Sous les vivats de la population et le regard étonné des touristes, ils s'avancent jusqu'à une statue de Saint Antoine, "saint marieur" et patron officieux de la capitale portugaise, pour le remercier d'avoir béni ces noces de conte de fées.

Défilant à pied derrière une fanfare, ils rejoignent cinq autres couples unis lors d'une cérémonie civile à la mairie. Devant l'hôtel de ville, les 16 couples posent devant les photographes et les caméras qui retransmettent l'évènement en direct.

Les mariés montent alors chacun à bord d'une voiture ancienne décapotable afin de se rendre à une salle des fêtes pour une réception commune, ouvrant le bal avec une valse qu'ils ont répétée pendant des semaines.

En cette veille de la Saint Antoine, ils font une ultime apparition lors du défilé carnavalesque au centre de Lisbonne, où les différents quartiers rivalisent pour présenter la meilleure chanson, la meilleure chorégraphie ou les costumes les plus réussis.

La nuit de Saint Antoine est le point d'orgue des festivités qui animent la ville tout le mois de juin, attirant des foules aux bals populaires où l'on fait griller des sardines en plein air.

Noces collectives à Lisbonne, le 12 juin 2019 © AFP

Identité culturelle

L'idée des mariages collectifs a été lancée en 1958 par le Diario Popular, journal entretemps disparu, pour permettre aux jeunes filles célibataires d'origine humble de se marier en grande pompe, tout frais compris.

Abandonnée après la Révolution des OEillets de 1974 puis récupérée par la municipalité en 1997, cette tradition repose néanmoins sur des croyances plus anciennes, qui attribuent des dons d'entremetteur à Saint Antoine de Padoue, prêtre catholique né à Lisbonne à la fin du XIIe siècle. "Nous avons toujours rêvé de nous marier à la Saint Antoine. Nous lui sommes très dévoués et nous voulions avoir sa bénédiction", témoigne à l'AFP Diana Garcia, juriste de 26 ans, une des mariées du jour.

Noces collectives à Lisbonne, le 12 juin 2019 © AFP
Noces collectives à Lisbonne, le 12 juin 2019 © AFP

Arrivée dans la capitale pour faire ses études à l'université, où elle a rencontré son futur époux, Diogo Frazao, elle s'avoue fascinée par "un évènement qui marque l'identité culturelle de la ville". "Pour des Lisboètes comme nous, il y a une certaine magie à se marier ce jour-là", souligne pour sa part Orlando Antunes, un poissonnier de 34 ans qui a épousé Tania Silva dans la cathédrale.

Pour ceux qui n'avaient pas de place à l'intérieur, un écran a été installé dans la rue en face, pour la première fois cette année. Mais ce n'est pas le principal aspect de la coutume qui a évolué.

Noces collectives à Lisbonne, le 12 juin 2019 © AFP

Rajeunir la ville

Les organisateurs ont aussi limité le nombre de couples, qui pouvait atteindre la soixantaine il y a 50 ans, et introduit les mariages civils.

Noces collectives à Lisbonne, le 12 juin 2019 © AFP

L'évènement, qui s'appelait d'abord "les fiancées de la Saint Antoine", est devenu "les mariages de Saint Antoine" afin de s'adapter à un temps "où les hommes et les femmes bénéficient d'une égalité de droits", explique le directeur artistique Luis Moreira.

Selon Maria do Carmo Rosa, chargée de sélectionner les couples de mariés parmi les 40 à 60 candidats qui se présentent chaque année, "il s'agit toujours d'offrir un mariage de rêve à des gens qui n'en auraient jamais eu les moyens".

Noces collectives à Lisbonne, le 12 juin 2019 © AFP

Mais comme la population de Lisbonne décline et vieillit, "l'idée est aussi de la rajeunir en attirant de jeunes couples qui ont besoin d'un coup de main".

Le budget des cérémonies, qui s'élève cette année à environ 400.000 euros, est entièrement financé par les médias, qui obtiennent des contenus exclusifs, et les sponsors.

Un joaillier offre les alliances et une association de coiffeurs organise un concours pour désigner ceux qui s'occuperont, gratuitement, de la toilette des mariées.

Noces collectives à Lisbonne, le 12 juin 2019 © AFP
Noces collectives à Lisbonne, le 12 juin 2019 © AFP
Noces collectives à Lisbonne, le 12 juin 2019 © AFP
Noces collectives à Lisbonne, le 12 juin 2019 © AFP
Noces collectives à Lisbonne, le 12 juin 2019 © AFP