Il est "à l'Autriche ce que le kilt est à l'Écosse ou le kimono au Japon", résume Thekla Weissengruber, commissaire d'une nouvelle exposition qui retrace l'histoire surprenante de cette robe alpine, à Bad Ischl (centre).

C'est dans cette région des lacs azuréens du Salzkammergut, prisée de la puissante dynastie des Habsbourg, que la tenue en coton, portée aussi en Bavière ou dans le Tyrol, est devenue tendance.

Pratique et bon marché, elle est d'abord adoptée par les jeunes paysannes et servantes. Dérivé des dialectes, "dirndl" peut d'ailleurs se traduire par "fille".

Puis à la fin du XIXe siècle, cette robe est appréciée par les dames de la cour en villégiature: elles affluent l'été et la trouvent bien à leur goût pour batifoler dans les alpages environnants.

"Tout était très corseté" à Vienne, explique Mme Weissengruber. "Elles se sont libérées en vacances, avec ces coupes plus légères et colorées".

Sans chichi

Dans l'écrin du Marmorschlössl, un petit château offert par l'empereur François-Joseph à son épouse Sissi, le visiteur de l'exposition découvre une cinquantaine de modèles, réinterprétés au gré des époques.

Car rapidement découlent de la tenue sans chichi des vêtements d'apparat pour de riches clientes en quête d'audience à la villa impériale.

"Mon grand-père habillait ces invités", narre Angelika Schauer, qui fait vivre avec son mari un atelier familial remontant à 1895.

"Lorsqu'il prenait les mesures, il était très contrôlé, certains gestes étant interdits", raconte la descendante du tailleur.

Au pied de romantiques falaises, se pressent alors au bord de l'eau des artistes comme le peintre Gustav Klimt, des comédiens et des universitaires de Vienne, qui s'amourachent de la destination.

Aujourd'hui, "les femmes portent toujours le 'Dirndl' à la moindre occasion", tandis que les hommes n'hésitent pas à sortir la culotte de peau, souligne Mme Schauer.

Fêtes de la bière

Ce costume folklorique a connu des éclipses avec la Première guerre mondiale, puis quand les nazis ont banni le mot "Dirndl", trop lié selon eux à l'industrie de la confection juive... tout en encourageant les femmes à se coudre des robes qui lui ressemblaient fort.

Mais il n'a jamais vraiment disparu, adopté par les mondaines du très select festival de Salzbourg à partir de 1920, ou encore popularisé par une comédie musicale à Broadway en 1936.

"A chaque visite, Marlene Dietrich s'habillait" chez le fabricant de Dirndl Lanz, "qui avait 400 succursales aux États-Unis", rappelle la commissaire de l'exposition.

Plus récemment, les fêtes de la bière ont remis le Dirndl à la page. Ces dix dernières années, la mode folklorique a connu un engouement auprès de la jeunesse, tandis que les stylistes du monde entier s'en sont emparés.

Même si nombre de robes bas de gamme en polyester sont désormais fabriquées en Chine, le secteur de l'habillement en Autriche, qui pesait 844 millions d'euros en 2020, est porté entre autres par le Dirndl, aux côtés des vêtements pour la montagne et le plein air.

'Air du temps'

Selon la chambre autrichienne de commerce (WKÖ), les exportations comptaient pour 70% du chiffre d'affaires, preuve d'une notoriété dépassant les frontières.

A l'heure de la crise climatique et d'une recherche d'authenticité, "sa durabilité est dans l'air du temps", selon Johannes Topizopoulos, le mari d'Angelika Schauer, qui vante le savoir-faire local, intemporel.

Il "doit souligner la personnalité de celle qui le porte", résume la commerçante. "Chaque longueur, chaque tissu" est méticuleusement choisi.

Du sur-mesure qui a un prix: il faut compter entre 650 et 1.000 euros pour un modèle artisanal, voire beaucoup plus en haute couture. La maison de la plus punk des Britanniques, Vivienne Westwood, a en effet créé ses propres Dirndl.

"La laideur ne serait plus de ce monde, si chaque femme en portait", avait même déclaré la styliste, citée dans l'exposition, il y a quelques années.

Il est "à l'Autriche ce que le kilt est à l'Écosse ou le kimono au Japon", résume Thekla Weissengruber, commissaire d'une nouvelle exposition qui retrace l'histoire surprenante de cette robe alpine, à Bad Ischl (centre).C'est dans cette région des lacs azuréens du Salzkammergut, prisée de la puissante dynastie des Habsbourg, que la tenue en coton, portée aussi en Bavière ou dans le Tyrol, est devenue tendance. Pratique et bon marché, elle est d'abord adoptée par les jeunes paysannes et servantes. Dérivé des dialectes, "dirndl" peut d'ailleurs se traduire par "fille". Puis à la fin du XIXe siècle, cette robe est appréciée par les dames de la cour en villégiature: elles affluent l'été et la trouvent bien à leur goût pour batifoler dans les alpages environnants."Tout était très corseté" à Vienne, explique Mme Weissengruber. "Elles se sont libérées en vacances, avec ces coupes plus légères et colorées". Sans chichi Dans l'écrin du Marmorschlössl, un petit château offert par l'empereur François-Joseph à son épouse Sissi, le visiteur de l'exposition découvre une cinquantaine de modèles, réinterprétés au gré des époques.Car rapidement découlent de la tenue sans chichi des vêtements d'apparat pour de riches clientes en quête d'audience à la villa impériale."Mon grand-père habillait ces invités", narre Angelika Schauer, qui fait vivre avec son mari un atelier familial remontant à 1895. "Lorsqu'il prenait les mesures, il était très contrôlé, certains gestes étant interdits", raconte la descendante du tailleur.Au pied de romantiques falaises, se pressent alors au bord de l'eau des artistes comme le peintre Gustav Klimt, des comédiens et des universitaires de Vienne, qui s'amourachent de la destination.Aujourd'hui, "les femmes portent toujours le 'Dirndl' à la moindre occasion", tandis que les hommes n'hésitent pas à sortir la culotte de peau, souligne Mme Schauer.Fêtes de la bière Ce costume folklorique a connu des éclipses avec la Première guerre mondiale, puis quand les nazis ont banni le mot "Dirndl", trop lié selon eux à l'industrie de la confection juive... tout en encourageant les femmes à se coudre des robes qui lui ressemblaient fort. Mais il n'a jamais vraiment disparu, adopté par les mondaines du très select festival de Salzbourg à partir de 1920, ou encore popularisé par une comédie musicale à Broadway en 1936."A chaque visite, Marlene Dietrich s'habillait" chez le fabricant de Dirndl Lanz, "qui avait 400 succursales aux États-Unis", rappelle la commissaire de l'exposition. Plus récemment, les fêtes de la bière ont remis le Dirndl à la page. Ces dix dernières années, la mode folklorique a connu un engouement auprès de la jeunesse, tandis que les stylistes du monde entier s'en sont emparés. Même si nombre de robes bas de gamme en polyester sont désormais fabriquées en Chine, le secteur de l'habillement en Autriche, qui pesait 844 millions d'euros en 2020, est porté entre autres par le Dirndl, aux côtés des vêtements pour la montagne et le plein air.'Air du temps' Selon la chambre autrichienne de commerce (WKÖ), les exportations comptaient pour 70% du chiffre d'affaires, preuve d'une notoriété dépassant les frontières.A l'heure de la crise climatique et d'une recherche d'authenticité, "sa durabilité est dans l'air du temps", selon Johannes Topizopoulos, le mari d'Angelika Schauer, qui vante le savoir-faire local, intemporel.Il "doit souligner la personnalité de celle qui le porte", résume la commerçante. "Chaque longueur, chaque tissu" est méticuleusement choisi.Du sur-mesure qui a un prix: il faut compter entre 650 et 1.000 euros pour un modèle artisanal, voire beaucoup plus en haute couture. La maison de la plus punk des Britanniques, Vivienne Westwood, a en effet créé ses propres Dirndl. "La laideur ne serait plus de ce monde, si chaque femme en portait", avait même déclaré la styliste, citée dans l'exposition, il y a quelques années.