Profession agent d’architectes: comment trouver l’archi (d’intérieur) fait pour vous?

Comment choisir l’architecte (d’intérieur) à qui on confiera un important projet? Des agences d’un nouveau type aident des maisons de mode, chaînes d’hôtels, marques de luxe et particuliers à trouver le professionnel adapté à leur profil.
Il est fréquent que des lecteurs se tournent vers notre rédaction pour nous demander des références d’architectes (d’intérieur) en vue d’une rénovation spécifique. Nous avons toujours des noms en tête, bien sûr, mais ce n’est pas vraiment notre métier… et d’autres font ça mieux que nous.
Ainsi, Paris et Bruxelles comptent déjà plusieurs agences d’un genre nouveau, véritables maillons entre les architectes d’intérieur qu’elles prennent sous leur aile et des clients prestigieux. Des impresarios au bras long que l’on peut comparer à des bookeurs dans le domaine de la musique. Leurs noms: Desselle Partners ou Paragone, par exemple, qui représentent avant tout des bureaux d’architectes tout en entretenant des contacts privilégiés dans le monde du retail, de la mode, de l’horeca et des médias.
Des marques de luxe ou des groupes d’hôtels font appel à ces agences pour obtenir des références passées au crible. Balmain, Balenciaga, Cointreau, Hermès, Louis Vuitton, Piaget, Roche Bobois ou Veuve Cliquot se sont notamment tournés vers Desselle Partners, qui leur a soumis un de ses petits protégés en vue de réaliser un projet de boutique, d’hôtel, le stand d’un salon commercial, une scénographie, une ligne de meubles ou une habitation privée.
«Nous encadrons nos talents de manière optimale, afin qu’ils puissent se concentrer sur l’aspect créatif.»
«Nous faisons exactement la même chose que les agents dans le monde de l’art, de la musique ou du sport. Nous nous occupons des contrats, nous renforçons l’image de la marque et nous prodiguons des conseils stratégiques, déclare Guillaume de Saint Lager, qui a cofondé l’agence de promotion parisienne Paragone l’an dernier. Nos bureaux de Paris et de Londres travaillent avec une vingtaine de talents. Notre liste de références est complète, nous refusons les nouvelles candidatures pour le moment.» L’équipe Paragone se compose à 85% de Français (Studio Akademos, Fanny Perrier, Sophie Dries, Marion Mailaender…) et du Bruxellois Adrien Meira qui est le seul Belge de leur vivier.
Après une carrière d’avocat, Guillaume de Saint Lager a travaillé dix ans pour Orient Express du groupe hôtelier français Accor. «Le réseau que j’ai bâti dans ce secteur nous permet de réaliser des projets avec de grands hôtels de luxe dans le monde entier. Pour eux, il est très compliqué de choisir un bon architecte d’intérieur, car il faut que le type de projet et le budget concordent. Si on fait le mauvais choix, les différents acteurs en pâtiront. Avec Paragone, nous sommes présents à l’échelle internationale et menons des projets dans plus de quinze pays. Nous encadrons nos talents de manière optimale, afin qu’ils puissent se concentrer sur l’aspect créatif. Comme notre collaboration est à long terme, nos talents peuvent gagner en valeur sur le marché.» Une des trois partenaires de Paragone est Anna Zaoui, la cofondatrice de The Invisible Collection. Grâce à cette plateforme en ligne, elle entretient depuis des années des contacts avec des designers et des architectes de référence qui conçoivent ou commandent du mobilier haut de gamme pour leurs projets.
Citoyens 5-étoiles
Paragone est un nouveau challenger dans la branche de l’architecture intérieure. Le pionnier était Julien Desselle. En 2011, celui-ci fonde une des premières agences de talents en architecture, intérieur et design. Le Parisien s’est inspiré de sa mère, agente à Londres dans le monde du théâtre. Après des études de business, il s’est occupé pendant un certain temps de la communication de maisons de mode de luxe. Celui qui rêvait de devenir décorateur combine aujourd’hui son expérience en RP et sa passion pour l’aménagement. «Je voyais une faille dans ce marché, avec d’un côté des marques qui ne connaissaient pas les nouveaux talents, et de l’autre des talents qui ne savaient pas se vendre», a-t-il confié au Nouvel Obs.
Un exemple concret? Pour sa boutique rue de Namur à Bruxelles qui a ouvert fin 2018, la marque de cosmétiques australienne Aesop voulait dénicher un talent hors pair, capable de comprendre l’ADN de la marque mais aussi celui de Bruxelles. Desselle Partners a suggéré Bernard Dubois, architecte belge qui a conçu une boutique minimaliste où l’Inox se marie aux briquettes jaunes typiques de l’entre-deux-guerres et des années 50 en Belgique. Un matériau qui permet un alignement horizontal ou vertical pour former divers motifs – au sol, elles sont disposées en arêtes de poisson, clin d’œil aux élégants parquets des maisons de maître bruxelloises.
Aesop n’était pas un one shot pour Bernard Dubois. Par le biais de Desselle, il a travaillé à la réalisation de boutiques pour Courrèges, Lanvin, Icicle, Carven, Zadig & Voltaire, Valextra et A Bathing Ape. Il s’est également vu confier des missions pour l’hôtel 5-étoiles Cap d’Antibes Beach Hotel ou le restaurant de burgers sélect PNY à Paris. Sur la page Instagram du concepteur, on peut lire «architecture and design firm represented by Desselle Partners». Il fait partie de la douzaine de bureaux sous l’égide de cette agence. L’unique Belge de son carnet d’adresses alterne les missions dans des bureaux prestigieux en France, en Suède, au Maroc, au Royaume-Uni et même au Bahreïn: Studio KO, Fabrizio Casiraghi, Halleroed, Luke Edward Hall, Festen, Joseph Dirand, Martin Brûlé et Anne Holtrop.
Une approche plus standardisée
Les férus de magazines de décoration internationaux reconnaîtront sans doute ces noms, références de bon goût dont les projets, qu’ils soient résidentiels ou commerciaux, sont largement relayés grâce à leurs agents. Le contact avec les médias est bien sûr essentiel: les agences font le lien entre leurs architectes et les projets, mais elles interviennent aussi pour le styling destiné aux shootings et veillent à la visibilité. Dans le cadre du MAD Parcours, l’agence bruxelloise Breyne+Thorey (auparavant Zeitgeist) a montré des réalisations de ses talents. Paragone a offert à ses designers une plateforme à Design Miami, le principal salon au carrefour entre l’architecture, le design et l’art. Cela permet à ces noms de filtrer. Ce n’est pas un hasard si beaucoup des bureaux avec lesquels Desselle ou Paragone collaborent se retrouvent dans AD100, le classement annuel de référence du magazine d’intérieur Architectural Digest.
«Nous sommes avant tout un tremplin pour la nouvelle génération de talents belges et internationaux.» Claire Rivière de Breyne de Breyne+Thorey
JP Demeyer & Co est l’un des rares bureaux belges à avoir pu figurer sur cette liste précieuse. Pourtant, selon leurs dires, ils n’ont jamais travaillé par le biais d’agences. «Nous avons eu des contacts et envisagé de signer. Mais pour le moment, nous grandissons de manière organique. Le travail avec des agences demande une approche plus standardisée alors que nous nous distinguons justement par l’exclusivité et le travail sur mesure, écrit Jean-Paul Dewever. Notre force réside dans le caractère unique de nos créations. Chacun de nos projets est réalisé entièrement sur mesure, avec des éléments dédiés à ce projet, qu’il s’agisse de textile, carrelage, mobilier, tentures ou tapis.»
Soif de neuf
Tout comme pour les agences de booking ou de mannequins, l’équipe change régulièrement au sein des agences d’architecture. Logique: elles sont constamment en quête de nouveaux talents. Pour un architecte, travailler avec une agence peut être un tremplin vers des missions prestigieuses à l’étranger dans le domaine résidentiel, du retail ou de l’horeca. Mais une fois arrivé en Champions League, parfois, l’agent n’est plus souhaitable, ne serait-ce qu’en raison du montant de la commission… dont le taux exact est un secret bien gardé. Quoi qu’il en soit, la notoriété gagnée permet clairement d’augmenter les honoraires.
Il arrive que les collaborations soient des one shots. Un impresario peut très bien proposer un architecte qui n’est pas forcément lié à son agence, mais qui semble être la personne adéquate pour un projet important. Plusieurs de nos meilleures références belges ont figuré parmi les heureux élus. Ainsi, en 2015, Desselle a demandé à Vincent Van Duysen Architects de créer le premier flagship store européen d’Alexander Wang dans le quartier londonien de Mayfair. Quant à l’architecte gantois très coté Glenn Sestig, il a réalisé un projet pour Calvin Klein par l’intermédiaire de Desselle, à l’époque où le Belge Raf Simons y était directeur artistique et a apposé un sceau avant-gardiste unique sur la marque de mode américaine. Tout comme Bernard Dubois, Nicolas Schuybroek a travaillé pour Aesop: il a réalisé une boutique à Lyon et une installation éphémère à Milan. Mais ces missions ne sont pas le fait d’une agence. L’architecte et le fondateur Dennis Paphitis se connaissent personnellement depuis longtemps.
Courrier de lecteur
«Bonjour, lors de ma recherche d’un décorateur pour le (ré)aménagement de notre maison Art déco à Bruxelles, j’ai lu votre article sur les intérieurs néoclassiques. Le style que vous décrivez correspond exactement à ce que je recherche. Je voudrais travailler avec quelqu’un qui connaisse notamment les chaises Willy Rizzo des années 70, les tapisseries du XVIe siècle, les canapés Art déco et les tableaux de Gommaar Gilliams. Quelqu’un qui ait le sens du textile et des couleurs, qui ait visité la Villa Necchi et le musée Van Buuren et qui soit capable de composer un intérieur contemporain avec toutes ces références, sans verser dans les clichés. Je sais que vous n’êtes pas une agence d’architectes d’intérieur, mais je suppose que vous connaissez des gens dans cet univers.»
Notre réponse? Un jeune Belge talentueux nommé Adrien Meira… mais qui travaille exclusivement avec Paragone. «Chaque mission passe par notre agence. Nous sommes des partenaires commerciaux et travaillons de concert pour chaque projet. Cela nous permet de bâtir une relation et une réputation», explique Guillaume de Saint Lager. L’architecte, lui, a bien sûr refusé de dévoiler les projets réalisés grâce à Paragone ou le montant des commissions.
Une aventure belge
Dans le cas de l’agence bruxelloise flambant neuve Breyne+Thorey, l’exclusivité n’est, à ce stade, pas encore un must. «Nous trouvons que nos créateurs doivent être libres, même si nous espérons réaliser un maximum de projets ensemble, déclare la fondatrice Claire Rivière de Breyne, aux commandes avec Julie de Thorey. Nous sommes avant tout un tremplin pour la nouvelle génération de talents belges et internationaux, tant pour les architectes que pour les designers. Pour chaque projet, nous cherchons l’architecte qui incarne le mieux l’identité d’une marque.»
Sur leur nouveau compte Instagram, on trouve des noms tels que le designer Thibault Huguet, la créatrice de bougies Helene del Marmol, le créateur d’objets d’intérieur et de meubles Noro Khachatryan et Roxane Lahidji, connue pour ses objets sculpturaux en sel marbré. «Nous disposons de notre vivier de talents. Mais nous pouvons tout aussi bien mettre en avant des designers ou des architectes externes dont nous ne sommes pas agents. Les demandes que nous recevons sont très variées: elles portent sur un objet, un intérieur, une boutique, un hôtel, une scénographie ou une installation temporaire», ajoute Claire Rivière de Breyne, qui a lancé l’agence fin 2024.
Sa motivation? «J’ai senti que les artistes avaient besoin d’être accompagnés dans la recherche et le suivi de projets qui sont autant d’actions chronophages au détriment de leur créativité. Dans le cas des marques, surtout dans le secteur du luxe, j’ai constaté une demande croissante pour des collaborations artistiques. Notre rôle consiste à représenter les architectes, à servir d’entremetteurs et à encadrer les projets. Nous veillons à ce que les différentes étapes se déroulent efficacement, du développement de produit au suivi de projet. L’idée est de ménager nos clients.»
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