abri des regards et de signaler directement tout abus dans le cadre de leur travail.Une tolérance zéro qui n'effraie pas pour autant les femmes, et c'est tant mieux. Dans les collections automne-hiver 18-19, elles n'ont jamais été aussi séduisantes. En témoigne une avalanche de robes courtes aux accents eighties ou de cuissardes sexy. De quoi prouver, si besoin était, qu'il est hors de question qu'elles se cachent, sous prétexte que ce serait elles qui provoqueraient ces comportements sexistes, par leur habillement.A l'image de Maria Grazia Chiuri, chez Dior, qui fait de Mai 68 et du féminisme la trame de son automne-hiver. Dans un décor aux murs tapissés de slogans entendus alors et de couvertures d'époque de Vogue, Elle et Harper's Bazaar, elle clame son engagement sociétal sur le pull de sa première silhouette : "C'est non, non, non et non." Harvey W. n'a qu'à bien se tenir, et tous les autres aussi. Mais elle n'est pas la seule à utiliser son vestiaire pour faire passer un message. Du logo plus ou moins discret au numéro de téléphone imprimé en grand chez Balenciaga, du mantra adolescent " We Are Infinite " chez Undercover à Simon Porte Jacquemus qui se mue en homme-sandwich et vient saluer à la fin de son défilé en affichant ses ambitions sur son sweat-shirt : "New Job L'homme Jacquemus". La société du spectacle en redemande. C'est à Milan que Tommy Hilfiger a exceptionnellement déplacé toute son équipe, pour présenter sa nouvelle collection, disponible dès à présent. Le créateur américain est en effet un adepte de la formule "see now buy now", qui entend bousculer le calendrier traditionnel de la mode, pour vendre immédiatement ce qui est montré sur les podiums. Ce show a clôturé quatre saisons de collaboration avec le célèbre mannequin Gigi Hadid, à peine 22 ans et 38,6 millions d'abonnés sur Instagram. Amie du styliste, cette dernière a participé au processus de création de différentes capsules. En découlent des looks inspirés de l'univers de la F1, avec une avalanche de damiers noir et blanc, de leggings à l'inspiration sportswear, de tops coupés très court, des combinaisons en cuir, des blousons et, toujours, les teintes-clés de la marque, à savoir le blanc, le rouge et le bleu, ici dans une nuance cobalt, couleur phare de la saison. D'ores et déjà annoncée comme l'une des pièces maîtresses de l'automne-hiver 18-19, la cape a été vue chez Chloé, Chanel, Gucci, Fendi, H&M ou Loewe, pour ne citer qu'eux. On l'aime courte ou longue, largement fendue au niveau des bras, ample ou serrée. Quand elle n'est pas présentée dans un format classique, elle détourne des manteaux, des parkas ou des pulls. Facétieuse, elle prend également des allures de poncho, à l'instar des modèles présentés par Isabel Marant et Ann Demeulemeester. Les plus finaudes pourront toujours porter une large écharpe sur le devant, et laisser traîner les deux pans sur l'arrière du dos, pour laisser penser à une coupe d'un nouveau genre. Pourquoi se contenter d'un directeur artistique quand on peut en réunir plusieurs? C'est ce que s'est dit la marque de doudounes Moncler, qui cherche à faire entendre sa voix dans la sphère fashion, tout en étant spécialisée dans un monoproduit sportif. Le label a ainsi fait appel à huit personnalités créatives, toutes issues d'horizons différents et riches d'une sensibilité propre. Pointons Pierpaolo Piccioli, le DA de Valentino, qui élabore des maxirobes et manteaux zippés aux couleurs saturées. Ou la jeune Irlandaise Simone Rocha, qui préfère une vision mi-baroque mi-gothique de ces duvets ornés de perles. Mention spéciale pour le travail de Sandro Mandrino, qui dessine une ligne dédiée au ski, forte de dix-huit imprimés mixés sur toutes sortes de tissus. Au total, huit capsules qui seront commercialisées à tour de rôle, dès ce mois de mars. Il n'est plus l'heure de se poser la question existentielle, les arrière-petites-filles de d'Artagnan et de Francis Lalanne ont tranché. L'hiver se vivra en cuissardes. Mordorées, avec impression feuillage automnal chez Chanel pour jouer les étés indiens languissants. Comme trempées dans un bain de couleur rouge-orange jusqu'à la semelle chez Hermès, où la créatrice Nadège Vanhee-Cybulski se plaît à combiner le chevreau velours Stretch au veau déperlant pain d'épice. Effrontément dark, plates-formes et décrochetées chez Olivier Theyskens. En version "chaps", en tartan ou en peau lainée, c'est selon, chez l'ultrabaroque Glenn Martens pour Y/Project. This high boots are made for walking. Place à des couleurs tranchées et des nuances fluo! Rose bonbon, jaune citron, vert flash ou orange vif : des tons vibrants que Prada n'hésite pas à combiner de la tête aux pieds, d'une botte workwear à une robe à franges lamées. Il faut dire que sa matière fétiche, le Nylon, s'y prête parfaitement. Une collection qui s'adresse aux femmes puissantes. Et Miuccia Prada de rêver que ces dernières aient le loisir de sortir la nuit en rue, habillées comme cela les chante, et ce sans avoir peur. Des effets néon que l'on retrouve aussi chez Véronique Leroy ou MSGM, notamment. Surtout si ce sport-couture est signé Louis Vuitton, très "jolie madame" dans un décor époustouflant, merci Nicolas Ghesquière. Ou Marine Serre. En juin dernier, cette ex-étudiante de La Cambre mode(s) remportait le prix LVMH 2017 et, dans la foulée, créait un label à son nom. Comme une impérieuse évidence, en moins d'un an, elle a tout construit avec rigueur. Sans oublier de creuser sa créativité, qu'elle a puissante et assurée. Car la jeune femme a des choses à dire, et elle les dit bien. Et pour la première fois, en quelque 70 silhouettes pensées des pieds à la tête. Si Marine Serre fait merveille dans le mix couture/sportswear, ce n'est pas une posture, elle le connaît par coeur pour avoir pratiqué le tennis de haut vol à l'adolescence. Tout chez elle fait sens. De son monogramme en forme de croissant de lune qui la suit depuis ses débuts jusqu'à son cri du coeur "Future Wear Is Now". Mais à la façon d'un Paul Poiret, qui se faisait appeler Poiret Le Magnifique, il n'y a pas de hasard. Le couturier, né en 1879 et mort seul et ruiné en 1944, a beaucoup apporté aux femmes puisque, avec Madeleine Vionnet, il est de ceux qui osèrent jeter leur corset aux orties, on était en 1906. Il avait le sens du panache, inventa une garde-robe pleine d'audace et réinterpréta les exotismes, qu'ils soient venus de la Russie et de ses ballets ou d'Afrique du Nord, dans des tons privilégiant le vif et l'acide. La maison renaît aujourd'hui de ses cendres, presque nonante ans après sa disparition. Elle est désormais sous pavillon sud-coréen, rachetée en 2015 par le géant de la distribution Shinsegae, confiée à Yiqing Yin, jeune créatrice française d'origine chinoise, épaulée par l'Anversoise Anne Chapelle, propriétaire d'Ann Demeulemeester et Haider Ackermann. Dans ce vestiaire aux réminiscences orientales, l'esprit kimono se porte avec un certain ascétisme nordique. Dire que la mode aime expérimenter est un truisme. Dernière originalité en date ? Des looks asymétriques, où un côté du vêtement diffère de l'autre. Cela donne lieu à des patchworks graphiques d'un nouveau genre. Tissu uni et carreaux british s'acoquinent chez Gucci. Le rose flash embrasse une nuance nude chez Marni. Off-White recouvre partiellement une robe en cuir bleu d'un pan de peau façon python. Tartan et rayures, rouge et orange s'associent chez Sacai, qui a déjà tenté cette tendance par le passé. Chez Valentino, le noir se mêle au blanc de façon épurée. Aussi ludique que décalé. A l'heure des grands frimas, pour se protéger, rien ne remplace la fourrure, n'en déplaise aux vegans et à PETA (People for Ethical Treatment of Animals). Car malgré les innovations techniques et les tissus intelligents, malgré son parfum de politiquement incorrect, elle reprend du poil de la bête. Même si elle est parfois fake car l'effet compte autant que l'isolation thermique. De Dries Van Noten, en rouge flamboyant à Nina Ricci, virginale, de Givenchy, féline, à Sonia Rykiel, en total look, chapka, veste et bottes assorties, ou Saint Laurent, faussement sage.