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Il revient à Louis Vuitton de clore la fashion week parisienne, ce que le malletier s'acquitte avec un certain sens du décorum : depuis deux saisons, c'est donc la troisième fois, la maison au logo Monogram s'invite dans le plus prestigieux musée de la Ville Lumière, dans la Cour Carrée mais dans un centre Pompidou reconstruit à une échelle inférieure et à quelques rues du vrai, comme c'est étrange et superfétatoire, ici, un tubulaire bleu, là, des échafaudages rouges, ici encore des structures arachnéennes blanches, les codes couleurs de la maison mère y sont, le vert et le jaune compris, c'est Renzo Piano et Richard Rogers qui doivent être contents. Le catwalk est démesuré, il fallait bien ça pour caler tout autour les centaines d'invités, stars en tête et parfaites en étendard LV. L'automne-hiver 19-20 s'avance donc, toujours à contre-courant avec Nicolas Ghesquière, directeur artistique aux commandes depuis novembre 2013. Il nous a habitués au choc esthétique, projetant sa mode dans un monde où les canons ont d'autres contours, c'est sa façon à lui de repenser le vêtement, en plongeant dans la recherche formelle, exigeante, dérangeante parfois. On se souvient de ses révolutions datées de son époque Balenciaga (1997-2012) où il écrivit quelques nouveaux chapitres d'un vestiaire Femme aux volumes inédits et aux idées futuristes copiées par la foultitude, fast fashion comprise. Depuis, il continue ses tentatives d'approche du vestiaire et du corps qu'il habille, à coup d'essais et d'erreurs, c'est la loi du genre. Cette saison, on n'est pas sûre qu'à la fin il touche, car la myriade de looks jetés sur le podium à une cadence militaire renouvellent certes la silhouette mais d'une étrange façon, et d'ailleurs pourquoi faudrait-il la renouveler chaque saison, regardez les Belges qui ne méprisent guère ce qu'ils signèrent six mois plus tôt. Sur des chaussures que n'auraient pas reniées Paraboot, des jambes proches de l'ultra fin se gainent de collants et servent d'échasses, sous des jupes corolles fermement serrées à la taille, voire corsetées. Dessus, des blousons courts, à la carrure amplifiée scalpent une silhouette en sablier, le ton est martial - clause combat. Quand les robes se font du soir, volantées parfois, elles n'ont jamais l'air de jouer les ingénues. De fines cravates noires viennent trancher l'uniformité des chemisiers qui se glissent dans des jupes droites ou dans des pantalons à plis et à zip arrondis sur le haut des cuisses. Un petit bonnet de cuir posé sur le haut du crâne donne un faux air de pierrot lunaire. On croise des fleurs aussi, des sequins, des damiers jaunes et noir et des sacs bien entendus, " The LV Arch " notamment. On voit du vert, du bleu, du jaune, du rouge - qui chacun correspond, dans l'ordre, à " l'eau, l'air, l'électricité, l'humain ", Beaubourg n'est pas loin, où, c'est la note d'intention de la collection qui nous l'apprend, " comme dans la mode, tout y est histoire de circulation ". Et pour mieux préciser sa pensée, Nicolas Ghesquière fait appel à ses souvenirs : " Le Centre Pompidou, Beaubourg, les Halles, la Place des Innocents... Un quartier comme un fascinant incubateur. Un incroyable mélange convergeait vers cet épicentre. Les bandes, les styles, la vie... J'aime cette impression de melting-pot vestimentaire. Je la transpose aujourd'hui chez Louis Vuitton, maison à l'expression multiple. " Voilà qui est dit. Et fait.