Apeine avez-vous passé la porte du numéro 7, rue Bertin Poirée, dans le ier arrondissement parisien, que vous tombez nez à nez avec une tribu de mâles velus qui semblent avoir banni les visages glabres. Pas franchement le genre d'adresse girly. La barbière de Paris - le nom du lieu - est pourtant une affaire d'hommes dirigée par une femme. La barbière, c'est elle, Sarah Daniel-Hamizi, la quarantaine entreprenante qui compte à son actif quatre salons dans la Ville lumière, dont un situé à l'Hôtel de Crillon. L'ambiance est chic, le personnel aux petits soins, le service à la hauteur des tarifs. La maison ne recule devant aucun sacrifice, pas même la mise en plis ou le maquillage de bouc. La réputation de l'enseigne n'est plus à faire. Sur les sièges hydrauliques en cuir, viennent se faire raser la couenne, comme disait Gainsbourg, ...

Apeine avez-vous passé la porte du numéro 7, rue Bertin Poirée, dans le ier arrondissement parisien, que vous tombez nez à nez avec une tribu de mâles velus qui semblent avoir banni les visages glabres. Pas franchement le genre d'adresse girly. La barbière de Paris - le nom du lieu - est pourtant une affaire d'hommes dirigée par une femme. La barbière, c'est elle, Sarah Daniel-Hamizi, la quarantaine entreprenante qui compte à son actif quatre salons dans la Ville lumière, dont un situé à l'Hôtel de Crillon. L'ambiance est chic, le personnel aux petits soins, le service à la hauteur des tarifs. La maison ne recule devant aucun sacrifice, pas même la mise en plis ou le maquillage de bouc. La réputation de l'enseigne n'est plus à faire. Sur les sièges hydrauliques en cuir, viennent se faire raser la couenne, comme disait Gainsbourg, des " people " de tous poils, de Cyril Hanouna à Frédéric Lopez. Cela n'a pas toujours été le cas. Sarah tient boutique depuis dix-huit ans, à l'époque où l'appellation hipster était inconnue et l'art de manier le coupe-chou une pratique réservée aux mecs. " Dans mon entourage, on a bien essayé de me dissuader en me disant que ce n'était pas un métier pour une fille ", raconte-t-elle, lunettes cerclées et coupe garçonne. On lui demande si son refus de porter la crinière ondulante façon " Head & Shoulders " est une manière d'affirmer sa part de " masculinité ". " Pas du tout, j'avais les cheveux longs et bouclés jusqu'au jour où j'ai décidé d'y renoncer pour gagner du temps le matin ", répond cette mère de cinq enfants - que des garçons - à l'agenda surchargé. Elle a commencé par décrocher un certificat de coiffure avant d'être initiée à la taille du poil par deux maîtres barbiers de la capitale française. Une façon d'exaucer son rêve de jeunesse. " C'est une histoire de passion. Quand j'étais petite, j'observais mon grand-père qui adorait se raser en pleine nature, au pied d'un chêne. C'était un spectacle, il nous demandait de nous asseoir autour de lui en silence. J'étais séduite par l'odeur du savon, la gestuelle, l'affûtage de l'outil. A 8 ans, j'ai dit : " Je veux devenir barbière. " " La scène se passe en Algérie, dans le jardin de la maison familiale, en Kabylie, dans un petit village près de Tizi Ouzou. Dans les années 80, la tribu, qui compte aussi ses deux soeurs, Lila et Radia, et ses deux frères, Khaled et Idir, s'installe à Paris. Son papa gère des hôtels, sa maman est femme au foyer. Son désir d'indépendance la pousse à se mettre à son compte en janvier 2000. Les débuts sont difficiles. La vogue des soins masculins en est à ses débuts et le rugbyman Sébastien Chabal n'est pas encore devenue l'icône médiatico-pileuse qui va remettre le menton velu au goût du jour. " Quand j'ai débuté, cela faisait trente ans que l'on n'enseignait plus ce métier. La formation était complètement tombée en désuétude. J'avais envie de lui redonner ses lettres de noblesse. Je me suis fixé un but : élever ce boulot d'artisan au rang d'art. " Elle renouvelle le savoir-faire, introduit le brushing et le rasage à la vapeur qui laisse ses confrères perplexes. " Six mois après, ceux qui me critiquaient me copiaient. Ça veut dire que j'étais dans le bon. " Aujourd'hui, la barbière détient sa propre ligne de produits, projette d'ouvrir de nouvelles antennes à New York et San Francisco, participe à des émissions de télé et collabore, comme consultante, pour le département cosmétique mâle de Dior, Tommy Hilfiger ou Chanel. Mais elle ne veut pas perdre la main pour autant. Elle continue chaque jour à jouer du blaireau et de la lame à côté de ses employés, ou presque, dans une alcôve qui se tient subtilement à l'écart de sa " brigade " et des clients. Pour le plus grand bonheur des Very Important Poilus.Antoine Moreno