Le lieu est à Bruxelles ce que Le Café de Flore est à Paris : une institution. Le genre de bar dont on pousse plutôt la porte à la nuit tombée. Avec ses lumières tamisées et sa bande-son jazzy - il se murmure ici que les murs ont vu passer Miles Davis -, L'Archiduc est propice à la confidence, cela tombe plutôt bien, pour une interview. Veronique Branquinho n'a pas choisi l'adresse au hasard pour dévoiler les coulisses de sa collaboration avec la griffe belge Terre Bleue. A quelques pas de la table sur laquelle elle a disposé ses croquis et échantillons, son ami de longue date, le pianiste Guy Van Nueten, vêtu des pièces les plus "habillées" de la capsule, égrène quelques standards en sourdine. Pour un peu, on se croirait dans un remake hollywoodien, il y a un petit quelque chose de L.A. dans ce décor Art déco. Après tout, la muse de cette collection n'est-elle pas le "king of cool" lui-même, l'inoxydable Steve McQueen, à la sexitude jamais démentie? "Je voulais un endroit qui soit à la fois intime mais aussi masculin, justifie la créatrice anversoise. Chic, classique, intemporel, à l'images des hommes que je veux habiller." Tout un programme...
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Le lieu est à Bruxelles ce que Le Café de Flore est à Paris : une institution. Le genre de bar dont on pousse plutôt la porte à la nuit tombée. Avec ses lumières tamisées et sa bande-son jazzy - il se murmure ici que les murs ont vu passer Miles Davis -, L'Archiduc est propice à la confidence, cela tombe plutôt bien, pour une interview. Veronique Branquinho n'a pas choisi l'adresse au hasard pour dévoiler les coulisses de sa collaboration avec la griffe belge Terre Bleue. A quelques pas de la table sur laquelle elle a disposé ses croquis et échantillons, son ami de longue date, le pianiste Guy Van Nueten, vêtu des pièces les plus "habillées" de la capsule, égrène quelques standards en sourdine. Pour un peu, on se croirait dans un remake hollywoodien, il y a un petit quelque chose de L.A. dans ce décor Art déco. Après tout, la muse de cette collection n'est-elle pas le "king of cool" lui-même, l'inoxydable Steve McQueen, à la sexitude jamais démentie? "Je voulais un endroit qui soit à la fois intime mais aussi masculin, justifie la créatrice anversoise. Chic, classique, intemporel, à l'images des hommes que je veux habiller." Tout un programme... Est-ce vrai que lorsque vous créez une collection, vous avez besoin d'avoir en tête un style d'homme particulier? C'est exact, j'imagine un homme idéal, beau, parfait, sexy. Dans le cadre de ma collaboration avec Terre Bleue, il fallait unir deux univers. L'homme Terre Bleue est plutôt actif mais il est aussi élégant, "casual chic". Je trouvais que Steve McQueen correspondait plutôt à cette définition: il reste une icône de style, il a quelque chose d'intemporel mais d'espiègle aussi. Classique avec un twist. C'est ce qui a constitué le point de départ de mon inspiration. Qu'est-ce qui est 100% Branquinho dans cette collection? C'était important pour moi qu'il y ait des pièces de tailoring, c'est la base de ce que je fais. Je suis convaincue que chaque homme a besoin d'un costume, à lui d'inventer la bonne manière de le porter. Il fallait également des pièces plus relax, mais là encore j'ai essayé d'apporter une touche un peu couture: les jeans et les chinos, par exemple, ont des plis marqués comme les pantalons de costume et ceux-ci sont plus droits et plus longs; les polos ont des cols façon chemises; les tee-shirts sont plus échancrés... Peut-on dire que vous avez revisité les basiques, en poussant l'homme Terre Bleue hors de sa zone de confort? C'est le propre de toute collaboration: chacun des deux partenaires va adapter un peu son ADN, même si sa base reste la même. Cela se joue sur les détails et les proportions. Tout est question de curseur: si ce que l'on propose est trop différent de ce qui se retrouve par ailleurs en magasin, cela ne va pas. Nous voulions montrer à l'homme qui porte du Terre Bleue qu'il peut aller un peu plus loin dans sa vision de la mode, sans pour autant changer de personnalité. Ce n'est pas votre première collab'. Est-ce une manière d'échapper au carcan de la mode dite de créateur? C'est une manière d'être accessible au plus grand nombre. Dans le cas de Terre Bleue, c'est également une belle histoire belge. C'est toujours agréable d'être invité à jouer avec d'autres codes que les siens, c'est rafraîchissant. La notion de "gender fluidity" ne vous est pas étrangère, vous avez toujours inclus des basiques masculins dans vos collections féminines. Aviez-vous ici dans l'idée que certaines pièces puissent séduire les femmes? Mon but premier n'était pas de proposer une collection mixte ou no gender mais bien sûr chacun(e) fait ce qu'il lui plaît lorsqu'il est question de look! Je suis la première à piquer des chemises ou des gilets à mon compagnon, alors pourquoi pas? A votre avis, le regard que l'homme porte sur la mode a-t-il beaucoup changé ces dix dernières années? Il s'y intéresse de plus près... Mais il veut toujours investir dans des pièces à l'épreuve du temps. Il aime la qualité et, quand il l'a trouvée, il reste loyal. Il est très sensible à la durabilité, ce qui est particulièrement pertinent aujourd'hui et qui correspond à ma philosophie. Valentijn Dhaenens, qui incarne la campagne, n'est pas un mannequin comme les autres... Je voulais un homme d'un certain âge, qui ait de la personnalité, cela me semblait plus crédible. Je voulais un Steve McQueen... flamand! J'avais déjà vu Valentijn au théâtre et au cinéma. Chaque fois, il m'avait bluffée, cette manière qu'il a de changer d'expression en quelques secondes! C'est un homme de ma génération dont je suis le travail depuis le début. Il a cette coolitude de Steve McQueen et en même temps un côté désarmant.Comment a-t-il réagi quand vous lui avez demandé de shooter cette campagne avec le photographe belge Serge Leblon? Il a été un peu hésitant car il n'avait jamais fait cela auparavant. Mais il connaissait mon travail et il m'a fait confiance. Les photos ont été prises dans le Nord de la France, au Cap Gris-Nez avec comme guest-star une Ford Mustang.