Détail qui tue à la fashion week parisienne

02/10/15 à 10:16 - Mise à jour à 11:10

Puisque Dieu est dans les détails, on comprend pourquoi la mode prend garde à soigner l'infinitésimal. Gros plans sur quelques propositions d'un printemps été-16 monté en épingles, c'est ça, la magie des défilés.

Chez Ann Demeulemeester, Sébastien Meunier n'a pas fait mystère de son inspiration première : sur le carton d'invitation, il a choisi la photo en plongée d'une oeuvre de la sculptrice anglaise Kate MccGwire - ce pourrait être une anémone passée au noir et blanc, il s'agit en réalité de " mixed media with pigeon kills " qu'elle a titré " Surge " (2012) et c'est beau. Le créateur n'a pas hésité à s'en emparer pour parer le cou de ses filles, il en fait même un plastron organique qu'il additionne à d'autres mises en valeur, traçant ainsi sa géométrie sur les corps graciles.

Chez Paco Rabanne, Julien Dossena glisse çà et là des touches irrésistibles qui rappellent qu'il est un garçon de ce temps et qu'il jongle parfaitement avec les codes, ceux du fondateur de la maison, bien sûr, cotte de maille en tête, et tous les autres dans la foulée - le sportswear, la lingerie descendue dans la rue, l'écusson de biker apposé, l'élastique d'un slip labellisé qui ose se montrer, comme tout cela est enthousiasmant.

Chez AF Vandevorst, An et Filip se sont fait plaisir, et du coup, à nous aussi. Dans la cour de la Faculté de médecine, Paris 6e, ils ont convoqués une bande de motards tout de noir vêtus pour servir de chauffeur à leurs mannequins afvandevorstiens. Le vrombissement des moteurs annule les bruits de la ville, plus de blablas inutiles, et comme une traînée de poudre se propage une énergie ravie, qui explose en applaudissements - non, le public de la fashion week n'est pas aussi blasé qu'on le croit. La mise en scène n'a rien de gratuite, elle trouve son origine dans celles de la collection, hommage aux grosses bécanes et à celles qui les montent, avec le vestiaire qui va avec, bandes réfléchissantes comprises.

Avec Rick Owens, on sait qu'il y aura de l'émotion dans l'air. Qu'il ait convoqué trois femmes, Eska, Connie Bidouzo et Audrey Gbaguidi pour chanter This land by Unkle en live y est forcément pour quelque chose. Dans le ventre du Palais de Tokyo, dans un espace de béton brut, son univers prend place comme une évidence, il l'a baptisé " Cyclops ", comme il l'avait déjà fait pour l'Homme. Quand la troisième silhouette apparaît dans la lumière blanche, avec pendue à son cou une femme comme tombée à la renverse, il suffit de choisir de ne plus réfléchir où commence l'une et où finit l'autre pour mieux ressentir la puissance de l'image, les corps entremêlés, l'une portant l'autre parfois sanglée, tête bêche ou dos à dos, dans une intimité voulue, une confiance aveugle, une force pour deux et un abandon total aussi parfois. Il est question, c'est Rick Owens qui le précise, de " sororité ", de " maternité ", de " régénération " et tout cela n'est pas de l'ordre du détail.

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