Ce samedi 1er décembre, le compte à rebours vers le(s) réveillon(s) s'enclenchera officiellement, avec son cortège d'illuminations scintillantes, de sapins au pied étouffé de cadeaux, de repas de famille en cascade et de coups de blues par ricochet. Magique aux yeux des fans, bête noire de ceux qui s'insurgent contre la présence des signes religieux dans l'espace profane ou dénoncent ses dérives commerciales, la fête de Noël force chaque année la porte de nos foyers, imposant aux uns et aux autres, qu'ils soient chrétiens ou non, de réenchanter le rite à leur manière, d'entremêler les traditions, celles d'hier et celles qui s'inventent aujourd'hui, nourries de gestes parfois venus d'ailleurs et d'élans solidaires. Car, comme l'assure l'écrivain (*) et théologien Gabriel Ringlet, quelle que soit notre obédience, " nous avons autant besoin de rites que de pain ". Et de mythes fondateurs, aussi. Explications.
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Ce samedi 1er décembre, le compte à rebours vers le(s) réveillon(s) s'enclenchera officiellement, avec son cortège d'illuminations scintillantes, de sapins au pied étouffé de cadeaux, de repas de famille en cascade et de coups de blues par ricochet. Magique aux yeux des fans, bête noire de ceux qui s'insurgent contre la présence des signes religieux dans l'espace profane ou dénoncent ses dérives commerciales, la fête de Noël force chaque année la porte de nos foyers, imposant aux uns et aux autres, qu'ils soient chrétiens ou non, de réenchanter le rite à leur manière, d'entremêler les traditions, celles d'hier et celles qui s'inventent aujourd'hui, nourries de gestes parfois venus d'ailleurs et d'élans solidaires. Car, comme l'assure l'écrivain (*) et théologien Gabriel Ringlet, quelle que soit notre obédience, " nous avons autant besoin de rites que de pain ". Et de mythes fondateurs, aussi. Explications. Noël est l'une des fêtes religieuses les plus visibles dans l'espace public, alors que la pratique religieuse, elle, ne cesse de reculer. Comment expliquez-vous cet engouement ? Comme dit le poète suisse Georges Haldas, célébrer Noël, c'est encourager chacun à trouver la source qui coule encore en lui. La vie est difficile, le monde va très vite, il est particulièrement rude : on ne fait que cogner, dans la vie professionnelle et familiale même. Ce n'est pas surprenant que dans le secret, ou même explicitement, nous aspirions tous à un peu de paix, de calme, à une trêve intérieure. A ce titre, Noël offre, ne serait-ce que l'espace de quelques heures, un cadre, un mythe qui permet de venir déposer cette aspiration qui nous rappelle d'une certaine manière que nous sommes peut-être meilleurs et vient réveiller la part de bonté en nous. Comment cette fête chrétienne a-t-elle fini par supplanter presque toutes les autres et à s'imposer dans l'espace profane ? La date du 24 décembre à minuit n'a pas été choisie par hasard par le pape Sylvestre ier au ive siècle. Elle faisait écho à la célébration profane du solstice d'hiver. Quant à la crèche telle qu'on la connaît aujourd'hui, elle n'arrive même qu'au xiiie siècle ! C'est une invention de saint François d'Assise qui, en grand pédagogue, voulait aider les paysans italiens à comprendre le mystère de la nativité. A ce titre, je crois qu'il faut prendre le folklore de la crèche au sérieux. Lorsque l'on fait la comparaison avec les grands récits qui ont traversé l'histoire de l'humanité, très peu sont parvenus à franchir les siècles sans rien perdre en intensité. Il y a quelque chose de magique dans cette histoire, qui parle beaucoup aux enfants mais qui rejoint aussi des aspirations profondes présentes en chacun et chacune d'entre nous, au-delà de notre pratique religieuse. Pourtant, au nom de la laïcité et du pluralisme, des voix s'élèvent pour que les crèches restent confinées dans la sphère privée... Je ne comprends pas ce combat. Comme je l'ai dit, c'est un récit fondateur, comme d'autres, qui dépasse le christianisme. Je suis prêt à accueillir dans l'espace public d'autres symboliques, qu'elles soient laïques ou religieuses. Les grandes histoires qui ont imprégné l'humanité, les mythes fondateurs, nous devons pouvoir les rencontrer pour des raisons universelles qui dépassent la particularité de l'origine. Afin de pouvoir partager avec les autres ces récits sans devoir pour autant adhérer au mythe ! J'adore les traditions amérindiennes, j'ai des contacts étroits avec la franc-maçonnerie, la laïcité célébrante. Chacun, dans nos traditions, nous avons des rituels très intéressants à partager. La crèche fait partie d'un environnement pluraliste autant qu'elle est une spécificité pour une catégorie particulière de la population. C'est dans le partage de nos traditions que se trouve l'avenir. L'avenir est au métissage. Ne faudrait-il pas, alors, offrir plus de place aux autres courants de pensées, en " libérant " certains jours de congés chrétiens pour laisser ces autres rites s'exprimer ? Evidemment. Cela n'a aucun sens d'imposer à toute la population certaines fêtes chrétiennes comme le lundi de Pentecôte, par exemple ! C'est un véritable reliquat. On pourrait les supprimer comme appartenant à une seule tradition et les rendre libres pour que chacun puisse faire ce qu'il veut, à condition bien sûr qu'il y ait une vraie ouverture pour que l'on puisse se poser, se reposer, et pas travailler encore un peu plus. Il faudrait trouver un moyen pour que chaque grande tradition puisse choisir le jour qu'elle souhaite mettre en lumière et inviter ceux et celles qui le désirent à s'associer à cette célébration. Comme cela se fait aujourd'hui pour Noël que les non-chrétiens célèbrent comme ils l'entendent parce que cette fête a quelque chose d'universel. Cela rendrait la société bien plus tolérante. Qu'est-ce qui, d'après vous, explique que cette histoire nous apparaisse encore moderne aujourd'hui ? Son caractère formidablement révolutionnaire ! Impensable dans le contexte de l'époque. Marie enceinte avant le mariage aurait dû être lapidée. Mais Joseph a osé tenir tête à la synagogue de son village et l'a accueillie chez lui. L'église ne peut absolument pas contourner, sous des amoncellements de bleu et de Vierge Marie et de tout ce que l'on veut, le fait que le point de départ du christianisme soit une union illégitime. Et ça, c'est d'une audace forte et complètement contemporaine. Sans oublier le fait que l'on célèbre ce jour-là un dieu fragile, pauvre, sur la paille qui vient rejoindre l'humanité blessée. Face à la montée des inégalités sociales, à la souffrance qu'elles engendrent, cela a-t-il encore du sens de fêter Noël ? Il faut entendre ce paradoxe. Alors que le Noël des origines est proche des gens les plus fragiles, tout fait farine au moulin de Noël aujourd'hui ! On nous impose un maximum de lumière, là où on aurait besoin d'un peu d'ombre. Un maximum de bruit là où on aurait besoin d'un petit peu de silence. Un maximum de consommation là où on aurait besoin de sobriété. Tout cela affadit, réduit et récupère le mythe. Mais malgré cela, bien sûr qu'on peut fêter Noël ! Que l'on soit croyant ou pas. Par exemple, en évitant les courses de la dernière semaine, par sobriété, par choix. Cela ne veut pas dire que l'on ne se fait pas de cadeaux : mais on n'achète pas dans cette atmosphère-là. En privilégiant aussi les cadeaux solidaires. Malgré tout, pour une partie de la population, c'est une fête qui fait peur... Lorsque la fête approche, normalement les gens devraient se réjouir. Pourtant, j'entends dire autour de moi " j'ai mal à Noël "... Cela peut être une source de stress qui ne touche pas que des populations particulières. A nous tous d'y être attentifs car c'est bien plus que l'affaire d'un instant, d'un potage à partager dans une soupe populaire. C'est une fragilité secrète qui ne dit pas son nom et qui souhaite que cette fête soit passée. Pour qu'elle soit moins douloureuse pour ceux qui en souffrent, il faudrait qu'elle devienne un démultiplicateur d'attentions. Que l'on puisse marcher vers elle en étant plus attentif aux autres que d'habitude. Quand il était petit, pour faire comme les autres gamins de l'école, ses parents installaient un sapin à la maison. Pas qu'il l'ait demandé, c'était là, ça faisait partie du décor. " Parce que ce n'était pas un jour de fête chez nous, j'étais accueilli chez des amis, se souvient Itsik Elbaz. Dans des familles plutôt heureuses, pour qui c'était prétexte à se retrouver. " Quelques années plus tard, alors qu'il termine ses études de théâtre à l'IAD, il initie, avec un de ses amis - " grand traumatisé des fêtes de fin d'année et très content d'avoir son copain juif avec qui passer le réveillon " -, des soirées où se retrouvent d'autres âmes perdues de Noël, juste désireuses d'être ensemble. Depuis l'an dernier, la table s'est agrandie. Et pas que pour un soir. Révolté par le sort réservé à ceux que l'on appelle les transmigrants, Itsik Elbaz crée en 2017, avec la comédienne Marie-Aurore d'Awans, l'association Deux Euros Cinquante, soit le prix d'un repas équilibré, distribué chaque vendredi aux réfugiés du parc Maximilien. " Au début, on espérait en sécuriser 1 000 par mois, rappelle-t-il. Nous en sommes aujourd'hui à près de 7 000. " Un succès qu'il explique par le caractère de l'organisation - " une espèce de toile d'araignée de liens " - incarnée par un groupe Facebook qui compte désormais plus de 15 000 membres. Ici, chacun donne un peu, parfois plus, d'argent, de son temps, surtout. Parce qu'ils sont tous bénévoles, chaque euro récolté se change intégralement en nourriture. " Vouloir aider, au moment des fêtes, c'est une chose, poursuit-il. S'il pouvait y avoir un miracle de Noël pour venir à bout de la misère, de la faim, du manque d'hébergements, ce serait merveilleux. Mais on n'est pas au cinéma. C'est une lutte qui dure toute l'année dans laquelle nous pouvons nous engager sans nous mettre en danger dans nos vies. C'est simple, il suffit de faire le premier pas. " En visitant la page du groupe ou pourquoi pas en assistant le 15 décembre prochain, au Den Teirling, à Ixelles, au concert de la chorale Son du Quartier et du groupe Racine Congo, donné au profit de cette belle cause. Elle vient de mettre la dernière main à son livre, L'après-midi sera courte (L'Harmattan), un plaidoyer pour le droit à l'euthanasie, où elle raconte son chemin aux côtés de sa mère, qui désirait mourir dignement, et dresse l'état de la législation en Belgique, en France et en Suisse. Ne pas imaginer que cela nous éloigne du sujet festif, au contraire. Nadia Geerts connaît ses racines, une toute petite famille " où il n'y avait qu'une maman ", qui n'était pas croyante mais pas militante non plus : " J'ai été élevée sans dieu, puisqu'il n'existait pas, il n'y avait pas de raison de se casser la tête avec ça, j'ai donc grandi comme athée, pas comme laïque, et je suis arrivée à la laïcité par la république " - ses dix années à la présidence du Cercle Républicain forgeront sa puissance militante. Mais avant, il y eut l'enfance et les fêtes qui " ne ressemblaient pas à grand-chose, ce n'était pas palpitant, on était en général à six à Noël, avec mes quatre grands-parents, j'étais entourée de vieux. Maman le fêtait parce que c'était les convenances - on n'allait pas laisser les aïeux tout seuls ce soir-là. Il y avait un sapin et j'imagine qu'il devait y avoir des cadeaux... bien que chez nous, la Saint-Nicolas fût plus importante, d'autant que je suis née le 7 décembre. Avant minuit, tout le monde était au lit, rien de mémorable, même s'il m'en est resté l'idée que c'était un moment que l'on passait en famille. " Depuis, elle demande à ses cinq enfants, qui piaffent d'impatience, d'attendre que son anniversaire soit passé pour décorer le sapin, puis elle se plie à la tradition, avec le léger sentiment de remplir une corvée. L'année passée, elle a innové, rassemblant sa tribu autour d'elle, invitant dans la foulée le père de ses deux premiers enfants, n'oubliant évidemment pas la mère du père de ses trois autres ados, " ça s'est bien passé ". Puis elle s'est offert la joie de filer à l'anglaise le lendemain matin, direction sa maison de vacances au Pays-Bas, avec le sentiment du devoir accompli.Semaine chargée pour l'adjoint japonais du fameux chef Sang Hoon Degeimbre, qui vient d'opérer le changement mensuel de sa carte, dans son restaurant bruxellois. Heureusement, il n'a recueilli que des réactions enthousiastes jusqu'à présent. Bientôt, il faudra s'attaquer au menu de Noël, une autre paire de manches : " C'est toujours un peu le casse-tête, on essaye généralement de trouver une variation intéressante sur quelque chose d'assez traditionnel. " Quant à savoir ce qui sera présenté dans les assiettes, il a sa petite idée : " L'an dernier, on a servi un chapon avec des châtaignes, très Noël, très classique, et cette fois, je vais sans doute proposer du gibier. Travailler certains produits plus exceptionnels, c'est un aspect des fêtes de fin d'année qui me plaît. " Bien qu'il soit majoritairement shintoïste et bouddhiste, son pays natal a adopté Noël comme une tradition moderne, dépourvue d'aspect religieux. " Durant les fêtes, il y a aussi des illuminations, des décorations et des sapins partout. La grande différence avec ici, où l'on cherche plutôt à se retrouver en famille, c'est que c'est une fête romantique, que l'on passe en amoureux, et aucun restaurant ne renoncerait à son menu de Noël - et même les restos typiquement japonais font de la cuisine française, selon une idée très convenue : du foie gras, du caviar, des produits de luxe. " A titre personnel, pour Toshiro Fujii, le réveillon est une soirée assez simple : il travaille. Bien sûr, plus jeune, il invitait sa copine et s'imprégnait de l'ambiance, " mais jamais dans des endroits trop classes, parce que j'avais peu de moyens à l'époque ", précise-t-il. Depuis son entrée dans la vie active, et une première expérience dantesque - " un immense banquet de gala, sept cents couverts, deux services, trois jours de suite " -, chaque année, c'est boulot-boulot. " Moi aussi j'aimerais faire la fête, évidemment. Mais c'est le métier que j'ai choisi : pour que certaines personnes passent un moment exceptionnel, il faut bien que quelqu'un soit là pour les servir et assurer en cuisine ", conclut-il, philosophe.Lorsque nous rencontrons Poonam, la Bruxelloise d'origine indienne s'apprête à célébrer Divali, le Nouvel An hindou. D'ici quelques heures, sa maison sera couverte de lumières pour attirer Lakshmi, la déesse de la prospérité, et un festin fait de curry de pommes de terre et petits pois, de courge butternut et de riz attendra les invités. " Tout ce qu'on fait en ce jour doit repousser l'obscurité de nos vies ", explique celle qui quitta son pays à 10 ans, pour les Etats-Unis, avant de s'installer en Europe avec son mari écossais. Depuis douze ans, elle a néanmoins renoué avec ses racines en lançant une société d'import-export de textiles artisanaux : du homewear et des vêtements qu'elle propose lors de ventes privées et sur son e-shop. Ce 7 novembre, le rituel commencera par un nettoyage du petit temple qu'elle a aménagé dans sa chambre, puis par une prière. Ensuite la demeure sera illuminée, mais il n'y aura pas de feu d'artifice, contrairement à ce qui se passe dans le Sous-continent. " Je pratique l'hindouisme à ma façon. C'est une religion individuelle, un voyage personnel ", confie-t-elle. Au lendemain de cette célébration, Poonam et les siens n'en auront toutefois pas fini avec les réjouissances, car Noël est pour eux un moment privilégié également. Le 24 décembre sera donc organisé à l'européenne. " Déjà môme, aux USA, je fêtais cela, se souvient-elle. Des cadeaux ? Je suis vraiment contre la consommation irresponsable. On échange surtout des livres et on fait des dons. " Dans cette famille, le moment le plus attendu, y compris par les enfants de 21 et 23 ans, reste cependant le passage de " Santa Claus " : " Nous posons les chaussettes la veille, avec des biscuits et du whisky, et pendant que les jeunes dorment, mon mari les remplit de petites choses - chocolats, blagues... Nous savons bien sûr ce qui se passe vraiment mais nous n'en parlons jamais. C'est cela qui restera ancré dans nos mémoires. "Avec une maman russe et un papa français, la Bruxelloise a grandi, un pied dans chaque culture. Réveillon chrétien le 24, avec une partie de sa famille, puis Noël orthodoxe, le 6 janvier, avec l'autre, les souvenirs de leur fuite depuis la Russie, puis de Prague, encore gravés dans les coeurs. " On était contents, on avait deux fêtes ", sourit-elle, les yeux plantés dans son enfance. Une fois mariée, elle lance le Noël des sans-familles, où sont conviés à sa table tous ceux qui n'ont rien de prévu le soir du 24. " Chaque année, les invités étaient différents. On se retrouvait avec un joli mélange de cultures, des juifs, des musulmans, des amis sans famille proche aux alentours... " Si actuellement la date du 24 résonne un peu de façon curieuse, sans rituel précis, à part le fait de passer la soirée avec ses deux enfants, celle du 6 janvier revêt une symbolique bien particulière. " On se retrouve chez ma maman. Le sapin commence à sécher, mais elle tient à y attacher de vraies bougies, ça fait un peu peur... Le repas est toujours spécial, même s'il n'y a pas de tradition, comme la dinde. " La messe, Sophie Carrée avoue préférer s'y rendre pour Pâques, lors de la procession autour de la jolie petite église blanche, située avenue De Fré. " Il y a les chants, toujours très beaux, l'odeur de l'encens, ces temps de méditation. " Ce jour-là, le festin de midi s'accompagne de vodka, et la coutume veut que ce soit table ouverte. Beaucoup plus souvent encore à l'époque : on faisait alors le tour des maisons, pour se revoir et goûter si les femmes avaient réussi leur koulitch et la pashka, deux desserts traditionnels de cette célébration orthodoxe. " Se dégage de tous ces moments une âme slave particulière, confie celle qui a toujours quelques icônes en bois accrochées chez elle. De la nostalgie, de l'émotion. On dit souvent qu'on pleure comme on rit. Je suis très fière de cette culture différente. J'ai toujours considéré que cela apportait une petite valeur ajoutée. " Quand il cherche à se souvenir de ses premiers Noëls, c'est d'abord à sa grand-mère qu'il pense. Elle, la Berbère, passée par l'Oranie française pour venir vivre à Molenbeek. " Pour elle, ici, c'était Byzance, rappelle Ben Hamidou. Assez naturellement, on s'est emparé des traditions locales, Noël et Saint-Nicolas compris. J'ai fait la même chose avec mes enfants. A la maison, j'étais fils unique, j'avais mon petit sapin ! Tous nos voisins étaient belges, nous faisions la fête avec eux, et quand c'était le Ramadan, c'était à notre tour de les inviter. Une année, je devais avoir 8 ans, les deux fêtes tombaient à la même période. Les gens allaient chercher leur mouton dans la neige ! Il y avait de l'échange : nous étions peut-être différents mais nous étions dans la convergence. C'est hélas un peu moins le cas désormais. " Comédien de théâtre avant tout, celui qui se définit comme " Belge d'origine, de culture arabo-berbero-musulmane, bref, un vrai melting pot... " aime s'inspirer de son histoire pour s'écrire des rôles sur mesure. Alors qu'il remonte pour nous le fil de ses souvenirs, l'oeil pétillant, sur la scène de la Maison des Cultures de Molenbeek, siège de sa compagnie, son récit se déroule comme un sketch, écrit dans la zwanze métissée du Bruxelles d'aujourd'hui. Quand les fêtes, quelles qu'elles soient, pointent le bout de leur nez, il observe, amusé, plus qu'il ne participe. " Qu'on le veuille ou non, quand arrivent Noël et le Ramadan, on baigne dedans, note-t-il. J'avoue, tout le côté protocolaire, l'obligation de manger ceci, de faire un cadeau, à date fixe, un peu comme les dogmes dans les religions, ça me gave un peu. Si j'en ai l'occasion, je suis sur scène. L'ambiance est toujours particulière. Sinon toute la famille se retrouve chez ma mère qui nous fait une dinde halal aux épices méditerranéennes, c'est l'occasion d'être ensemble. C'est à la fois très chouette... et ça donne le coup de blues. Un peu comme ton anniversaire où tu te prends un an de plus dans la vue. Tu réalises aussi que certaines personnes que tu aimes ont disparu. "