Né en Californie chez les chercheurs d'or à la fin du XIXe, le jean s'est répandu en moins d'un siècle à travers le monde pour devenir l'incontournable universel des gardes-robes. Il s'en vend aujourd'hui 73 par seconde.

Pourquoi un tel succès ? La Cités des Sciences et l'industrie à Paris tire les fils de cette épopée textile, lors d'une exposition qui a enfin ouvert ses portes mercredi après six mois de confinement. S'y croisent histoire, mode, industrie, consommation et écologie. Le tout dans un décor évoquant un atelier de couture.

Passe-partout, inter-générationnel, indémodable, confortable et si attachant car il vieillit avec nous: le jean y est présenté sous toutes ses coutures --à commencer par celles de derrière puisque le visiteur est accueilli par un "mur de fesses".

Un clin d'oeil rappelant que "c'est la première fois dans l'histoire de la mode qu'un vêtement moule le fessier", raconte à l'AFP Sophie Lecuyer, commissaire de l'exposition.

- Punks et rappeurs -

Le pantalon aux cinq poches --dont la mini poche-avant abritait jadis une montre à gousset, aujourd'hui un ticket de métro-- fut au départ un habit de travail, conçu dans les années 1870 pour les chercheurs d'or américains qui se plaignaient d'avoir sans cesse les poches trouées par leurs outils.

Solide, raide, peu coûteuse, la toile en denim a permis de concevoir leurs pantalons, vestes et combinaisons de manière plus durable.

D'où vient le fameux tissu ? De Nîmes (dont denim serait une contraction), du port Gênes (dont le mot jean serait une déformation), ou bien des usines de tissage du Lancashire en Angleterre ? "Les historiens ne sont pas tous d'accord", explique Sophie Lecuyer.

Une chose est sûre: c'est l'essor de la culture du coton dans le sud des Etats-Unis au XIXe, s'appuyant sur l'esclavage, qui a permis le développement rapide de l'étoffe.

Elle a fini par traverser l'Atlantique, pendant la Seconde guerre mondiale, pour essaimer dans le monde et devenir une pièce mythique.

"Du vêtement de travail, le jean est peu à peu devenu vêtement de loisir et de jeunesse dont quasiment toutes les cultures se sont emparées: hippies, punks, rockers, rappeurs... Car il représente les identités de chacun et permet de s'exprimer à chaque génération", analyse Sophie Lecuyer.

Mais il est aujourd'hui victime de son succès. Ce vêtement est désormais un symbole de la surconsommation ou "fast-fashion", le versant textile du "fast-food".

- "Un autre jean" -

En pénétrant les arcanes de sa complexe fabrication, le visiteur comprend que quasiment toutes les étapes sont problématiques.

Le coton ? Une agriculture souvent intensive qui consomme beaucoup de pesticides. La teinture indigo ? Elle demande d'immenses quantités d'eau, et pollue les eaux usées. Le tissage ? Les productions ont été délocalisées (Chine, Inde, Bangladesh...), avec des conditions de travail précaires.

L'exposition raconte notamment comment dans les années 1960, les stylistes français Marithé et François Girbaud ont mis au point un procédé pour vieillir la toile (afin qu'elle soit moins raide) avec des pierres ponces dans une machine à laver. Cette méthode de délavage, en s'industrialisant, s'est avérée "une catastrophe écologique au vu des énormes quantités d'eau nécessaires", selon la commissaire.

Ce même duo a alors inventé une manière plus propre d'"abîmer" le jean: la méthode au laser, utilisée aujourd'hui.

Car oui, un "autre jean est possible". A condition qu'industriels et consommateurs soient responsables, nous explique-t-on. Il existe ainsi des circuits courts, des filières fiables, des textiles moins polluants comme le lin, le chanvre et même l'ortie !

On peut aussi réduire le nombre de jeans dans sa penderie, recycler correctement les usagés. Autant de conseils à méditer sur une play-list spéciale jean concluant la visite, un air de David Bowie ("Blue Jean"), ou d'Adamo ("En blue jean et blouson de cuir").

L'exposition est ouverte jusqu'en janvier 2022.

Né en Californie chez les chercheurs d'or à la fin du XIXe, le jean s'est répandu en moins d'un siècle à travers le monde pour devenir l'incontournable universel des gardes-robes. Il s'en vend aujourd'hui 73 par seconde.Pourquoi un tel succès ? La Cités des Sciences et l'industrie à Paris tire les fils de cette épopée textile, lors d'une exposition qui a enfin ouvert ses portes mercredi après six mois de confinement. S'y croisent histoire, mode, industrie, consommation et écologie. Le tout dans un décor évoquant un atelier de couture.Passe-partout, inter-générationnel, indémodable, confortable et si attachant car il vieillit avec nous: le jean y est présenté sous toutes ses coutures --à commencer par celles de derrière puisque le visiteur est accueilli par un "mur de fesses". Un clin d'oeil rappelant que "c'est la première fois dans l'histoire de la mode qu'un vêtement moule le fessier", raconte à l'AFP Sophie Lecuyer, commissaire de l'exposition.Le pantalon aux cinq poches --dont la mini poche-avant abritait jadis une montre à gousset, aujourd'hui un ticket de métro-- fut au départ un habit de travail, conçu dans les années 1870 pour les chercheurs d'or américains qui se plaignaient d'avoir sans cesse les poches trouées par leurs outils.Solide, raide, peu coûteuse, la toile en denim a permis de concevoir leurs pantalons, vestes et combinaisons de manière plus durable. D'où vient le fameux tissu ? De Nîmes (dont denim serait une contraction), du port Gênes (dont le mot jean serait une déformation), ou bien des usines de tissage du Lancashire en Angleterre ? "Les historiens ne sont pas tous d'accord", explique Sophie Lecuyer.Une chose est sûre: c'est l'essor de la culture du coton dans le sud des Etats-Unis au XIXe, s'appuyant sur l'esclavage, qui a permis le développement rapide de l'étoffe. Elle a fini par traverser l'Atlantique, pendant la Seconde guerre mondiale, pour essaimer dans le monde et devenir une pièce mythique. "Du vêtement de travail, le jean est peu à peu devenu vêtement de loisir et de jeunesse dont quasiment toutes les cultures se sont emparées: hippies, punks, rockers, rappeurs... Car il représente les identités de chacun et permet de s'exprimer à chaque génération", analyse Sophie Lecuyer.Mais il est aujourd'hui victime de son succès. Ce vêtement est désormais un symbole de la surconsommation ou "fast-fashion", le versant textile du "fast-food".En pénétrant les arcanes de sa complexe fabrication, le visiteur comprend que quasiment toutes les étapes sont problématiques.Le coton ? Une agriculture souvent intensive qui consomme beaucoup de pesticides. La teinture indigo ? Elle demande d'immenses quantités d'eau, et pollue les eaux usées. Le tissage ? Les productions ont été délocalisées (Chine, Inde, Bangladesh...), avec des conditions de travail précaires.L'exposition raconte notamment comment dans les années 1960, les stylistes français Marithé et François Girbaud ont mis au point un procédé pour vieillir la toile (afin qu'elle soit moins raide) avec des pierres ponces dans une machine à laver. Cette méthode de délavage, en s'industrialisant, s'est avérée "une catastrophe écologique au vu des énormes quantités d'eau nécessaires", selon la commissaire.Ce même duo a alors inventé une manière plus propre d'"abîmer" le jean: la méthode au laser, utilisée aujourd'hui.Car oui, un "autre jean est possible". A condition qu'industriels et consommateurs soient responsables, nous explique-t-on. Il existe ainsi des circuits courts, des filières fiables, des textiles moins polluants comme le lin, le chanvre et même l'ortie ! On peut aussi réduire le nombre de jeans dans sa penderie, recycler correctement les usagés. Autant de conseils à méditer sur une play-list spéciale jean concluant la visite, un air de David Bowie ("Blue Jean"), ou d'Adamo ("En blue jean et blouson de cuir").L'exposition est ouverte jusqu'en janvier 2022.