La route est majestueuse; la terre, rouge et jaune. Sacrée comme l'histoire qui l'habite. Les points de contrôle sont nombreux pour arriver jusqu'au monastère de Sainte-Catherine, dans le sud de la péninsule du Sinaï. Son Buisson ardent attire les touristes de tous pays. Pendant l'heure qui sépare notre hôtel du site, une guide nous raconte l'histoire de l'Egypte. Dans un français impeccable, elle nous balade du Caire islamique au mont Sinaï en passant par les pharaons. Au sujet de la dernière attaque d'un poste de police à côté du lieu saint en avril 2017, qui a fait un mort et quatre blessés mais ne visait pas directement les touristes, notre interlocutrice élude gentiment la question. Les problèmes de sécurité s'arrêtent au nord de la région. Les groupes djihadistes n'ont pas encore franchi les montagnes qui les séparent du sud. Ailleurs, comme dans la station balnéaire de Charm el-Cheikh, l'armée égyptienne veille et maintient l'ordre.
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La route est majestueuse; la terre, rouge et jaune. Sacrée comme l'histoire qui l'habite. Les points de contrôle sont nombreux pour arriver jusqu'au monastère de Sainte-Catherine, dans le sud de la péninsule du Sinaï. Son Buisson ardent attire les touristes de tous pays. Pendant l'heure qui sépare notre hôtel du site, une guide nous raconte l'histoire de l'Egypte. Dans un français impeccable, elle nous balade du Caire islamique au mont Sinaï en passant par les pharaons. Au sujet de la dernière attaque d'un poste de police à côté du lieu saint en avril 2017, qui a fait un mort et quatre blessés mais ne visait pas directement les touristes, notre interlocutrice élude gentiment la question. Les problèmes de sécurité s'arrêtent au nord de la région. Les groupes djihadistes n'ont pas encore franchi les montagnes qui les séparent du sud. Ailleurs, comme dans la station balnéaire de Charm el-Cheikh, l'armée égyptienne veille et maintient l'ordre. Au dernier barrage policier que nous traversons, seuls les Egyptiens sont contrôlés. Une fois l'entrée du site de Sainte-Catherine et l'important dispositif sécuritaire franchis à pied, nous croisons de nombreux visiteurs indiens et malaisiens sur la route sinueuse menant au monastère. Les pays asiatiques représentent un nouveau marché pour le tourisme égyptien. Heureusement, car les Russes, eux, ont déserté les lieux depuis l'attentat qui a touché un avion de la compagnie... russe MetroJet en 2015 et n'a laissé aucune chance à ses 224 passagers. Un acte rapidement revendiqué par l'Etat islamique, et qui a poussé l'Angleterre à suspendre aussitôt ses départs pour Charm el-Sheikh. Pour Dina Zakaria, chargée des relations publiques du Cleopatra Luxury Resort, les médias exagèrent et ne s'emparent que des événements négatifs. "Ils tirent des conclusions hâtives avant même que les enquêtes ne soient menées. C'est désastreux pour nous en termes d'image." Son collègue Emad, lui aussi, manifeste sa déception: "L'Angleterre était un des seuls pays européens à maintenir ses vols après la révolution égyptienne de 2011. Et là, brusquement, ils ont tout arrêté alors que notre président, Abdel Fattah al-Sissi, rencontrait le Premier ministre britannique pour lui donner des garanties..." Emad nous raconte alors fièrement l'épopée d'un citoyen égyptien qui a marché du Caire à Charm el-Cheikh pour prouver que la région était sans danger... mais que personne n'a relayée. Avant la vague de violence de ces dernières années, le pourtour de la mer Rouge, le mont Sinaï et ses alentours étaient ultrafréquentés par les touristes européens. Depuis, la belle Egypte a perdu des plumes. Il faut dire que la communication de la part des autorités n'est pas toujours suffisamment transparente et, surtout, qu'elle manque d'efficacité. La preuve: un pays comme la Turquie, qui a également connu des troubles politiques, a moins souffert que l'Egypte. Cela, notamment, grâce à des budgets plus importants investis dans les campagnes de promotion et une offre touristique plus diversifiée. Une spécialiste du secteur du voyage nous explique avec nuance: "Attention, malgré un plan de com' en béton, on a bataillé pendant deux ans pour refaire de la Turquie une destination prisée. C'est seulement récemment que le Times a accepté de ré-envoyer une journaliste en voyage de presse." Piet Demeyere, porte-parole de TUI Belgique, complète la réflexion, affirmant que si la Turquie s'en est mieux sortie, c'est aussi parce que ses visiteurs n'ont pas directement été les cibles d'attaques terroristes comme en Egypte ou en Tunisie. Depuis la révolte de 2011 ayant mis fin au régime de Moubarak, les remous égyptiens n'ont jamais vraiment cessé d'inspirer le découragement. Le coup d'état contre le Frère musulman Mohamed Morsi en 2013, le retour des militaires au pouvoir, les attentats contre des policiers, des militaires ou des civils, mais aussi les attaques contre les coptes - les habitants chrétiens du pays - ont enfoncé le clou. Résultat? Alors qu'en 2010, l'Egypte avait attiré près de 15 millions de visiteurs, dont 71% d'Européens, en 2016, le nombre a chuté à 5 millions, pour à peine 20% de voyageurs venus du Vieux Continent. Face à cette situation préoccupante, les hôtels et les tour-opérateurs ont été contraints de réagir. Et de tester différentes options. Du côté de Cleopatra, l'indémodable "all inclusive" reste très apprécié, mais on nous avoue que "la qualité des touristes a baissé", car ceux-ci font très peu d'excursions ou de sorties à l'extérieur de l'hôtel. Peter van Lieshout, directeur général de l'établissement de Makadi Bay, aimerait ainsi proposer à nouveau des formules en demi-pension. "Ceci pour attirer d'autres types de vacanciers, diversifier notre offre et faire revivre les commerces locaux." Par ailleurs, Piet Demeyere, de TUI Belgique, salue les efforts réalisés par les hôtels de la mer Rouge au niveau du tarif. "C'est l'un des rapports qualité-prix les plus attractifs du marché. Aucune destination européenne ne peut le concurrencer." Ainsi, certaines enseignes sont descendues jusqu'à moins de 20 euros la nuitée en "all in", attirant surtout une clientèle asiatique et perdant en qualité. Au Cleopatra, pour éviter de figurer sur la (longue) liste des hôtels ayant fermé leurs portes en 2015 et 2016, managers et stewards ont accepté de diminuer leur salaire durant plusieurs mois... Après l'attentat de 2015 contre l'avion russe, la plupart des vols entre la Belgique et Charm el-Cheikh ont été supprimés. Aujourd'hui, Brussels Airlines n'a toujours pas rouvert ses lignes. En automne 2016, le tour-opérateur TUI, de son côté, a décidé de repartir là-bas. "Cela représentait un gros risque financier, explique Piet Demeyere. Mais dès les premiers jours, ce fut un succès." Selon le plus grand groupe de tourisme du monde, la station balnéaire était suffisamment protégée. L'avis négatif du ministère des Affaires étrangères belges concernait seulement certaines routes. "Nous avons pris les mesures de sécurité nécessaires en adaptant notre trajectoire et, donc, en contournant une partie du Sinaï." Aujourd'hui, alors que les hôtels rouvrent petit à petit, de nouvelles réflexions sont en cours. Saber, moniteur et gérant d'un centre de plongée, a vu le nombre de ses clients tomber à moins de 20 par jour en 2016, alors qu'il en accueillait jusqu'à 200 en 2010. "Pour une reprise durable, il faut qu'on développe l'infrastructure. J'ai commandé un nouveau bateau pour organiser des safaris de plusieurs jours en mer", raconte-t-il. Les récifs coralliens de la mer Rouge n'ont rien perdu de leur charme pour les plongeurs et les snorkellers. Des spots qui restent parmi les plus beaux du globe, où nagent poissons-clowns, dauphins et raies manta. Il faut désormais y voir le bon côté des choses: alors que cet incroyable décor avait quelque peu souffert du tourisme de masse, le déclin de l'affluence a permis à l'écosystème de se reposer un peu. Les hôtels égyptiens en ont profité pour (enfin) se positionner par rapport à l'environnement, en suivant notamment les valeurs et les recommandations de la fameuse initiative Travelife imaginée en 2007 par l'Union européenne. Ainsi, beaucoup d'entre eux bénéficient aujourd'hui du label durable, garantissant de favoriser la consommation raisonnable de l'eau et de l'énergie, le traitement adéquat des déchets et même l'utilisation de produits régionaux dans les restaurants. C'est d'ailleurs devenu l'une des grandes préoccupations de la ministre du Tourisme égyptien, Rania Al Mashat, qui souhaite diversifier l'offre en imaginant, par exemple, des séjours d'écotourisme à Siwa, la célèbre oasis berbère avec ses villages en briques ocre et ses jardins verdoyants. Le curseur le plus important, lui aussi, est vert: l'avis de voyage des Affaires étrangères belges concernant le pays des pharaons se révèle désormais favorable. Seuls le Nord Sinaï, le désert occidental et les frontières libyenne et soudanaise restent déconseillés. Le vent est donc en train de tourner, alors que beaucoup d'Européens avaient fui les lumières de Râ pour découvrir les Canaries ou même l'Amérique latine. "Cela reste une destination attractive au niveau des prix, mais aussi grâce au climat agréable été comme hiver", rappelle Piet Demeyere. Beaucoup d'espoirs sont également nourris par la ministre Rania Al Mashat, qui observe une augmentation de 40% du nombre de vacanciers entre janvier et septembre 2018. "Ce ne sont pas encore les chiffres de 2010, mais on y arrive", se réjouit-elle. L'espoir secret? Dépasser la fréquentation d'avant-crise. Une grande campagne du ministère du Tourisme égyptien vient de démarrer, évoquant entre autres l'ouverture très attendue du Grand Musée Egyptien au Caire, en janvier 2020.