D'où vient le nom de votre griffe?
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D'où vient le nom de votre griffe? C'est le pseudonyme d'Elisabeth-Céleste Vénard, elle était danseuse de french cancan. C'était surtout une cocotte du XIXe siècle. Je crois qu'elle fréquentait Maupassant et j'ai découvert, il y a peu, qu'à 18 ans, elle avait été apprentie brodeuse, rue du Temple à Paris... Dans mon imaginaire, Céleste, c'est la voie céleste, toute tracée, les astres, et Mogador, c'est Shéhérazade, le Théâtre Mogador, Essaouira. Et puis je trouve que c'est joli phonétiquement. En 2016, après avoir édité de la papeterie et des accessoires de décoration puis fait de la mode, vous créez ce label brodé main. Comment est né votre amour de la broderie? Les travaux d'aiguille, il n'y a que cela de vrai. C'est le seul moment où je me concentre, cela me canalise... Plus je suis angoissée, plus je brode. Il y a quinze ans, en autodidacte, je me suis mise à recouvrir de la laine cardée de tissus de soie que j'avais rapportés du Japon, j'en faisais des colliers que j'ornais de paillettes, c'était des heures de boulot. Je me réveillais la nuit avec une seule idée: broder. Je suis fan de Joana Vasconcelos, Annette Messager, Sheila Hicks et Aurélie Mathigot. Quel est votre processus créatif? J'ai des tonnes d'idées à la minute, c'est comme une fulgurance. Et j'aime tout ce qui est empirique. Je ne dessine rien au préalable, je trace juste quelques marques au Bic et puis je prends mes fils de soie. Ils viennent d'une société française qui fait de la soie sublime, Au Ver à soie - c'est elle que l'on utilise pour les habits des Académiciens. Je les ai toujours avec moi, dans mon sac, je vous montre comment je bidouille? Ces pièces uniques, c'est mon labo. Fenouil, radis, ex-voto ou molaire géante à porter en broche, vous ne reculez devant rien... J'aime faire du gras, du gourmand, je ne crée pas des bijoux sobres. Et puis il faut toujours un peu d'humour. On me demande souvent pourquoi je brode des yeux, je réponds qu'une patate, c'est pas beau, et qu'un papillon, c'est un peu con. Tout le monde voit mes créations comme des porte-bonheur, c'est assez réconfortant en fait, quand vous les touchez, c'est comme un doudou, un truc lié à l'enfance, elles ont un poids, de la matière, on a envie de les caresser.