1. SE DISTINGUER PAR LE LOBE

N'en déplaise aux puristes de la symétrie, l'hémisphère droit des créateurs fait pencher la balance des boucles d'oreilles vers des modèles XXL, que l'on dépareille à l'envi.
...

N'en déplaise aux puristes de la symétrie, l'hémisphère droit des créateurs fait pencher la balance des boucles d'oreilles vers des modèles XXL, que l'on dépareille à l'envi. Un vent de hasard souffle sur nos boîtes à bijoux : c'est le moment de céder à la tentation d'allier pendants et perles, créoles et diamants, et d'assumer les associations radicales que l'on pensait invraisemblables, à coups de pampilles et d'accumulations. Comme sur le défilé Versace pour l'été 2017, où les mini-clous jaune fluo côtoyaient de gros grains violets et des poissons d'argent, ou chez Prabal Gurung qui associe différentes formes abstraites, le jeu des échelles se joue jusqu'à l'extrême avec un seul mot d'ordre : voir les choses en grand. Hiver, été, collections croisière, capsules... La question des saisons est au coeur d'un débat qui fait toujours rage. Même les adeptes d'une garde-robe saisonnière admettront que les accessoires dérogent à la règle : les bottes pour lesquelles on a économisé deux mois de salaire trouvent autant leur place par un après-midi pluvieux de juillet qu'au fond d'une boîte étiquetée " rentrée ". Cavalières, elles battent le pavé d'une silhouette presque guerrière. Un talon biseauté conférera une allure d'amazone western, alors que des matières douces sur un modèle près du mollet témoignent d'une nouvelle forme de délicatesse. Noyées dans une longue jupe légère ou sous l'ourlet d'un jeans, elles sont indispensables pour galoper branché. Cap sur le Proche-Orient et le Maghreb, où l'on se perd dans les dédales des marchés et leurs étals curieux, entre artisanat traditionnel et pièges à touristes. Si la babouche s'est imposée comme l'accessoire ovni en 2016, elle a néanmoins ouvert la voie à des inspirations orientales qui stimulent l'imagination des créateurs. Cette saison, la mode fait dans la déco et rapporte des souks leurs objets de design emblématiques : on s'affale nonchalamment sur son sac-pouf en cuir Balenciaga et l'on glisse son portefeuille dans une pochette kilim Loewe. Tandis que tintent les piécettes d'une ceinture en cuir, objet de superstition qui fait onduler les danseuses orientales et chasserait, selon une légende algérienne, les mauvais esprits. Est-ce la grisaille récurrente ou la surabondance d'informations anxiogènes qui nous donnent envie de filtrer notre vision du quotidien, comme on le fait sur Instagram ? Une vague de couleurs inonde en tout cas les verres de la saison, avec une mention spéciale à Tilda Swinton, qui signe pour le label coréen Gentle Monster deux modèles rétrofuturistes qu'elle incarne dans une campagne à son image : empreinte de mystère et d'élégance aiguisée. On choisit des lunettes à monture en plastique pour une allure sixties et pop. Dans une veine plus avant-gardiste, l'acétate se travaille dans des techniques de plus en plus précises, qui permettent d'ajouter aux verres des films aux multiples effets de couleurs et de matières. La paire de lunettes de soleil remplacera-t-elle le maquillage ? Le couvre-chef sort de sa boîte. Parfois considéré comme élitiste, il a souffert, cette dernière décennie, d'une légère baisse de popularité ; ses ventes ont néanmoins sensiblement augmenté depuis plusieurs saisons : le chapeau n'est plus prétentieux, mais résolument cool, marque d'un style affûté et d'une véritable prise de position.Confrontez ce grand retour à l'explosion du streetwear et vous obtiendrez l'accessoire de tête de la saison : la casquette. Siglée chez Off-White comme les traditionnelles baseball caps américaines, elle est travaillée façon workwear - son terrain de naissance - chez Versus et s'élève au rang d'objet de luxe lorsqu'elle est façonnée dans un tweed Chanel. On a longtemps débattu sur le format du sac idéal, casse-tête des maisons de luxe qui, de déclinaisons en éditions limitées, lui doivent souvent la plus grande part de leur chiffre d'affaires.Si, jusqu'à récemment, le contexte économique nous incitait à privilégier le côté pratique, cet été on ne tranche plus : le sac joue la schizophrénie et s'impose comme un geste de mode dans ses dimensions les plus excessives. Sous l'impulsion de Balenciaga, le cabas fait son retour en format XXL, tant et si bien qu'on préférera le porter à la manière d'une pochette, sans le surcharger. A l'inverse, Valentino et Hermès proposent des mini-étuis arborés en bandoulière, comme des colliers détournés que l'on adopte volontiers en accumulation. On n'y rangera en revanche pas plus d'une carte de crédit. Pourquoi tant d'extrêmes ? Parce que le sac sert moins d'accessoire pratique, au quotidien, que d'indice de l'esprit fashion de son propriétaire - on laissera au vêtement son état fonctionnel. PAR CLAIRE BEGHIN