Dans les Jardins de l'Olympe, au sein du Musée Carnavalet, le plus ancien de la ville de Paris, Marine Serre enracine le présent, et l'espoir à ses basques. Elle ne fait pas fi de ce que nous venons de traverser. Au contraire. Elle a l'élégance et la légèreté de laisser l'humour à l'oeuvre - ce n'est pas la moindre de ses qualités -, puisqu'elle a titré son printemps-été 22 " Fichu pour fichu ". Ce qui lui permet aussi de rappeler clairement son processus de travail basé sur l'écoresponsabilité et la circularité. Désormais, 45 % de son vestiaire est upcyclé, 45 % recyclé - elle s'est fixé des objectifs, avec sa volonté absolue, plus engagée que jamais, et radicale, elle y parvient, montrant ainsi la voie. Avec elle, le futur pourrait être moins pire, voire meilleur.

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Dans cette enceinte protégée et sereinement classique, elle a habillé des bustes pour présenter ses pièces phares, il est permis de toucher. En gros plan, on découvre ainsi la maîtrise de la coupe, l'inventivité des patchworks, la précision du détail, l'importance des matières ramenées à la vie. Puis sur écran géant, trouant la nuit, elle offre un court métrage de 13 minutes qu'elle co-signe avec Sacha Barbin et Ryan Doubiago. Il a pour titre Ostal 24. " Ostal " comme " maison ", en patois du sud de la France, son chez elle, et " 24 " comme les heures qui s'égrènent dans une journée. Marine Serre pousse les choses encore plus loin, après ses deux premières incursions cinématographiques, avec Amor Fati et Core, son documentaire intime. L'occasion pour elle de toucher avec délicatesse tous les sujets, petits et grands, qui fondent la vie.

" Ostal 24 " a pour décor une campagne pas tout à fait vierge, datant du monde d'après, elle y a réuni sa famille - nous y sommes aussi invités, tous, et c'est là son intelligence du genre humain. L'aube se lève à son aise, et c'est hypnotique. S'ensuivent une série d'actions, de moments suspendus qui émaillent 24 heures de la vie d'une tribu qui connaît l'importance des choses et des sentiments. Dans cette communauté, on pratique autrement les asanas de yoga, la cuisine, le partage d'un repas, la danse, l'étendage du linge au soleil, la lente fabrication du jus de cerise.

Et dans cette vraie vie rêvée, chacun, chacune porte des vêtements qui ont de la valeur, pour ce qu'ils ont traversé, vécu, résisté avant d'être amoureusement transformés. Beaucoup sont faits de fichus et de torchons ainsi régénérés. Dans cette garde-robe à l'esthétique puissante, on reconnaît des draps brodés, des napperons en crochet, des tee-shirt popcorn des années 90, des cuirs patinés, des pantalons en jean teints.

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En guise de bijoux, des objets du quotidien regardés autrement, une cuiller, une fourchette forment ainsi des parures, boucles d'oreille, colliers, bracelets comme des talismans. Cette signature esthétique, engagée s'inscrit dans une temporalité que Marine Serre a toujours envisagée sur le long terme.

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Elle n'a pas 30 ans et sa marque à peine 4 ans. Mais sa vision est mature, sa profession de foi, enracinée dans le réel. A côté de ses puissantes propositions - vestimentaires, durables, philosophiques et radicales -, tout le reste semble soit vain, soit faux, soit fade.

Marine Serre, printemps-été 22, SDP
Marine Serre, printemps-été 22 © SDP
Dans les Jardins de l'Olympe, au sein du Musée Carnavalet, le plus ancien de la ville de Paris, Marine Serre enracine le présent, et l'espoir à ses basques. Elle ne fait pas fi de ce que nous venons de traverser. Au contraire. Elle a l'élégance et la légèreté de laisser l'humour à l'oeuvre - ce n'est pas la moindre de ses qualités -, puisqu'elle a titré son printemps-été 22 " Fichu pour fichu ". Ce qui lui permet aussi de rappeler clairement son processus de travail basé sur l'écoresponsabilité et la circularité. Désormais, 45 % de son vestiaire est upcyclé, 45 % recyclé - elle s'est fixé des objectifs, avec sa volonté absolue, plus engagée que jamais, et radicale, elle y parvient, montrant ainsi la voie. Avec elle, le futur pourrait être moins pire, voire meilleur.Dans cette enceinte protégée et sereinement classique, elle a habillé des bustes pour présenter ses pièces phares, il est permis de toucher. En gros plan, on découvre ainsi la maîtrise de la coupe, l'inventivité des patchworks, la précision du détail, l'importance des matières ramenées à la vie. Puis sur écran géant, trouant la nuit, elle offre un court métrage de 13 minutes qu'elle co-signe avec Sacha Barbin et Ryan Doubiago. Il a pour titre Ostal 24. " Ostal " comme " maison ", en patois du sud de la France, son chez elle, et " 24 " comme les heures qui s'égrènent dans une journée. Marine Serre pousse les choses encore plus loin, après ses deux premières incursions cinématographiques, avec Amor Fati et Core, son documentaire intime. L'occasion pour elle de toucher avec délicatesse tous les sujets, petits et grands, qui fondent la vie." Ostal 24 " a pour décor une campagne pas tout à fait vierge, datant du monde d'après, elle y a réuni sa famille - nous y sommes aussi invités, tous, et c'est là son intelligence du genre humain. L'aube se lève à son aise, et c'est hypnotique. S'ensuivent une série d'actions, de moments suspendus qui émaillent 24 heures de la vie d'une tribu qui connaît l'importance des choses et des sentiments. Dans cette communauté, on pratique autrement les asanas de yoga, la cuisine, le partage d'un repas, la danse, l'étendage du linge au soleil, la lente fabrication du jus de cerise. Et dans cette vraie vie rêvée, chacun, chacune porte des vêtements qui ont de la valeur, pour ce qu'ils ont traversé, vécu, résisté avant d'être amoureusement transformés. Beaucoup sont faits de fichus et de torchons ainsi régénérés. Dans cette garde-robe à l'esthétique puissante, on reconnaît des draps brodés, des napperons en crochet, des tee-shirt popcorn des années 90, des cuirs patinés, des pantalons en jean teints. En guise de bijoux, des objets du quotidien regardés autrement, une cuiller, une fourchette forment ainsi des parures, boucles d'oreille, colliers, bracelets comme des talismans. Cette signature esthétique, engagée s'inscrit dans une temporalité que Marine Serre a toujours envisagée sur le long terme. Elle n'a pas 30 ans et sa marque à peine 4 ans. Mais sa vision est mature, sa profession de foi, enracinée dans le réel. A côté de ses puissantes propositions - vestimentaires, durables, philosophiques et radicales -, tout le reste semble soit vain, soit faux, soit fade.