Il est fini le temps où, en cas de faim, avant ou après le spectacle, l'offre se limitait à un paquet de chips et une gaufre pré-emballée. Les théâtres et les centres culturels se veulent de plus en plus des lieux de vie, dont les repas font partie intégrante du programme. "Nous voulons faire d'un passage à l'Eden une expérience totale", avance Fabrice Laurent, directeur du centre culturel régional carolo au nom paradisiaque.
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Il est fini le temps où, en cas de faim, avant ou après le spectacle, l'offre se limitait à un paquet de chips et une gaufre pré-emballée. Les théâtres et les centres culturels se veulent de plus en plus des lieux de vie, dont les repas font partie intégrante du programme. "Nous voulons faire d'un passage à l'Eden une expérience totale", avance Fabrice Laurent, directeur du centre culturel régional carolo au nom paradisiaque. Mais l'articulation entre la logique culturelle, à but non lucratif, visant la convivialité plus que la rentabilité, et celle, commerciale, de la restauration n'est pas si simple à trouver. Dans certains cas, comme à la Brasserie de Bozar où officie le chef étoilé Karen Torosyan, chacun vit plus ou moins de son côté et s'en porte plutôt bien. Ailleurs, comme au Théâtre de Liège ou au PBA de Charleroi, on mise sur un doublé : un étage très accessible - aussi bien spatialement qu'au niveau du porte-monnaie - proposant une petite restauration et un niveau presque "caché" misant sur des préparations plus raffinées. Ailleurs encore, comme à la Maison de la culture de Marche-en-Famenne, on maximise la collaboration, avec un dialogue constant entre les deux pôles. C'est aussi l'esprit du Kaaitheater, à Bruxelles... "Nous avons une réunion hebdomadaire pour examiner ensemble le planning", explique Isabelle, la patronne du Kaaicafé, qui sait que chacun y gagne en anticipant au mieux le nombre de personnes présentes lors d'un événement, et même leur comportement en matière de consommation. "Pour le public de la danse contemporaine, par exemple, il faudra prévoir des plats assez légers, comme des salades. Et avec le temps, j'ai découvert aussi que le public des spectacles de Jan Decorte a en général une bonne fourchette et aime le whisky", poursuit-elle en riant. Régaler l'esprit ET les papilles, ça ne s'improvise pas... C'est même tout un art. 1. Resto National Situé au premier étage, à l'avant du bâtiment, le resto du Théâtre National propose une formule simple mais qui fait ses preuves depuis dix ans : un buffet à volonté à 12 euros le midi et 16 euros les soirs de spectacle. Les deux soeurs qui gèrent le lieu sont les filles de Zerda, patronne du resto marocain du même nom situé un peu plus haut sur le boulevard Emile Jacqmain. Elles proposent logiquement ici des préparations chaudes et froides d'inspiration orientale. Glissant le long du comptoir, on remplit son assiette de caviar d'aubergine, de lentilles tomatées, de salade de fèves, de boulettes de viande ou de poisson en sauce. Les végétariens et les gros appétits y trouveront assurément leur compte. 2. Le Balcon de l'Emulation Pour accéder au Balcon de l'Emulation (géré par le traiteur Les Cours), il faut d'abord franchir la porte du Théâtre de Liège et gravir le majestueux escalier en bois jusqu'au deuxième étage. On découvre alors une salle mêlant cheminée en marbre et moulures anciennes à des ampoules tombant nues du plafond et un mobilier en bois tout à fait contemporain. Les assiettes accueillent de la cuisine française traditionnelle plutôt chic (foie gras snacké, croustillant de canard fumé...), où s'invitent aussi des produits régionaux comme le fromage de Herve et le sirop d'Aubel. A midi, l'ambiance est au "business lunch" et en soirée, le public du théâtre afflue pour le menu d'avant spectacle, à 22 euros. 3. Kaaicafé Le défi de la rénovation du Kaaitheater, dans le bâtiment Luna, perle bruxelloise Art déco du début des années 30, a été d'ouvrir les espaces. Pas de frontière ici entre la zone de restauration, la billetterie et l'entrée de la salle de spectacle : le resto et le théâtre ne font qu'un. Dans un décor de briques nues, de béton et de troncs d'arbres, rythmé par des sections verticales de couleurs empruntées à la mire, on profite ici, à midi, d'une cuisine de brasserie généreuse façon croque de fromage de chèvre au chutney de tomates séchées, waterzooi de poisson ou duo de boudins avec stoemp aux poireaux. En soirée, la carte s'allège et se végétarianise quelque peu, mais tout reste ultrafrais et préparé sur place. Le Kaaicafé dispose aussi à la belle saison d'une appréciable terrasse, où l'on jouit du soleil matin et soir. 4. Veggie Café Varia L'horeca, Arnaud Bingoni (photo) est tombé dedans petit : ses parents ont géré des établissements dans des clubs sportifs. Alors, pour lui, intégrer son resto dans un lieu comme le théâtre Varia, c'est tout... naturel. Sa spécialité, c'est le végétarien, à tendance végétalienne, avec une bonne dose de cru. Il a beau être autodidacte en la matière, il maîtrise son sujet et le prouve avec, entre autres, de petites boulettes de riz et pois chiches servies sur une crème de noix de cajou au sirop d'érable. Une assiette qui panache à merveille chaud et froid, salé et sucré, onctueux et croustillant. 5. Le Tiroir des Saveurs Entre culture et nourriture, Le Tiroir des Saveurs joue la carte de l'osmose. Avec, en prime, une orientation bio, locale et équitable. Logé dans l'ancienne cafétéria de la piscine de Marche-en-Famenne, le lieu dépend de la Maison de la Culture attenante. On y trouve une carte simple de croques et de pains et une ardoise de suggestions à prix plancher qui se lient à la programmation. On y organise aussi des rencontres, des projections, des bals folks et même des repas dans le noir en collaboration avec des non-voyants, pour renverser les points de vue. 6. ResTTO Au Théâtre de la Toison d'Or, à Bruxelles, on aime les ménages à trois : trois petites mousses, trois petites soupes, trois petits plats, trois petits desserts. Des plats ludiques partager avant ou après le spectacle pour plus de convivialité. Cette formule magique a été concoctée par Matthieu Léonard, le chef du resto Jules et Charles à Woluwe-Saint-Pierre. L'homme propose au TTO des préparations qui fleurent bon l'Italie et les épices du Moyen-Orient. Son ingrédient fétiche ? Une burratina des Pouilles qu'il glisse toujours quelque part. 7. Tu "M", la cantine moderne Ça bouge sur MARS ! Soit "Mons Arts de la Scène", le nouveau nom du Manège.Mons, dont la saison artistique 2017 a été lancée, le 12 janvier dernier. C'était aussi le jour du baptême du feu pour Fabienne, fille d'un régisseur de théâtre et d'une hôtelière, qui réunit aujourd'hui ses deux passions - la culture et la gastronomie - avec son projet de "cantine moderne" pour le théâtre montois. Sa carte mise sur la convivialité de tapas à partager (croquettes de jambon fumé, mini burger, mini hot-dog, patatas bravas, etc., entre 4 et 10 euros la portion) et des plats du jour qui revisitent les classiques, comme un parmentier de canard au foie gras. 8. Brasserie de l'Eden Il a fallu un fameux engin pour percer les ouvertures circulaires dans l'épais mur séparant le couloir d'accès de la salle de spectacle de l'Eden, à Charleroi, et sa brasserie. But de la manoeuvre, dans le cadre de la rénovation menée fin 2012-début 2013 : connecter visuellement les deux espaces pour que l'on ne fréquente plus l'un sans connaître l'existence de l'autre. De ce coup de jeune datent aussi le choix de la déclinaison du lieu en noir et blanc (les couleurs de Charleroi) et le bar de 10 mètres de longueur en béton. On accourt de loin pour les concerts, les veggie parties, les conférences, les soirées contes, slam ou jeux de société, les blind tests, les goûters en famille le dimanche après les spectacles jeune public, ou tout simplement pour profiter de la carte où pointent les accents belges et italiens. 9. Le Zinc Facile de reconnaître Franco, le maître des lieux : il porte une marinière. Et pas pour rien : son restaurant, au 1er étage de l'Atrium du Palais des beaux-arts de Charleroi, est spécialisé dans les produits de la mer. Pour une vingtaine d'euros, on y goûte du bar en croûte de sel, des linguine à l'huile de truffe et aux saint-jacques ou un carpaccio de poisson. Le rez-de-chaussée s'adresse lui aux gens pressés et aux budgets plus modestes, avec une carte panachant sandwichs, croques, soupes et un plat du jour autour de 12 euros. Un conseil pour les gourmands : ne ratez pas les gâteaux maison. 10. Bozar Brasserie Un restaurant étoilé, une institution culturelle de premier plan et un décor signé Victor Horta : la combinaison est suffisamment rare que pour être soulignée. Elle n'est sans doute possible que parce que, dans la gamme des degrés de collaboration, le chef Karen Torosyan a choisi la voie de l'autonomie avec, comme seules concessions à sa cohabitation avec Bozar, une ouverture en soirée, dès 18 heures, et un "menu pré-théâtre". Ici, Torosyan propose midi et soir une cuisine française reposant sur des produits de qualité exceptionnelle et un savoir-faire qui lui a valu le prix d'artisan-cuisinier de l'année 2017, décerné par le Gault & Millau, une évolution de 13 à 16 points en six ans dans le guide jaune et une étoile au Michelin depuis novembre dernier. Sans oublier son titre de champion du monde du pâté en croûte (en 2015). Les bourses les plus légères se lanceront sur le lunch 2 services à 29 euros. Ça doit être cela, l'accessible étoile... PAR ESTELLE SPOTO