On estime aujourd'hui qu'à peine 5 % de ce qui est vendu sous ce nom peut réellement prétendre à cette appellation. Rares sont désormais les tissus encore porteurs de ces " parfaites imperfections " qu'ils doivent à leur procédé de fabrication à la cire. Alors que les impressions simples de dessins historiques tombés dans le domaine public et importées massivement de Chine inondent le marché, les détracteurs de ce " textile mondialisé " ont beau jeu de rappeler ses origines européennes et surtout son absence d'ancrage traditionnel en Afrique pour lui refuser toute légitimité.

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Ce n'est pas la thèse que défend Anne Grosfilley. Docteur en anthropologie, cette spécialiste du textile et de la mode en Afrique considère plutôt le wax comme l'aboutissement d'une convergence de culture et de savoir-faire issus de l'Asie d'abord, dont il empruntera les codes du batik, de l'Europe ensuite, où il sera initialement fabriqué et de l'Afrique enfin qui va se l'approprier. C'est l'histoire de ces 125 années de création qu'elle a choisi de raconter dans un ouvrage reprenant pas moins de 500 dessins aussi étonnants qu'audacieux, qui ne cessent jamais de se réinventer.

" Le fait que le wax ne se revendique à l'origine d'aucune culture ou pays particulier lui confère cette force panafricaine qui fait que chacun peut s'y reconnaître et s'y projeter, qu'il habite l'un des 54 pays du continent ou appartienne à la diaspora. " A ses yeux, le wax tel qu'on le produit encore en Côte d'Ivoire ou chez Vlisco, aux Pays-Bas, est devenu un produit de luxe. La maison Dior vient d'ailleurs de s'en emparer, en demandant aux dessinateurs d'Uniwax, seule usine à réellement proposer un wax 100 % made in Africa, de créer pour elle 42 dessins inspirés de motifs issus de ses archives, notamment ceux de la toile de Jouy. Renouant ainsi une conversation entre deux traditions textiles.

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Wax, 500 tissus, par Anne Grosfilley, Editions de La Martinière.

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