Quelques secondes. C'est le temps qu'il faut aujourd'hui pour se parfumer, le vaporisateur dans une main, les clés de chez soi souvent déjà dans l'autre, un peu comme si l'on s'emparait de son sillage en guise d'arme avant de quitter la maison. Le geste est furtif, presque automatique, à peine ressent-on les gouttelettes toujours plus fines sur la peau, l'industrie l'a voulu ainsi, moins par pudibonderie pour éloigner la main du corps que pour augmenter les " performances " de ses jus, surtout dans les premières secondes de dispersion. Il n'en a pourtant pas toujours été ainsi, l'invention du spray remontant à la fin du xixe siècle, une broutille dans l'histoire triplement millénaire de la parfumerie.
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Quelques secondes. C'est le temps qu'il faut aujourd'hui pour se parfumer, le vaporisateur dans une main, les clés de chez soi souvent déjà dans l'autre, un peu comme si l'on s'emparait de son sillage en guise d'arme avant de quitter la maison. Le geste est furtif, presque automatique, à peine ressent-on les gouttelettes toujours plus fines sur la peau, l'industrie l'a voulu ainsi, moins par pudibonderie pour éloigner la main du corps que pour augmenter les " performances " de ses jus, surtout dans les premières secondes de dispersion. Il n'en a pourtant pas toujours été ainsi, l'invention du spray remontant à la fin du xixe siècle, une broutille dans l'histoire triplement millénaire de la parfumerie. C'est à sa source, justement, qu'a tenu à remonter Christine Nagel au moment d'écrire à son tour un nouveau chapitre dans le récit en constante évolution des Hermessence, ces fragrances odes à des matières premières sublimées par des accords inédits. " Les premiers parfums du monde n'étaient bien entendu pas dilués dans l'alcool, rappelle celle qui occupe chez Hermès la fonction de parfumeur-directeur de la création depuis 2016. Il s'agissait d'essences et d'onguents purs, précieux. " Très vite s'impose à elle l'envie de réinventer le musc, tel qu'elle se souvient de l'avoir senti, aux débuts de sa carrière, avant que ne soit définitivement banni le sourçage naturel d'origine animale. Au-delà du sillage troublant aux facettes presque " humaines " qu'elle s'emploie à retrouver avec les outils de la synthèse, l'idée de proposer aussi une autre texture à la fragrance qui, telle une base, pourrait se porter seule ou accrocher à sa suite les notes d'une autre Hermessence, fait peu à peu son chemin. Deux huiles baptisées Essence, l'une à la cardamome, l'autre à l'Iris pallida, voient alors le jour, complices de trois nouvelles eaux de parfum. Avec elles, une gestuelle inédite aussi. Pas question en effet pour Christine Nagel d'adjoindre au flacon un stylet ou une bille. Ces huiles muscées sont à ses yeux indissociables de la chair du doigt, de ce touché vrai qui vient fondre le sillage à même la peau. Mélanger ainsi deux odeurs pour personnaliser sa fragrance, c'est un peu la marque de fabrique de Jo Malone, enseigne pour laquelle - il n'y a pas de hasard - Christine Nagel a travaillé avant d'arriver chez Hermès. La maison de parfum propose d'ailleurs également de jouer la carte de la complémentarité entre ses " jus " et ses soins pour le corps parfumés. Parmi eux, on retrouve des huiles sèches d'inspiration orientale - deux à base d'oud, l'autre à base d'ambre - à " rafraîchir " ou pas avec des eaux de toilette plus légères. Preuve, s'il en est, que les huiles sèches sont aujourd'hui hautement désirables, Chanel, qui l'an dernier avait lancé des déclinaisons gel de ses parfums Chance, les revisite cette fois dans ce substrat qui invite à prendre du temps pour soi. Mais pour la " retouche " en journée, la maison surfe sur une toute nouvelle tendance venue d'Asie en détournant le désormais célèbre " cushion " à des fins de parfumage. Stratagème identique chez Kenzo, qui a choisi d'encapsuler son best-seller, Flower, dans un boîtier tout rond inspiré du maquillage, mais qui renferme cette fois, en lieu et place d'un fond de teint, une gelée translucide s'appliquant à la houppette comme pour mieux caresser la nuque, le cou ou la naissance du décolleté. Un produit nomade par excellence, qui se niche sans risques de se briser dans tous les sacs, même ceux des baroudeuses qui ne veulent pas renoncer au plaisir intime de se parfumer, fût-ce à l'autre bout du monde. Mobiles eux aussi, les mini-rollers Miss Dior et Poison Girl plaquent en douceur leurs baisers parfumés grâce à la perle cristalline qui remplace le bouchon spray. Ronde et douce comme du velours, celle-ci dépose sur la peau une texture fondante qui ne coule pas. Et dessine à loisir tous les mots doux que l'on voudrait s'écrire à soi-même.