Le cortège, formé de 2.000 à 3.000 personnes selon l'AFP, a sillonné dans l'après-midi, sous une pluie battante, les ruelles du centre historique de la Sérénissime à l'appel du collectif "No Grandi Navi" ("Non aux grands navires") et des associations de défense de l'environnement.

"Sauvons Venise des paquebots, du MOSE, du changement climatique et de son maire" était le mot d'ordre du rassemblement, dont les organisateurs réclament depuis des années l'interdiction pour les navires de croisière de circuler dans la lagune.

Les manifestants, brandissant des banderoles "Venise, résiste", "Brugnaro, démissionne" (du nom du maire Luigi Brugnaro) ou encore "Tout au privé = privés de tout", exigeaient aussi un moratoire sur le projet MOSE (Moïse en italien, mais ici acronyme de Module expérimental électromécanique), le titanesque système anti-inondation toujours en construction depuis 2003, jugé inadapté. "Les Vénitiens viennent de subir une blessure profonde, l'inondation de ces derniers jours a mis cette ville à genoux et révélé au monde son extrême fragilité", a déclaré à l'AFP-TV Enrico Palazzi, militant de "No Grandi Navi". "Nous sommes là pour dire qu'il existe des citoyens qui veulent une attention différente envers un territoire unique au monde et tellement fragile", a ajouté ce Vénitien.

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Dix jours après une série historique de marées hautes inédite, Venise a connu une nouvelle "acqua alta" dimanche, avec un pic à 130 cm au-dessus du niveau moyen de la mer, loin toutefois des 187 cm (plus haut niveau depuis 1966) du 12 novembre qui avaient dévasté la ville.

Elle se relève à peine de cette catastrophe, qui a endommagé des dizaines d'églises de ce joyau classé au patrimoine mondial de l'humanité.

Venise, qui compte en son coeur seulement 50.000 habitants, reçoit chaque année 36 millions de visiteurs, dont 90% d'étrangers.

Gâchis d'argent

Les écologistes montrent aussi du doigt l'expansion du grand port industriel de Marghera, situé en face de Venise, et le défilé incessants des bateaux de croisière sur le rivage.

Ils estiment que ces énormes navires sont incompatibles avec l'écosystème et contribuent à éroder les fondations de la ville régulièrement envahie par les flots.

Le projet MOSE était aussi jugé sévèrement par les manifestants, dont certains estiment qu'il n'est plus adapté aux besoins actuels de la ville pour se défendre contre les grandes marées. "Le risque pour Venise est que ce système imaginé il y a des décennies ne réponde pas aux marées extrêmes comme celle qu'on vient de vivre", a déclaré à l'AFP-TV Andreina Zitelli, qui a fait partie de la commission nationale d'évaluation du MOSE. "C'est un gâchis d'argent parce qu'il fallait faire des interventions diffuses. Le système lagunaire étant complexe, on ne peut pas apporter une réponse unique", a expliqué cette Vénitienne de 76 ans.

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Élaboré dans les années 1980, le chantier du MOSE a démarré en 2003 et il aurait dû être prêt il y a déjà trois ans. Mais il a pris du retard à cause de scandales de corruption et de surcoûts.

Il a déjà coûté sept milliards d'euros et devrait être achevé d'ici à 2021, selon le gouvernement.

Le dispositif s'appuie sur 78 digues flottantes qui se relèvent et barrent l'accès à la lagune en cas de montée des eaux de l'Adriatique, jusqu'à trois mètres de hauteur.

Bâtie sur 118 îles et îlots en majorité artificiels et sur pilotis, Venise est menacée d'engloutissement. Elle s'est enfoncée de 30 centimètres dans la mer Adriatique en un siècle.

Venise partiellement submergée vue du ciel le 18 novembre 2019 © AFP