Elle fut romaine puis byzantine, maure puis catholique lorsque le roi de Catalogne Jacques ier l'arracha aux musulmans en 1229, espagnole aujourd'hui, même si les mauvaises langues la disent surtout teutonne... Ce sont bien les Allemands qui en ont fait leur destination préférée en Méditerranée dès les années 60, lorsque le boom touristique s'est emparé de Majorque. Ils forment encore le gros du contingent des 13 millions de visiteurs qui débarquent chaque année sur la principale île des Baléares.
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Elle fut romaine puis byzantine, maure puis catholique lorsque le roi de Catalogne Jacques ier l'arracha aux musulmans en 1229, espagnole aujourd'hui, même si les mauvaises langues la disent surtout teutonne... Ce sont bien les Allemands qui en ont fait leur destination préférée en Méditerranée dès les années 60, lorsque le boom touristique s'est emparé de Majorque. Ils forment encore le gros du contingent des 13 millions de visiteurs qui débarquent chaque année sur la principale île des Baléares. Cela semble beaucoup pour un territoire d'à peine 3 650 km2. Et c'est vrai qu'en été, ça se bouscule au portillon des principales attractions de l'île, celles qui attirent le tourisme de masse : le centre historique de la capitale Palma, les stations balnéaires du nord et de l'est de l'île, et leurs grandes plages de sable fin. Sans oublier les quartiers des bars et des discothèques, qui grouillent de fêtards jusqu'au bout de la nuit. N'empêche. Mieux que sa voisine Ibiza, connue pour la démesure de ses nuits et afters, Majorque a su garder son âme. On la trouve facilement : il suffit de s'écarter légèrement des sentiers rebattus, d'emprunter les chemins de traverse ou, mieux encore, d'y venir hors saison. Même en plein hiver. Tempérée par le vent en été, baignée de soleil en hiver, il y fait doux en toute saison, avec une température moyenne de 12 °C en janvier et un ciel souvent d'un bleu immaculé. Ceux qui cherchent la tranquillité, loin de l'agitation nocturne et des plages surpeuplées, dénicheront avec délectation des coins restés authentiques, sauvages même. En ville comme dans les campagnes, dans les montagnes comme au bord de la mer. Depuis quelques années, Majorque cherche à tourner la page du tourisme débridé pour attirer une clientèle plus haut de gamme, sensible au charme de la nature, d'un hébergement cosy - voire carrément luxueux -, d'une gastronomie soignée et d'un patrimoine historique et architectural restauré. Tout ce qui caractérise l'île aujourd'hui. L'une des premières initiatives du premier roi majorquin Jaume (Jacques) Ier fut de bâtir une cathédrale sur les ruines de la grande mosquée de Palma - ainsi baptisée par les Romains un siècle avant notre ère. Sa construction durera 400 ans. Le résultat est toujours époustouflant. La Seu est l'une des églises gothiques les plus remarquables d'Espagne, sinon d'Europe, par sa taille - 44 mètres sous la voûte, rien que ça - mais aussi par certaines excentricités plus contemporaines. Les unes dues à Gaudí, comme un mur de céramique ou le baldaquin de fer forgé qui couronne la chapelle royale, franchement baroque ; d'autres au célèbre peintre espagnol Miquel Barcelo, comme les étonnantes sculptures et les vitraux qui décorent une autre chapelle de l'édifice sur le thème de la multiplication des pains. L'ensemble est incontournable. Tout comme une liste impressionnante d'autres monuments historiques disséminés dans la capitale des Baléares, marquée par l'empreinte cumulée des rois chrétiens, des gouverneurs arabes et des riches marchands juifs du Moyen Age. Palma n'a jamais lésiné sur les moyens d'impressionner la mère patrie continentale par une certaine démesure architecturale. Eglises monumentales, palais somptueux, maisons de maître arrogantes - impossible de tous les énumérer ici -, ils se découvrent au fil des flâneries dans la ville. Coup de coeur tout de même pour le Palau de l'Almudaina, ce palais gothique construit dans l'enceinte d'une forteresse mauresque dont il a conservé les vestiges... tout en couvrant ses murs de tapisseries flamandes. Mais Palma se vit bien autrement qu'à travers ses monuments. Son coeur bat sur les terrasses qui envahissent les pavés au moindre rayon de soleil, dans les ruelles piétonnes aux murs couverts de graffitis, dans les marchés couverts qui dégoulinent de poissons frais et de spécialités locales, où l'on déguste des huîtres sur le pouce ou quelques fines tranches de pata negra fondante à souhait. Sans oublier les rues commerçantes, où les galeries d'art moderne alternent avec les boutiques de mode branchées, les commerces de bouche et les magasins d'objets design. Impossible d'échapper à l'attrait du Passeig d'es Born, sorte de Champs-Elysées locaux calqués sur les Ramblas barcelonaises avec son allée centrale bordée d'arbres, autour duquel s'organise la cité. Ni au charme des quartiers excentrés où subsistent les vestiges des anciennes murailles fortifiées de la ville, des quartiers juifs de jadis, des moulins à vents typiques de Majorque, dont certains sont encore en activité. On flâne un oeil tourné vers les façades ornées de bow windows vitrés, l'autre vers les patios fleuris qui se devinent dans la plupart des habitations. Restent à visiter quelques spots culturels comme la Fondation Miro ou Es Baluard, le musée d'art contemporain superbement intégré dans les anciens remparts Renaissance de Palma, et on achève la journée en sirotant l'apéro sur une terrasse du port de plaisance. En admirant les yachts et les voiliers qui n'ont rien à envier à ceux qui posent à Monte-Carlo ou Saint-Tropez, sans parler des vedettes auxquelles ils appartiennent. Si Palma est la cour de Majorque, la Tramuntana est son jardin d'Eden. Cette chaîne montagneuse couvre un tiers de l'île sur toute sa façade nord-ouest, culmine à 1 500 m et cumule les superlatifs. Classée au patrimoine de l'humanité par l'Unesco, elle abrite à peu près tout ce qui rend l'île exceptionnelle, hormis sa capitale. Lignes acérées, à pic vertigineux, palette de couleurs virant de l'ocre au rouge pour la rocaille, de l'émeraude au vert bouteille pour la pinède, c'est un mélange de nature sauvage et de cultures en terrasses soigneusement entretenues. Où alternent les orangers, les amandiers, les oliviers pluri-centenaires et la vigne, qui produit d'excellents crus. On y randonne sur un entrelacs de sentiers balisés, on pique-nique au bord des lacs et des torrents, on gravit les pentes pas trop escarpées du Puig Major, le sommet des Baléares, on visite des villages de pierre figés par le temps, au charme accentué par de fréquents lambeaux de brume. Valldemossa, sur les traces de George Sand et Frédéric Chopin qui y cachèrent leurs amours en 1838. Deia, sur celles du poète britannique Robert Graves qui y vécut pendant un demi-siècle et y reçut de nombreuses figures comme Pablo Picasso. Soller et son port, pour le vieux train de bois (l'Eclair rouge) inauguré en 1912, qui emprunte depuis Palma l'une des plus belles lignes d'Europe, entre pics et vallées escarpées. Andratx, pour ses vieilles pierres et son marché dédié aux produits locaux. Esporles pour son intimité, ses cafés animés et la ferme cistercienne du Moyen Age transformée en musée nichée en pleine nature à quelques kilomètres. Sa Calobra pour son impressionnant canyon et sa crique entourée de falaises. Alcudia, pour ses remparts du xive siècle. Et d'autres villages encore sur la route sinueuse qui s'achève au spectaculaire cap de Formentor, au bout de la péninsule qui prolonge l'extrémité nord de la Serra de Tramuntana. Une terre sauvage bordée de falaises vertigineuses et de vieilles tours de guet avec vue imprenable sur la mer en contrebas. Face à Minorque qu'on distingue par temps clair, à l'Espagne qu'on imagine à l'horizon. Et en surplomb de ce que l'on ne voit pas forcément au premier regard, qui fait la fierté des Majorquins et le bonheur de leurs hôtes étrangers. Tout le long de cette jolie côte escarpée dont les routes donnent régulièrement le tournis, démarrent d'improbables chemins rarement goudronnés qui serpentent dans la garrigue pour conduire au bord de l'eau, des centaines de mètres plus bas.Là, se cachent d'incroyables calanques aux eaux translucides, abritant tantôt un hameau, tantôt un minuscule port de pêche et, surtout, des micro-plages de rêve et de galets. Certaines ne sont accessibles que par la mer. Toutes rivalisent de charme et de beauté. Majorque est connue pour ses perles artisanales, fabriquées en atelier et très prisées en bijouterie. Si ses " calas " (criques) secrètes n'abritent pas d'huîtres perlières, elles constituent sans doute son plus beau trésor.