hhIl n'est pas le genre de gars à faire semblant, alors il le dit cash : avant de croiser la route de Stéphanie Blanchoud, il n'avait jamais mis les pieds dans un théâtre. Et le voilà sur son " ring " à elle, tous les soirs. On ne dirait pas comme ça, mais les premières fois, Ben Messaoud Hassen en a eu la boule au ventre, des insomnies même, et maintenant que la pièce est en relâche, ça lui manque, de sentir l'adhésion du public, son ennui certains soirs, aussi, ce truc sans fard qui se tisse entre les acteurs et ceux et celles qui sont venus les voir.
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hhIl n'est pas le genre de gars à faire semblant, alors il le dit cash : avant de croiser la route de Stéphanie Blanchoud, il n'avait jamais mis les pieds dans un théâtre. Et le voilà sur son " ring " à elle, tous les soirs. On ne dirait pas comme ça, mais les premières fois, Ben Messaoud Hassen en a eu la boule au ventre, des insomnies même, et maintenant que la pièce est en relâche, ça lui manque, de sentir l'adhésion du public, son ennui certains soirs, aussi, ce truc sans fard qui se tisse entre les acteurs et ceux et celles qui sont venus les voir. Face à lui, un paquet de nerfs tout en muscles, que beaucoup ont découvert dans la peau de Chloé Muller, l'inspecteur de police de la série Ennemi Public. A l'écran déjà, elle cognait dur, les poings bandés, sur un matelas posé sur le mur. Cette histoire qu'elle raconte désormais sur scène, dans Je suis un poids plume, c'est un peu la sienne, une fiction basée sur des souffrances personnelles, entrecoupées de passages par la salle, celle de Ben en l'occurrence, dont elle a un jour, presque par hasard, poussé la porte. " J'avais envie d'aller vers un art martial, se souvient-elle. J'ai flashé sur cet endroit et sur lui surtout. Tout ici était à l'opposé de ce que je connaissais. J'ai aimé le côté très collectif, tous milieux, genres, poids et cultures confondus. " A Bruxelles, au Physical Boxing Club, pourtant, on tape " pour de vrai ", car comme le précise d'emblée le coach à tous ses récipiendaires, " ici, ce n'est pas du fitness ". Une précaution oratoire qui vaut d'ailleurs davantage pour les filles que pour les garçons. " Chez moi, on apprend de vrais mouvements de combat, on a mal, on pleure, on souffre, ajoute celui que l'on a pu également entrevoir dans les figurants du combat clandestin mettant aux prises Matthias Schoenaerts avec un autre homme qu'il enverra au tapis dans le film De rouille et d'os. Celles qui viennent seulement pour perdre du poids, je préfère les aiguiller ailleurs. Par contre, si elles sont là pour reprendre confiance en elles, s'endurcir, se décharger d'un stress et qu'elles sont prêtes à se dépasser, je suis heureux de les accueillir. Et de les mener là où elles n'imaginaient jamais pouvoir arriver. " C'est aussi cela que Stéphanie Blanchoud voulait montrer, entre ces instants à la fois cruels et banals qui rythment toute rupture amoureuse, les étapes clés d'un entraînement, jusqu'à l'épuisement, ce corps qui se nettoie petit à petit pour mieux se reconstruire. La comédienne belgo-suisse n'est d'ailleurs pas la seule artiste inspirée par cette thématique. Baigné dans le milieu des arts martiaux pendant toute son enfance, le chorégraphe Mourad Merzouki, venu à la danse par le hip-hop, ne cesse depuis 2010 de jeter des ponts entre ces deux mondes que tout sur papier semble opposer. " La boxe, c'est déjà de la danse, assure-t-il en parlant du spectacle Boxe Boxe Brasil, qu'il présentera entre autres à Wolubilis en janvier 2018. Si l'une est assimilée à la violence, l'autre est synonyme de légèreté. J'ai paradoxalement retrouvé ces deux états dans chacune des pratiques. Du ring à la scène, du gong au lever de rideau, de l'arbitre au regard des critiques, les similitudes me paraissent évidentes et nombreuses. La danse, tout comme la pratique d'un art martial, nécessite labeur, sueur et efforts non comptés. Dans ces deux univers, l'" interprète " se met en jeu, il subit la même mise en abyme face à son adversaire ou au regard du public. " Sur les réseaux sociaux, la boxe fait un carton, surtout auprès des jeunes filles biberonnées aux images filtrées et postées par les stars de la Toile, ces Instagirls parfois mannequins, surtout filles de..., adeptes d'un fitness boxing inventé aux Etats-Unis et en train d'essaimer dans nos salles. A L'Usine, à Bruxelles, le tout nouveau cours Train Like A Model, où s'enchaînent des mouvements dérivés de la boxe française, ne désemplit pas depuis son lancement en avril dernier. Chez Bodytec & Energy Fit, des studios spécialisés dans l'électrostimulation, des séances orientées sur cette pratique ont également vu le jour. Une mode qui n'étonne pas Philippe Godin, professeur de psychologie du sport à l'université catholique de Louvain. " En vingt ans, les formes de pratique du fitness n'ont cessé d'évoluer, même si, finalement, c'est toujours le corps qui bouge. Les salles tentent de diversifier l'offre pour capter un nouveau public. En ce moment, ce sont les mouvements des sports dits de combat qui ont la cote. En réaction peut-être au fait que l'on se sent de plus en plus " agressés " dans la société d'aujourd'hui, au travail notamment. La tentation est grande dans ce cas, de se dire que tant qu'à bouger, à faire du muscle, à transpirer, autant apprendre des gestes qui pourraient un jour nous servir à nous défendre. Et bien que dans la pratique, ce ne soit pas cela qui vous sortira d'un mauvais pas, la boxe peut renforcer l'estime de soi. L'influence est psychologique, d'abord, mais elle a des conséquences physiologiques bien réelles. Nous sommes des machines hormonales : la pratique d'une activité qui renforce la confiance va stimuler la production d'hormones positives de type ocytocine. " Gokhan Yildizli a ouvert Upper Kick Side, à Uccle, au début de l'année. Ici, la plupart des cours collectifs sont non mixtes, et les filles, sans doute séduites par son slogan " le kick c'est chic ", viennent pour se défouler sans risque de prendre un mauvais coup. " Dans 90 % des cas, celles qui prennent un cours d'essai s'accrochent mais seule une petite minorité d'entre elles deviendront des combattantes, explique-t-il. Ce qui leur plaît, c'est que c'est un sport complet. Je travaille beaucoup sur le speed, l'explosion, la rapidité. Vous êtes constamment en gainage, vous tonifiez vos muscles, vous travaillez les hanches en donnant des coups de pieds, les abdos, et il y a de la cardio, du stretching. Et surtout, c'est fun ! Je les encourage tout le temps, je les pousse. La discipline est essentielle : cela forge le caractère. " Pour les Millennials, surtout, qui passent leur temps à mettre leur vie en scène sur Internet, choisir de s'affronter à coups de gants matelassés - et le montrer - plutôt que de danser ou s'étirer sur un tapis de yoga, quand on est une fille, tient également lieu de revendication féministe. " Il y a trente ans, les femmes ne faisaient pas de football, maintenant il y a des clubs et des chaînes qui médiatisent un peu les compétitions, rappelle Maëlle Pariez, championne de France de boxe thaïe et auteure de l'ouvrage Ma vie de boxeuse. La boxe, c'est pareil. Toutes les disciplines qui tournent autour des rapports de force comme les arts martiaux, c'était jugé masculin. Le fait pour une femme de se dire, moi je vais faire ça, c'est un moyen de se surpasser, d'être plus forte et plus combative dans la vie. Et puis, on évolue par paliers. Plus on mesure les progrès, plus on s'accomplit car on se rend compte de ce que l'on devient capable de faire. Le coach est aussi tout le temps là pour vous encourager. C'est ce qui fait toute la différence. " Encore faudra-t-il oser frapper, aller au contact avec l'adversaire quand le premier " sparring " se profile, souvent au terme de plusieurs mois d'entraînements. " Dès le début, je savais que je finirais un jour six minutes face à une autre fille, se souvient Stéphanie Blanchoud. Encore aujourd'hui, je suis plutôt dans l'esquive, à amortir plutôt qu'à frapper. La première fois, je n'ai fait que prendre des coups, pendant trois fois deux minutes. Et six minutes, ça n'a l'air de rien mais c'est long quand tu ne sens plus tes muscles, que tu dois rester là, qu'il faut trouver une solution. Je n'ai jamais aimé la violence, ce n'est pas pour cela que je fais ça. " Pour son coach, Stéphanie est le meilleur exemple qu'il puisse donner à toutes celles qui rêvent d'essayer sans avoir pour autant un instinct de compétition. " Frapper, donner des coups, ce n'est pas naturel, admet-il. Il faut avoir le mental. C'est à moi de les convaincre qu'elles en sont capables et quand elles y parviennent, c'est comme un soulagement, parce que cela se fait dans les règles. La personne que l'on a en face de soi sait qu'elle va recevoir des coups et qu'elle doit en donner en retour. " Stéphanie Blanchoud en est persuadée : elle ne serait pas la même femme, ni la même actrice non plus, si elle ne s'était pas lancée. Transformation physique bien sûr, le corps prend cher, on brûle pas moins de 1 000 calories par séance, mais mentale surtout : son rapport à ses partenaires de jeu, sa manière de les regarder, de leur répondre, de se taire avec eux et d'être là pleinement, rien n'est pareil qu'avant. " Lorsque j'arrive à l'entraînement, c'est du non-stop, pendant 1 h 30, sans parler, poursuit-elle. Dans une salle de fitness, tu peux regarder la télé, écouter ta musique, passer des coups de fil sur ton vélo. Ici, dans les vestiaires y compris, on se parle peu. C'est cette pudeur, cette retenue qui m'ont plu. " Les jeunes de la salle sont venus les voir, elle et Ben, sur la scène du Théâtre des Martyrs, à Bruxelles. Pour beaucoup, c'était leur première pièce. La faute sans doute à " l'image hyper chiante du théâtre ", lâche la jeune femme. A l'inverse, d'autres spectateurs, parfois eux aussi pétris de clichés sur ce monde qu'ils connaissent mal, sont allés à la rencontre de Ben, dans le foyer du théâtre d'abord, jusqu'au club pour certains. " Nos publics se sont mélangés ", se réjouit-il. Vu son côté intensif, la boxe est pourtant loin de convenir à tout le monde. " S'il est démontré qu'une telle pratique régulière apporte des bénéfices indéniables, succomber à une forme de totalitarisme de l'activité physique renforcée par les réseaux sociaux peut s'avérer dangereux, met en garde Philippe Godin. La boxe reste violente pour les articulations, les tendons et la colonne vertébrale qui risquent de crier au secours si l'on s'y met sans avoir une bonne condition physique préalable. " Même si parfois cela fait mal, l'objectif final, pour les amateurs en tout cas, reste de se faire du bien. Pas de finir K.O. debout.