"C'est la rançon de la gloire", estime Roxane de Varine-Bohan, l'une des cinq juristes du service "préservation de l'appellation" à Epernay, 140 km à l'est de Paris, aussi discret que stratégique, du puissant Comité interprofessionnel du vin de Champagne (CIVC) qui défend 16.200 vignerons et 360 maisons de champagne. Chaque année, en collaboration avec les autorités françaises et étrangères, il traite environ mille affaires, dans 80 pays. L'un des derniers dossiers s'est ouvert en juin, lorsque la Russie a adopté une nouvelle loi prévoyant que seuls les vins effervescents russes pourront s'appeler "champagne", tandis que les champagnes français devront s'étiqueter en "vin pétillant". Depuis, trois ministres français "ont écrit à leurs homologues russes pour demander la suspension de cette loi", rappelle le directeur général du CIVC, Charles Goemaere, qui "espère une réponse en septembre".

null, Belga
null © Belga

Les douaniers du Havre saisissaient le même mois 750 bouteilles d'un cola baptisé "Couronne Fruit Champagne" expédiées d'Haïti pour un restaurant en région parisienne. "L'objectif n'est pas d'obtenir des dommages et intérêts mais d'interdire l'utilisation du nom champagne sur ce produit vendu dans les Antilles françaises et en Amérique du Sud", ajoute Roxane de Varine-Bohan. Le comité va lancer une action civile contre l'expéditeur et essayer de retrouver le fabricant.

Environ 120 pays dans le monde ont reconnu l'appellation champagne, dont la Chine, "qui la protège très bien", selon M. Goemaere. "Certains résistent encore comme les États-Unis, la Russie, la Biélorussie, ou Haïti. Mais on va y arriver".

- "Détournements de notoriété" -

La reconnaissance de l'appellation d'origine contrôlée (AOC) Champagne remonte à 1936, aboutissement de la mobilisation des vignerons du terroir champenois, soit 34.000 hectares de vignes aujourd'hui, à 150 km à l'est de Paris. "En 1843, quelques opérateurs champenois ont obtenu de la justice que des producteurs de Touraine n'appellent plus leurs vins blanc champagne", raconte M. Goemaere. Depuis, la traque n'a plus cessé, le plus souvent dans l'ombre, quelquefois en pleine lumière comme dans les années 1990 quand le CIVC impose au groupe Yves-Saint-Laurent de retirer du marché son parfum "Champagne". "Nous faisons un travail de fourmi contre les détournements de notoriété. Nous sommes intraitables", affirme Roxane de Varine-Bohan.

Dans le Valais suisse, la vieille commune viticole de Champagne en sait quelque chose. Lorsque, au début des années 1990, sa coopérative décide d'appeler ses vins blancs "champagne" pour mieux les vendre, elle s'attire les foudres du CIVC qui l'attaque en justice. Le comité obtient gain de cause en 1999 grâce à des accords bilatéraux entre l'Union européenne et la Suisse.

Et en avril dernier, nouvelle victoire du comité, qui décroche l'annulation de la création d'une AOC baptisée "Commune de champagne".

- Renseignement mondial -

Même si en France, la douane affirme ne traiter qu'un "très faible nombre d'affaires relatives aux contrefaçons de champagne", peu de produits qui utilisent indûment le mot champagne échappent à la vigilance du CIVC.

Même les plus modestes comme, il y a quelques années, des bonbons vendus en Angleterre ou un cola distribué en Allemagne.

Cette vigilance s'appuie sur une toile tissée par le réseau des Maisons du Champagne dans dix pays, 70 cabinets d'avocats dans le monde et, surtout, les signalements envoyés par les amateurs de champagne. "Ces alertes représentent 80% de nos dossiers", explique Charles Goemaere. "Quelquefois, la contrefaçon peut alimenter des réseaux criminels", signale Roxane de Varine-Bohan. Au début des années 2010, les douaniers interceptent en Moselle un semi-remorque italien à destination de la Grande-Bretagne. Il contenait des milliers de bouteilles de mousseux bas de gamme estampillés "champagne" grâce à de fausses étiquettes. La piste devait remonter jusqu'à un réseau mafieux. "Tant que, partout dans le monde, le mot champagne sera aussi connu, il y aura de l'argent à se faire. Notre travail est infini", juge Charles Goemaere.

"C'est la rançon de la gloire", estime Roxane de Varine-Bohan, l'une des cinq juristes du service "préservation de l'appellation" à Epernay, 140 km à l'est de Paris, aussi discret que stratégique, du puissant Comité interprofessionnel du vin de Champagne (CIVC) qui défend 16.200 vignerons et 360 maisons de champagne. Chaque année, en collaboration avec les autorités françaises et étrangères, il traite environ mille affaires, dans 80 pays. L'un des derniers dossiers s'est ouvert en juin, lorsque la Russie a adopté une nouvelle loi prévoyant que seuls les vins effervescents russes pourront s'appeler "champagne", tandis que les champagnes français devront s'étiqueter en "vin pétillant". Depuis, trois ministres français "ont écrit à leurs homologues russes pour demander la suspension de cette loi", rappelle le directeur général du CIVC, Charles Goemaere, qui "espère une réponse en septembre".Les douaniers du Havre saisissaient le même mois 750 bouteilles d'un cola baptisé "Couronne Fruit Champagne" expédiées d'Haïti pour un restaurant en région parisienne. "L'objectif n'est pas d'obtenir des dommages et intérêts mais d'interdire l'utilisation du nom champagne sur ce produit vendu dans les Antilles françaises et en Amérique du Sud", ajoute Roxane de Varine-Bohan. Le comité va lancer une action civile contre l'expéditeur et essayer de retrouver le fabricant.Environ 120 pays dans le monde ont reconnu l'appellation champagne, dont la Chine, "qui la protège très bien", selon M. Goemaere. "Certains résistent encore comme les États-Unis, la Russie, la Biélorussie, ou Haïti. Mais on va y arriver".La reconnaissance de l'appellation d'origine contrôlée (AOC) Champagne remonte à 1936, aboutissement de la mobilisation des vignerons du terroir champenois, soit 34.000 hectares de vignes aujourd'hui, à 150 km à l'est de Paris. "En 1843, quelques opérateurs champenois ont obtenu de la justice que des producteurs de Touraine n'appellent plus leurs vins blanc champagne", raconte M. Goemaere. Depuis, la traque n'a plus cessé, le plus souvent dans l'ombre, quelquefois en pleine lumière comme dans les années 1990 quand le CIVC impose au groupe Yves-Saint-Laurent de retirer du marché son parfum "Champagne". "Nous faisons un travail de fourmi contre les détournements de notoriété. Nous sommes intraitables", affirme Roxane de Varine-Bohan.Dans le Valais suisse, la vieille commune viticole de Champagne en sait quelque chose. Lorsque, au début des années 1990, sa coopérative décide d'appeler ses vins blancs "champagne" pour mieux les vendre, elle s'attire les foudres du CIVC qui l'attaque en justice. Le comité obtient gain de cause en 1999 grâce à des accords bilatéraux entre l'Union européenne et la Suisse. Et en avril dernier, nouvelle victoire du comité, qui décroche l'annulation de la création d'une AOC baptisée "Commune de champagne".Même si en France, la douane affirme ne traiter qu'un "très faible nombre d'affaires relatives aux contrefaçons de champagne", peu de produits qui utilisent indûment le mot champagne échappent à la vigilance du CIVC.Même les plus modestes comme, il y a quelques années, des bonbons vendus en Angleterre ou un cola distribué en Allemagne.Cette vigilance s'appuie sur une toile tissée par le réseau des Maisons du Champagne dans dix pays, 70 cabinets d'avocats dans le monde et, surtout, les signalements envoyés par les amateurs de champagne. "Ces alertes représentent 80% de nos dossiers", explique Charles Goemaere. "Quelquefois, la contrefaçon peut alimenter des réseaux criminels", signale Roxane de Varine-Bohan. Au début des années 2010, les douaniers interceptent en Moselle un semi-remorque italien à destination de la Grande-Bretagne. Il contenait des milliers de bouteilles de mousseux bas de gamme estampillés "champagne" grâce à de fausses étiquettes. La piste devait remonter jusqu'à un réseau mafieux. "Tant que, partout dans le monde, le mot champagne sera aussi connu, il y aura de l'argent à se faire. Notre travail est infini", juge Charles Goemaere.