Ils avaient vu le jour à Paris, respectivement le 26 septembre 1891 et le 31 octobre 1902, avaient chacun grandi se nourrissant intellectuellement au frottement continu de l'aristocratie dont ils étaient issus et où l'on croisait alors Marcel Proust, Etienne de Beaumont et Jean Cocteau. Ils s'étaient mariés à Grasse, un jour de février 1923; le magazine Vogue avait consacré cinq pages à l'événement forcémen...

Ils avaient vu le jour à Paris, respectivement le 26 septembre 1891 et le 31 octobre 1902, avaient chacun grandi se nourrissant intellectuellement au frottement continu de l'aristocratie dont ils étaient issus et où l'on croisait alors Marcel Proust, Etienne de Beaumont et Jean Cocteau. Ils s'étaient mariés à Grasse, un jour de février 1923; le magazine Vogue avait consacré cinq pages à l'événement forcément ultramondain, les "Charles de Noailles" pouvaient entrer dans la légende. Très vite, ils s'étaient inscrits, de leur manière totalement originale, dans une destinée volontairement placée sous le signe de l'art, de tous les arts, de l'avant-garde, du surréalisme et de la fête, symbolisée à merveille par une villa moderne, héliotrope, pensée par l'architecte Robert Mallet-Stevens sur les hauteurs d'Hyères, dans le sud de la France. Eclectiques, ils firent se côtoyer Dalí et Miró, Man Ray, Cranach et Goya, Georges Bataille et Ernst, Desnos, Char et Roland Petit, Buñuel, Lipchitz, Francis Poulenc et Braque, la liste est évidemment bien plus longue. Pour les détails de toutes ces affinités électives, il faut résolument lire Charles et Marie-Laure de Noailles, mécènes du XXe siècle, par Alexandre Mare et Stéphane Boudin-Lestienne, à l'initiative de Jean-Pierre Blanc, directeur de la villa Noailles - "Un livre comme une tentative de regrouper et de recouper les innombrables informations et documents de toute nature, de créer des chaînes, de comparer les faits, les dates, les images et les chiffres - clé de l'analyse comptable d'un mécénat -, enfin d'établir un ouvrage de référence." Ce recueil qui pourrait se dévorer comme un roman, qu'ils ont voulu "juste, fidèle et respectueux", esquisse les contours singuliers d'un homme et d'une femme assurément extraordinaires en laissant le lecteur libre, totalement, "d'élaborer ses propres conclusions", le plus beau des hommages.