"Le passant de Tokyo ne se promène pas. Il voyage, franchit des frontières, découvre des peuples et des monuments secrets. Eventuellement, avec un peu de chance, il se perd." Suivant le joli conseil d'Adrien Gombeaud, dans son nouveau guide Tokyo mis en scènes (éditions Espaces et Signes), nous avons savouré l'errance dans trois quartiers de la capitale nipponne. Nous nous sommes perdus dans les lumières de Shibuya, les fastes d'Omotesando et les ruelles d'Ikebukuro, à l'affût de lieux secrets et de délires inédits. Tissée de villages que sillonnent les bicyclettes et de grands ensembles futuristes, la ville réussit toujours le prodige de faire coexister plus de 30 millions d'êtres dans une quiétude humaine et souriante. Bienvenue dans la métropole idéale du XXIe siècle.
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"Le passant de Tokyo ne se promène pas. Il voyage, franchit des frontières, découvre des peuples et des monuments secrets. Eventuellement, avec un peu de chance, il se perd." Suivant le joli conseil d'Adrien Gombeaud, dans son nouveau guide Tokyo mis en scènes (éditions Espaces et Signes), nous avons savouré l'errance dans trois quartiers de la capitale nipponne. Nous nous sommes perdus dans les lumières de Shibuya, les fastes d'Omotesando et les ruelles d'Ikebukuro, à l'affût de lieux secrets et de délires inédits. Tissée de villages que sillonnent les bicyclettes et de grands ensembles futuristes, la ville réussit toujours le prodige de faire coexister plus de 30 millions d'êtres dans une quiétude humaine et souriante. Bienvenue dans la métropole idéale du XXIe siècle.Shibuya, tendance et délirantLe royaume des écrans géants et des "love hotels", où se croisent les humains les plus excentriques de la planète, poursuit sa quête perpétuelle d'innovation. VÊTEMENTS-DOUDOUS CHEZ GELATO PIQUE Kiko Mizuhara, mannequin et blogueuse mode très en vue au Japon, est en tête des fans de cette marque de pyjamas et autres vêtements d'intérieur chics et fashion. Vous ne craqueriez peut-être pas pour le rose dragée, le bleu layette et le fondant assez régressif de ces créations en maille.Mais sachez que les Japonais raffolent de ces vêtements-doudous à l'aspect mousseux, "délicieux comme un dessert" dixit un slogan en français dans la boutique-phare du grand magasin Parco. CARESSES FÉLINES AU MOCHA CAT CAFÉ Il faut montrer patte blanche pour entrer dans cette maison de chats, la dernière du genre ouverte à Tokyo en juillet. Une fois que vous avez enfilé des chaussons stériles et désinfecté vos mains, le sanctuaire s'ouvre. Vingt-cinq matous vivent dans ce duplex sous les toits, douillet comme un loft new-yorkais. On s'assied sur un canapé en sirotant un Coca, sur fond de jazz New Orleans. Aucune odeur désagréable ne vient polluer ce moment de douceur : les litières sont cachées dans des pièces ventilées. Arrive l'heure du repas, donné à la cuillère par des Tokyoïtes déguisées en princesse ou en écolière. L'endroit est très prisé des jeunes couples, qui viennent caresser et regarder jouer ces persans, scottish fold et birmans aux allures de bêtes de concours - presque tous blancs, la couleur du succès au Japon. On resterait bien là des heures, sans aucune envie de tester les bars à serpents, à chouettes et à lapins qui fleurissent ailleurs dans la capitale. KIMONOS BRANCHÉS CHEZ FURIFU Le kimono fait un malheur en version kawaii chez les 20-30 ans, dépoussiéré par la marque Furifu ("libre" en japonais), qui a ouvert quatorze boutiques au Japon et remis ce grand classique du vestiaire à la mode par son approche girly et décalée : motifs pop, obi (ceintures) à strass et paillettes, peignes ornés de fausses fleurs délirantes, zori (sandales) multicolores. Des designers connus, comme Tsumori Chisato, ont signé quelques modèles, et les collections se renouvellent constamment avec deux nouveaux kimonos créés chaque mois - cet automne, c'est une thématique "moonlight cabaret" assez coquine qui est à l'honneur. Les jeunes filles de 20 ans qui fêtent leur majorité sont les premières fans de ce must du look néorétro. DÉLICES CORSÉS CHEZ NARUKIYO Pétillant spectacle au programme dans l'antre de ce chef charismatique où se pressent fashionistas et créatifs. A l'arrière, une salle au sol couvert de tatamis accueille les grandes tablées, mais mieux vaut s'installer au comptoir pour ne rien manquer du show cooking. Dans son local situé à l'entresol d'une petite ruelle, Narukiyo cuisine des mets puissants et insolites : ragoût de tendons de boeuf mitonné sur le sumiyaki - le barbecue qui flambe sous vos yeux -, sashimi de coeur de cheval ou de turbans, ces gigantesques cousins du bulot pêchés en mer du Japon. Le menu en japonais, inscrit sur un long papier roulé, ajoute au mystère d'une expérience sensuelle et primitive, qui peut se prolonger tard dans la nuit. Ikebukuro, bohème et secret Populaire et métissé, ce quartier en pleine mutation accueille artistes et rêveurs. Découverte d'un Tokyo hors des sentiers battus.EXCURSION LUDIQUE AU SEIBU L'un des grands magasins iconiques de Tokyo a inauguré en avril dernier un rooftop délirant. L'immense esplanade où se pressent les familles avec bambins en bas âge accueille tout le nécessaire pour une échappée nature : gigantesque jardinerie de plantes grasses, magasin pour aquariophiles, stands de snacks mignons où se sustenter en hot dogs ou pizzas, et surtout une incroyable réplique du jardin de Claude Monet à Giverny. Entre deux grands murs végétalisés et des buissons de lupins multicolores, le célèbre pont bleu du peintre normand enjambe les nymphéas d'un étang plus vrai que nature. LEÇON D'ART DÉCO À MYONICHIKAN L'endroit, secret, mérite sa place au palmarès des bâtiments historiques les plus intéressants de la ville. L'architecte américain Frank Lloyd Wright, alors au Japon pour décorer l'hôtel Impérial, a imaginé en 1921 cette version nipponne de ses Prairie houses, caractérisée par une structure allongée en U face à une grande pelouse. On visite l'ancien réfectoire - qui abrita à l'origine une école de filles très novatrice. Le must : prendre le thé dans la cafétéria, sous la splendide verrière Art déco, et déguster les gâteaux réalisés par les écolières, aujourd'hui relogées sur un beau campus près de Tokyo. EXPO DE POCHE À LA GALERIE AGAKIYASHI La galerie de Noriko Wakahara -une seule pièce donnant sur un jardin que prolonge une terrasse sous les arbres - accueille des expos temporaires. L'hôte sexagénaire et francophile est une personnalité peu banale. En attendant de se rendre à Paris en avril 2016 pour exposer les dinosaures de papier mâché de Ryoko Sugizaki, une jeune artiste tokyoïte, elle offre sa conversation un peu loufoque aux visiteurs de passage... Omotesando, classe et cool Depuis les années 20, les ormes de l'avenue Omotesando abritent les fleurons de la mode et attirent le tout-Tokyo pour ses ruelles peuplées de boutiques, de galeries originales et de bars secrets. PAUSE ZEN AU MUSÉE NEZU Des bouddhas qui méditent sous la mousse, d'anciens pavillons de thé au milieu des érables, des rivières qui clapotent avec sérénité : au jardin de Nezu, l'un des plus beaux de Tokyo, le temps suspend son vol. Sous les pavés, la nature. L'enchantement est complet à l'heure de la cérémonie du thé, qui rassemble des dizaines de jolies femmes en kimono. Ce jardin de rêve s'adosse au musée Nezu, qui fête cette année son 75e anniversaire : l'occasion d'admirer l'une des plus belles collections d'art ancien du Japon, comprenant peintures, calligraphies et mobilier, dont sept pièces classées au rang de Trésor national. LUXE ET DOUCEURS CHEZ KANETANAKA A deux pas des boutiques de luxe d'Omotesando, ce resto-salon de thé est l'endroit idéal pour faire une pause zen. Le lieu vaut surtout pour la beauté de son design. Deux longues tables en cèdre y font face à un jardin minimaliste et apaisant, réinterprétation contemporaine du jardin classique japonais. La carte propose des snacks à toute heure, et un choix des grands classiques de la pâtisserie, comme les mochi (gâteaux de pâte de riz au sirop saupoudrés de soja) ou le parfait à la japonaise fourré à la pâte de haricot rouge. A déguster avec un verre de saké, après le thé de blé glacé servi en guise de verre d'eau. DÉJEUNER NATURE CHEZ EATRIP Le petit jardin zen qui conduit à cette adresse bucolique explique en grande partie le succès d'une cantine très courue par le milieu de la mode et les amateurs de cuisine fusion. On y déjeune comme à la campagne, au comptoir ou sur une table d'hôtes, dans une ambiance de dolce vita toscane. L'inspiratrice des lieux n'est autre que Yuri Nomura, célébrité de la scène foodista tokyoïte, consultante culinaire et amoureuse du bon et du bien manger, qui s'est formée en Californie.La carte fait la part belle aux légumes grillés, poissons et terrines maison, le tout forcément bio. Ne pas oublier de faire un tour dans la boutique de fleurs attenante avant de retourner dans le fracas de la métropole. PARFUMS D'ENCENS DE LISN Voilà 300 ans que cette maison officie à Kyoto, fabriquant ses "encens sophistiqués à écouter". Car la diffusion de ces concrétions végétales, produits de bois rares comme l'agar et le santal, est un véritable art de vivre dans l'empire du Soleil levant. Très secrète quant à ses procédés de fabrication, la maison propose, dans sa boutique tokyoïte, une collection d'automne aux noms évocateurs - Always, Leather, Nightfall, Baby Star - et de nouvelles fragrances tous les deux mois. Une sélection de brûle-encens design et traditionnels magnifient les précieux bâtonnets. La haute couture du parfum d'intérieur. PAR NATHALIE CHAHINE / PHOTOS : ATSUSHI OKUYAMA