Il est communément admis que les femmes ont tendance à adopter des comportements écolo avec plus d'entrain que leurs homologues masculins. Une disparité qui a déjà fait l'objet de maintes recherches dans le milieu universitaire, avec à chaque fois les mêmes résultats. On a donc fini par s'habituer à ce qu'elles produisent moins de déchets, recyclent plus volontiers et affichent une empreinte carbone moindre, étant généralement moins accros aux grosses voitures, à la viande rouge, à l'alcool ou au tabac. Une étude récente, parue dans le Journal of Consumer Research et menée sur quelque 2 000 volontaires, vient encore d'enfoncer le clou, avec des conclusions qui pourraient prêter à sourire, si l'importance de l'enjeu ne donnait pas plutôt envie de pleurer...
...

Il est communément admis que les femmes ont tendance à adopter des comportements écolo avec plus d'entrain que leurs homologues masculins. Une disparité qui a déjà fait l'objet de maintes recherches dans le milieu universitaire, avec à chaque fois les mêmes résultats. On a donc fini par s'habituer à ce qu'elles produisent moins de déchets, recyclent plus volontiers et affichent une empreinte carbone moindre, étant généralement moins accros aux grosses voitures, à la viande rouge, à l'alcool ou au tabac. Une étude récente, parue dans le Journal of Consumer Research et menée sur quelque 2 000 volontaires, vient encore d'enfoncer le clou, avec des conclusions qui pourraient prêter à sourire, si l'importance de l'enjeu ne donnait pas plutôt envie de pleurer... Première observation à ressortir de l'enquête : ce n'est pas que ces messieurs se désintéressent totalement des thématiques écologiques ou de l'état de la planète ; le problème, c'est qu'ils associent sa défense à un comportement féminin qui, mécaniquement, édulcore leur virilité. Et qu'ils préfèrent donc soigner leur ego plutôt que d'oeuvrer à la sauvegarde de l'environnement. Les sept expériences qui fondent l'étude de Scientific American démontrent en effet un lien psychologique entre comportement écolo et sentiment de masculinité - et si tout est dans la tête, cela passe par des observations empiriques très concrètes. Exemple : le sac réutilisable est délaissé pour son équivalent en plastique jetable, parce que son usage évoque le port du sac à main, et que les modèles colorés et/ou à motifs penchent plutôt du côté du vestiaire Femme. De là à croire que lesdites besaces auraient plus de succès si on les recouvrait de flammes, d'éclairs et de serpents enroulés sur un poignard ? Peut-être bien. Quand il fallut décider à quelle organisation verser un don, à choisir entre le logo des Wilderness Rangers, caractères gras et loup hurlant sur l'écusson noir et bleu foncé, ou les Friends of Nature, dans une police à froufrous surmontée d'un arbre, on vous laisse deviner quelle association a reçu la faveur des gars. Non sans humour, les auteurs de l'enquête, James E.B. Wilkie et Aaron R. Brough, notent d'ailleurs que ceux-ci sont considérés comme moins " sensibles " que leur moitié, mais accordent tout de même beaucoup d'attention à la façon dont ils sont perçus par leur entourage. Moralité : le petit coeur des soi-disant gros durs est à ménager. Alors, c'est ça ? Tous les mecs se rêvent en mâle alpha, clope au bec sur une grosse moto, qui soigne son taux de testostérone en enfumant l'atmosphère ? C'est un poil plus compliqué. Et ce ne serait d'ailleurs pas entièrement de leur faute, à en croire la science. D'après Johanne Huart, docteure en psychologie à l'Université de Liège, cette disparité prendrait sa source dans une différence d'ordre biologique : le dimorphisme sexuel, soit l'inégalité entre mâles et femelles face à leur reproduction. Concrètement, là où la tâche ne demande au papa qu'un spermatozoïde et un court effort, elle est beaucoup plus contraignante pour sa compagne, si l'on compte l'ovulation, la grossesse et l'allaitement. Ce qui induirait une plus grande sélectivité des femmes en recherche de partenaires. Et, en parallèle, plus de compétition intrasexe chez les hommes, qui se livrent à un discounting du futur - " préférer un peu tout de suite que beaucoup plus tard " - et à une prise de risques accrue." Etre écolo équivaut à se priver maintenant pour un bénéfice qui viendra après. Il était donc prévisible que le sexe qui " discounte " le plus soit le moins préoccupé par l'avenir de la planète. Et ce surtout si les hommes cherchent une relation à court terme. En effet, dans cette optique et particulièrement en période d'ovulation, une femme sera sensible au taux de testostérone d'un partenaire, lequel est impliqué dans la virilité tant physique que comportementale. La testostérone étant indicatrice de " bons gènes ", prendre des risques, quitte à hypothéquer le futur, est alors, pour l'homme, de bon ton. " Le statut social jouerait aussi un rôle dans ce processus. " C'est un autre critère de sélection des femmes, qui intervient plus encore pour une relation à long terme. En effet, elles sont alors plus attentives aux indices de " bon mari et papa ", dont le statut et la générosité. Or, les options écolo ne sont pas celles qui permettent le plus d'afficher son statut - BMW ou Porsche font mieux -, elles n'aident pas les hommes à " briller " dans la compétition intrasexe. La bonne nouvelle, c'est qu'on peut imaginer inverser la donne si on change les choses de telle manière qu'il soit possible de " going green to be seen ", comme le dit le célèbre professeur Griskevicius, de la Carlson School of Management. Si être écolo devient une manière d'afficher son statut, ça peut modifier les choses. " C'est sur cette voie que s'est engagé Jérémie Pichon. Papa de la Famille Zéro Déchets (lire par ailleurs), il avoue être plutôt confronté à une cible féminine mais ne semble pourtant pas mal vivre sa virilité. " Le public du zéro déchet est composé à 80 % de femmes, reconnaît-il. On peut l'observer lors d'événements ou sur Facebook, et la majorité a de 25 à 35 ans, est active et souvent jeune maman. C'est assez logique qu'elles soient directement concernées par la problématique de la pollution domestique, parce qu'elles sont encore responsables de la vie quotidienne à la maison - ce qu'on a appelé la charge mentale. " Tout de même, le partage des tâches ménagères a évolué avec le temps, et d'autres raisons devraient pouvoir expliquer une telle disparité. D'après Jérémie Pichon, cela tient peut-être tout simplement à notre capacité à changer. " Ça n'engage évidemment que moi, mais je pense que les femmes sont plus ouvertes sur ce point, peut-être grâce à leur fonction de mère et donc à un certain instinct nourricier, précise-t-il. Beaucoup d'entre elles " percolent " parce qu'elles ont un enfant en bas âge et qu'elles réalisent l'impact qu'aura sur lui tout ce qu'elles lui donnent à manger, ce qu'elles lui mettent sur les fesses, de quoi elles enduisent son corps, etc. Elles vont amener une copine à la conférence et se prêter les bouquins alors que les hommes vont se mettre des freins, être plus critiques. Il va falloir répéter les choses, présenter des preuves scientifiques, c'est plus laborieux. Je dis souvent : " Tu parles à une fille, tu en sensibilises deux cents. Tu parles à un homme, tu en sensibilises un demi. " " Parfois découragées par le manque d'entrain affiché par leur conjoint, ces dames de bonne volonté se retrouvent à devoir assumer un double fardeau : celui du quotidien et celui du changement. Or, c'est justement la faculté d'évoluer qui pourrait jouer un rôle de pivot, à en croire notre papa écolo. " Je ne sais pas à quoi ça tient, dit-il, si c'est sexué ou pas, mais l'évolution passe par la remise en question de notre routine. Or, nous sommes des êtres d'habitude ; 95 % des choses que l'on a faites durant la journée, on les avait faites la veille : se laver, s'habiller, déjeuner, etc. Idem pour les trente mille idées qui traversent notre esprit. D'où la résistance à la nouveauté. C'est ce qu'on observe depuis vingt ans en écologie : modifier ses habitudes, c'est changer son système de pensée, et ça, c'est compliqué. Il faut y consacrer de l'énergie, avoir envie, oser se remettre en question... Et cette faculté-là est moins développée chez les hommes. C'est peut-être dû au patrimoine génétique, ou c'est culturel : l'homme est habitué à avoir raison ", ajoute-t-il avec une pointe d'ironie. Alors, que nous reste-t-il pour contester l'ordre établi, comment faire pour désamorcer cette défiance chronique ? C'est simple : l'éducation. " Comme toujours ! Il faut miser sur les générations futures, avec la sensibilisation à l'écologie, au changement, et commencer très tôt. Malheureusement, tout ça n'est pas central dans les programmes scolaires, alors que ça devrait l'être ", peste Jérémie. Mais en attendant que nos enfants deviennent des adultes moins ignorants que nous, sur quels leviers pourrions-nous tenter d'agir ? " J'ai fait un article où je parle aux hommes sur le blog. J'ai essayé de trouver des portes d'entrée. Pour moi, les deux principales sont d'abord l'aspect économique - si on réduit ainsi le budget du ménage, ça devient intéressant, ça rationalise - et deuxièmement, la donne scientifique. Dans mes conférences, j'explique par A+B qu'on est aux limites physiques de la planète, que notre empreinte écologique nous amène à vivre à crédit, au niveau des énergies, des ressources, du végétal, de l'animal... Notre système n'est pas viable, point. Enfin, troisième porte, le politique, dans le sens de l'organisation de la cité. Certains ne parlent que de travail, et seront sensibles aux problèmes d'inégalités, de chômage, de délocalisation... " Bref, il faut du tangible, résume-t-il, insistant aussitôt sur l'importance de ne pas tomber dans le caricatural " c'est la faute aux gros machos ". " A force d'en voir partout, ça clive, ça sectorise, et je ne veux pas opposer les gens, avec des idées très déterministes, genre " Tous les mecs sont comme ça ", alors que nous sommes complexes et différents. Ce qui est important dans l'écologie d'aujourd'hui, c'est de parler de tolérance et de respect. On n'en est pas tous au même point. Chacun a son chemin de vie et son chemin green. A quelqu'un qui me reprochait de ne pas être vegan, j'ai dit : " Tu n'es pas né vegan, tu l'es devenu à un moment. Respecte le fait que je ne le sois pas, peut-être que ce sera le cas dans cinq ans. " A un moment, une prise de conscience intervient. La mienne est arrivée tôt et fut suivie par un passage à l'acte, tant mieux. Mais laissons le temps à chacun de traverser ces étapes successives, et insistons sur la sensibilisation et sur les argumentaires. Essayons de rassembler, d'emmener tout le monde, d'être positifs et de transmettre le message. Plus on fera ça, plus vite ça avancera. "