Altitude de Bogotá: 2.600 mètres. Population: 9 millions d'habitants officiellement - en réalité, sans doute bien plus. Réputée peu sûre et anarchique, la capitale colombienne a longtemps été boudée par les voyageurs. Mais ces dernières années, à l'image du pays tout entier, elle a effectué une reconversion spectaculaire, initiée par une succession de maires excentriques - dont un affichant même un passé de guérillero - mais hyperactifs. Ainsi, l'un d'eux imposa un jour sans sortie aux hommes pour que les femmes puissent échapper au machisme, avant d'engager des mimes qui, aux carrefours, tournaient en ridicule les mauvais comportements routiers. Un autre tenta d'abolir la tauromachie et, surtout, créa le TransMilenio, soit 100 km de tracé pour bus en site propre, chargé de désengorger la ville. Enfin, un troisième initia à son tour une merveille de mobilité: le CicloRuta, réseau de plus de 370 km de pistes cyclables - l'un des plus étendus du globe - qui permet de parcourir tranquillement la ville en deux-roues. Pour varier les plaisirs, la Ciclovia, elle, réserve chaque dimanche et jour férié 120 km de routes aux seuls piétons et cyclistes, le tout dans une ambiance de fête et de petites échoppes disséminées sur le parcours.

© Eric Vancleynenbreugel

Street art et délices food

L'aspect moderne de la majorité de la cité pourrait semer le doute, mais Bogotá recèle bien un splendide quartier colonial: la Candelaria, qui regorge de bâtiments historiques, d'églises baroques et de musées incontournables tels que le Museo del Oro. Ce dernier est considéré comme l'un des plus captivants du continent, regroupant plus de 50.000 objets précolombiens en or, et bien sûr, le Museo Botero consacré en majeure partie au plus célèbre artiste colombien.

En quittant la partie historique, c'est une facette contrastée qui se dévoile: partout, le street art a envahi les murs. Des fresques colorées, très variées mais toujours interpellantes, qui font référence à la multiculturalité du pays et, ici ou là, aux longues années de guerre. Un mélange de genres qui se retrouve aussi dans l'architecture, teintée d'influences anglaises, françaises, suisses, Art nouveau et bien sûr amérindiennes. Dans le même esprit, Bogotá est truffée d'adresses insolites dont la déco n'a de limite que l'imagination. Non seulement on y mange bien, mais en plus, on y danse entre deux plats, ou dès le repas achevé. Pour s'offrir un retour aux sources, on prend plutôt la direction du Las Margaritas, par exemple, où l'empanada cachaca - un chausson fourré de mille et une façons - est reine depuis 1902. Les recettes sont ici transmises de génération en génération, et officiellement désignées comme les meilleures de Bogotá. Pourtant, son patron, Julio Rios, n'en fait pas mystère, puisqu'il propose des cours de cuisine en ses murs.

Café tout juste récolté à la main. © Eric Vancleynenbreugel

Une terre de café

La Colombie et le café sont indissociables depuis le XVIIe siècle, lorsque les premiers plants furent importés du Venezuela. La variété arabica a trouvé ici, à haute altitude, un climat idoine, permettant aux grains de mûrir lentement et d'offrir des arômes puissants. Autre particularité: les pluies fréquentes, tout au long des quatre saisons, favorisent une floraison permanente et une double récolte annuelle. Ainsi, et c'est unique, on observe à la fois des fleurs, des grains verts et des grains mûrs sur le même plant. Située à l'ouest de Bogotá, la Zona Cafetera recèle d'autres merveilles, comme les petites villes coloniales de Salento ou Filandia, qui projettent leurs ruelles pavées et leurs maisons colorées à l'assaut des pentes escarpées des collines.

De Salento, une excursion inoubliable est à portée de Jeep. Car c'est à bord d'anciennes Willys américaines, toujours utilisées par les planteurs du coin, que l'on peut le plus facilement rejoindre Valle de Cocora. Là, entouré de sommets couverts par une forêt de nuages, s'offre à l'oeil un décor impressionnant s'il en est. De partout, pointent vers le ciel les immenses troncs effilés des palmiers à cire - l'arbre national du pays, qui est aussi le plus haut du monde. Un paysage malheureusement en voie de disparition depuis les campagnes de défrichement menées par les fermiers qui cultivent l'avocat et élèvent des bovins. Dès lors, les graines ne sont plus protégées du soleil. Des projets de reforestation (chacun est invité à sponsoriser et planter une jeune pousse) ramènent l'espoir que les générations futures puissent encore admirer ces splendeurs.

Des bus pour danser

© Eric Vancleynenbreugel

Changement brutal d'altitude et de température lorsqu'on débarque à Carthagène, sur la côte caraïbe. Classée par l'Unesco au patrimoine mondial, la ville est considérée comme la plus belle... d'Amérique du Sud. Les quartiers historiques s'entourent tous d'une ceinture de fortifications - Las Murallas - dépassant les 13 kilomètres de longueur, édifiée et complétée durant plus de deux cents ans, au point de n'avoir été achevée que vingt-cinq ans avant l'indépendance.

A l'intérieur, on découvre un labyrinthe de ruelles pavées, de bâtiments chamarrés et de balcons croulant sous les bougainvilliers. Cartagena de Indias, de son nom complet, doit sa beauté aux richesses venues de toutes les colonies espagnoles d'Amérique qui y affluaient avant d'être embarquées dans les galions en direction de la métropole. Des siècles durant, cette route maritime enrichit l'Espagne, mais attira aussi les convoitises des pirates et des puissances rivales. Rien qu'au XVIe siècle, Carthagène fut assiégée cinq fois. C'est ici, aussi, que transitaient les esclaves africains destinés à travailler dans les plantations. Désormais, ce sont les commerçants qui pullulent, installés dans les boutiques ou à même le pavé...

Autre visage de Carthagène: les "palenqueras", ces dames à la peau sombre revêtues de robes chatoyantes et portant des corbeilles chargées de fruits sur la tête. Si aujourd'hui elles font le bonheur des photographes, elles rappellent aussi l'histoire de San Basilio de Palenque, un village situé au sud de la cité. Habité par des esclaves en fuite, il réussit, à la fin du XVIIIe siècle, à obtenir par décret royal l'indépendance par rapport aux Espagnols. Pour survivre, les femmes décidèrent alors de venir vendre leurs paniers à fruits dans les rues. Une tradition qui a perduré au cours des siècles. Puis, de simples marchandes, elles sont devenues de véritables icônes de la Colombie.

En quittant l'enceinte de la ville, là où jadis régnaient la mangrove et les marécages, s'élève aujourd'hui la Carthagène moderne: Bocagrande. Quelques hôtels imposants y ont poussé dans les années 40 et 50. Puis, c'est carrément une immense forêt d'immeubles blancs qui s'est mise à germer, rappelant les skylines de Miami ou de Cancún. Le soir, l'ambiance dans les rues de Cartagena de Indias monte encore d'un cran, surtout au passage des "chivas", ces bus ouverts et chamarrés qui vibrent sous les sonorités d'un groupe et les pas de danse frénétiques de ses passagers. De véritables discothèques ambulantes qui, presque entièrement en bois, circulent encore dans leur version d'origine. Ils passent même dans les campagnes, servant au transport des hommes et des bêtes, qui prennent place sur les longs bancs en bois ou, quand l'espace manque, sur le toit. Une jolie façon de partir à la découverte de la côte caraïbe, qui recèle encore une foule d'autres beautés telles que le Parque Nacional Natural Tayrona et ses plages de sable blanc, la Ciudad Perdida, ancienne capitale des Indiens Tayronas, ou, plus à l'intérieur des terres, les villes de montagne de Minca et de Mompox. Le seul risque que l'on court aujourd'hui en venant en Colombie, c'est d'avoir envie d'y rester.

Plus de photos:

En pratique

Se renseigner

Infos sur la culture, les événements, les villes et les activités liées à chaque région: www.colombia.travel/fr

Un peu de lecture? Le Lonely Planet Colombie est très bien documenté.

Y aller

Voyagiste belge, Sudamerica Tours connaît parfaitement le pays et propose des voyages à la carte, des circuits individuels ou accompagnés. Infos et brochure en agence ou sur www.sudamericatours.be

Vols quotidiens KLM Bruxelles/Bogotá (via Amsterdam) à partir de 600 euros A/R. www.klm.com

Période idéale

Toute l'année, bien que durant la saison sèche (de décembre à mars), les températures soient plus clémentes.

Manger... ou danser

Andrés Carne de Res. L'enseigne possède deux adresses à Bogotá et dans chacune, une ambiance à la Tim Burton, une déco déjantée et surréaliste mais aussi un menu de 70 pages qui se lit comme une BD! Et des assiettes gourmandes et délicieuses. www.andrescarnederes.com

Revellion Cultu-Bar. Pour une ambiance feutrée, des spécialités de viandes et, bien sûr, de la musique live. En Colombie, nourriture et danse ne vont souvent pas l'un sans l'autre. Et les mets sont variés grâce aux nombreux types de climats du pays. Calle 16, no 4-23, à Bogotá.

Casa Kanu. Dans le quartier de la Candelaria, un bon restaurant, mais aussi une galerie et une librairie. Cra 4, no 12B-18, à Bogotá. www.casakanu.com

Café del Mar Cartagena. Sur les remparts de la vieille ville de Carthagène, l'endroit idyllique pour un cocktail et/ou un repas au coucher du soleil... suivi d'un DJ set. cafedelmarcartagena.com.co

A rapporter

Les mochilas, sacs ultracolorés tissés par les Arhuacos de la Sierra Nevada de Santa Marta. Et bien sûr, des hamacs, des ponchos (ruanas) et des émeraudes, la Colombie étant le premier producteur mondial.