Il y a des détails qui font mouche, même dans le cénacle politique. Le 22 juin dernier, le Grec Alexis Tsipras apparaissait à la tribune du palais Zappeion, à Athènes, en costume bleu, chemise blanche... et cravate bordeaux. Un attirail plutôt classique mais qui, venant de lui, voulait dire beaucoup. Et pour cause, l'homme qui a amené la gauche radicale au pouvoir dans ce pays endetté jusqu'au cou s'était juré, en 2015, alors qu'il devenait Premier ministre, de ne revêtir cet accessoire que le jour où sa nation sortirait la tête de l'eau. Ovationné par les députés pour cette audace vestimentaire, il s'est néanmoins empressé de retirer le bout de tissu, quelques instants plus tard, soulignant que le peuple grec "avait gagné une bataille mais pas la guerre ".
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Il y a des détails qui font mouche, même dans le cénacle politique. Le 22 juin dernier, le Grec Alexis Tsipras apparaissait à la tribune du palais Zappeion, à Athènes, en costume bleu, chemise blanche... et cravate bordeaux. Un attirail plutôt classique mais qui, venant de lui, voulait dire beaucoup. Et pour cause, l'homme qui a amené la gauche radicale au pouvoir dans ce pays endetté jusqu'au cou s'était juré, en 2015, alors qu'il devenait Premier ministre, de ne revêtir cet accessoire que le jour où sa nation sortirait la tête de l'eau. Ovationné par les députés pour cette audace vestimentaire, il s'est néanmoins empressé de retirer le bout de tissu, quelques instants plus tard, soulignant que le peuple grec "avait gagné une bataille mais pas la guerre ". Autre contexte, autre petite attention au look : alors que la France remportait la Coupe du monde, en juillet dernier, le président Emmanuel Macron, qu'on sait à cheval sur son allure, arborait des boutons de manchette et un petit bracelet bleu-blanc-rouge pour marquer son bonheur de supporter. Il se raconte même que ce passionné de foot aurait une veste dont la doublure rend hommage à l'Olympique de Marseille, son club de coeur... Quant à son Premier ministre, Edouard Philippe, il figure 3e au classement des 20 Français les mieux habillés, établi par GQ. Et le magazine masculin de préciser : " Croisé un week-end par hasard dans le quartier de Pigalle, il avait délaissé sa tenue de numéro 2 du gouvernement pour celle, plus cool, de mec du ixe : une petite chemise Oxford blanche ouverte à moitié sur un chino beige qui laissait entrevoir ses chevilles. Surtout, il portait des lunettes d'aviateur, pour le côté aventurier. " Le détail qui dit tout, une fois encore. On pourrait relever des dizaines d'exemples de coquetteries de nos élus - même si nos compatriotes sont plutôt low profile en la matière -, parfois anodines, mais souvent chargées d'un message, à tout le moins subliminal... L'apparence a en effet toujours été un moyen d'affirmer sa position sociale et d'ainsi se situer dans la communauté. Si ceux qui nous dirigent ne sont plus autant attachés à la parure que l'étaient les monarques du passé, ils gardent un besoin constant de souligner leur rang par leurs looks, d'autant plus à une époque où les réseaux sociaux assurent une circulation élargie et accélérée des photos. Et la multiplication des commentaires qui vont avec, souvent sans concessions. Une cravate de travers, des accessoires trop bling-bling et voilà que le fautif croule sous les critiques et se forge une image dont il peut ensuite difficilement se débarrasser. Nicolas Sarkozy en a d'ailleurs fait les frais lors de son quinquennat. Montre Rolex au poignet et costumes de luxe auront valu à l'ex-chef d'Etat français une étiquette " d'hyperprésident " dont il ne s'est jamais défait. Mais remontons trente ans en arrière. A cette époque, il était encore inconcevable de se rendre au conseil des ministres sans cravate. " C'était un coup à se faire taper sur les doigts, explique Claude Javeau, professeur de sociologie émérite de l'Université libre de Bruxelles. C'était obligatoire. Pas question de déroger à la règle. " Pour occuper une telle fonction, l'élu devait impérativement dégager une impression de sérieux et montrer qu'il était apte à relever les défis qui lui revenaient, via cet accoutrement classique. Marc Lits, professeur en communication politique à l'Université catholique de Louvain-la-Neuve confirme : " C'était alors un univers d'uniformes normés. " Aujourd'hui, le dress code des leaders de la planète est moins rigide et ces derniers font preuve d'un peu plus de " créativité ". Ils déboutonnent leur chemise, tombent la veste, osent les cols roulés... et même les chaussettes colorées, à l'instar de l'ancien Premier ministre français Bernard Cazeneuve. Comme le dit justement Claude Javeau, " dans une réunion mondaine, on ne repère plus les politiques ". Pourquoi ? Parce que le pouvoir n'impressionne plus autant qu'autrefois, c'est ce qu'on appelle dans le jargon sociologique, une " perte de supra-fonctionnalité ". Résultat, chacun y va de sa touche personnelle, de la plus discrète à la plus ostentatoire, pour appuyer ses convictions et se rapprocher de ses potentiels électeurs... Une sorte de code visuel qui accompagne le discours, en somme. " L'apparence est la construction d'une identité. Les élus cherchent à être en accord avec l'image qu'ils renvoient et ce qu'ils sont censés représenter : le pouvoir ", résume Yves Bibrowski, psychothérapeute et psychanalyste bruxellois. " Ils ne peuvent pas changer de look tous les trois mois, sinon les citoyens ne s'y retrouvent pas. Ils doivent montrer une forme de constance, de stabilité. Il leur faut contribuer à la création d'un personnage médiatique pouvant s'installer dans l'imaginaire des gens ", commente Nicolas Baygert, professeur en communication politique à l'IHECS et à l'ULB. Chez les membres du PTB, le style sera ainsi plus cool : absence de cravate, chemise entrouverte, jeans. Un moyen de se montrer proche de la classe ouvrière. A contrario, chez les libéraux, le veston bien coupé restera de mise. Parfois, la prise de position vestimentaire sera même plus engagée. On se rappelle notamment de la tenue de la ministre de la Culture israélienne qui, en 2017, sur le tapis rouge cannois, fit jaser. Miri Regev gravit en effet les marches avec une robe décorée d'un panorama de Jérusalem où l'on apercevait le dôme du Rocher sur l'esplanade des Mosquées, c'est-à-dire la partie arabe de la ville, annexée par Israël pendant la guerre des Six Jours, en 1967. Une manière de réaffirmer le point de vue de sa patrie sur cette question délicate. Si l'acte politico-vestimentaire est ici clairement établi, il montre également qu'en matière de mode, les femmes sont davantage observées et ne sont pas logées à la même enseigne que leurs confrères. Arrivées plus tard qu'eux dans ce milieu encore trop masculin, nombreuses sont celles qui piochent dans le vestiaire de ces messieurs, et optent donc pour un tailleur jupe ou pantalon, afin d'asseoir leur autorité. " Craignant de ne pas arriver à imposer une image sérieuse et de ne pas convaincre leur corps électoral, elles essaient de s'inscrire dans cette stratégie vestimentaire ", observe Marc Lits. Mais lorsqu'elles se libèrent de ce carcan et abandonnent l'ensemble strict pour quelque chose de moins standard, elles s'exposent immédiatement aux commentaires sexistes ou misogynes. Ainsi de la Française Cécile Duflot dont la robe à fleurs déclencha les sifflets à l'assemblée, en 2012 - une pièce qui termina exposée au musée des Arts décoratifs, à Paris ! -, ou tout récemment, le 24 juillet dernier, du décolleté de Marlène Schiappa, Secrétaire d'Etat chargée de l'égalité femmes-hommes dans l'Hexagone, qui suscita, lorsqu'elle monta à la tribune, une avalanche de remarques machistes. Là encore, l'égalité est loin d'être acquise...