La nuit s'annonce courte pour l'équipe de Charles Kaisin. Dans son atelier du quai du Commerce, une vingtaine de personnes s'agitent encore à 19 heures. Ça coud, ça colle, ça téléphone, ça fignole, ça rigole... Nous sommes la veille du Dîner surréaliste que le concepteur organise aux Bains de Bruxelles, une piscine des années 50, située au coeur des Marolles. Au four et au moulin, le maître de cérémonie se pose un instant. " J'avoue, je suis un peu stressé. Mais demain, ce sera l'excitation qui l'emportera. J'ai encore eu une idée hier, pour habiller les serveurs lors du dessert, et il faut vite réaliser 25 capes, dit-il en désignant deux collaborateurs en train de plancher sur cet accessoire. Généralement, je donne les impulsions puis je vois comment les autres réagissent. On enrichit le projet jusqu'au bout. "
...

La nuit s'annonce courte pour l'équipe de Charles Kaisin. Dans son atelier du quai du Commerce, une vingtaine de personnes s'agitent encore à 19 heures. Ça coud, ça colle, ça téléphone, ça fignole, ça rigole... Nous sommes la veille du Dîner surréaliste que le concepteur organise aux Bains de Bruxelles, une piscine des années 50, située au coeur des Marolles. Au four et au moulin, le maître de cérémonie se pose un instant. " J'avoue, je suis un peu stressé. Mais demain, ce sera l'excitation qui l'emportera. J'ai encore eu une idée hier, pour habiller les serveurs lors du dessert, et il faut vite réaliser 25 capes, dit-il en désignant deux collaborateurs en train de plancher sur cet accessoire. Généralement, je donne les impulsions puis je vois comment les autres réagissent. On enrichit le projet jusqu'au bout. " C'est que l'homme ne lésine pas sur les moyens. Cinquante personnes sont attendues samedi et dimanche le long du bassin. Aux fourneaux, ce sera le chef étoilé Yves Mattagne qui officiera, après avoir installé une cuisine dans les couloirs du bâtiment public. Le chocolatier Pierre Marcolini se chargera, lui, du dessert. Pour apporter les assiettes de façon synchronisée, il y aura 25 serveurs, habillés différemment à chaque plat, sans parler de l'équipe derrière le rideau. Au total, une centaine de personnes s'affaireront autour des convives - des amis de Charles Kaisin, des collectionneurs venus dans notre capitale pour Art Brussels, des artistes, des people... Des intermèdes sont également prévus : une chorale chantant sous la douche et l'équipe de natation synchronisée bruxelloise du BRASS - " J'essaye toujours de mettre en avant des talents locaux. J'ai déjà fait venir, lors d'autres éditions, des académies, une troupe de Charleston et des marcheurs de l'Entre-Sambre-et-Meuse. Le folklore est important, c'est un reflet symbolique de notre histoire. " Cerise sur le gâteau, ce dîner - placé, pour cette cuvée 2018, sous le signe de Jules Verne - est costumé. " Tout le monde joue le jeu. Une amie a, un jour, demandé une robe à Yohji Yamamoto ; il y a aussi des chapeaux d'Elvis Pompilio... Cette fois, je serai dans un tablier brodé à la main par Kilomètre.Paris, une réalisation de fou ", annonce le designer, en dévoilant son accoutrement. Un show incroyable donc, sur lequel l'agence bosse depuis six mois mais qui est loin d'être un coup d'essai. " Le premier dîner s'est tenu dans mon atelier. Je voulais remercier une famille parisienne qui m'avait beaucoup aidé quand je travaillais, en tant qu'architecte, chez Jean Nouvel. Le thème était le Surréalisme. J'avais mis sur la table du gazon, des légumes anciens et des escargots vivants ; j'ai toujours aimé impliquer des animaux dans mes performances. Depuis, j'en fais un par an, à Bruxelles, pour moi et mes connaissances, et j'essaye de trouver à chaque fois un emplacement étonnant. " Au tableau de chasse de ce scénographe atypique : l'hôtel de Ville, le bâtiment Citroën qui accueillera le musée d'art contemporain ou encore une station de métro désaffectée. Si Charles Kaisin ne désirait pas en faire un produit commercial, de fil en aiguille, le concept en est tout de même devenu un, qu'il propose de par le monde pour de grandes marques - Hermès, Roederer, Ice-Watch... - et institutions - notamment pour les mécènes du Centre Pompidou. Des happenings de haut vol, peaufinés avec le souci esthétique exacerbé d'un chorégraphe. Et le Jour J, on assiste en effet, dans la piscine vintage, a un véritable ballet, tant autour des tables qu'en coulisses où règne une organisation quasi militaire pour ce repas millimétré. Alors que les hôtes rejoignent la pataugeoire pour un apéro apporté par des hommes équipés de bottes hautes en caoutchouc, on s'active déjà près du grand bassin : la langoustine de l'entrée sera dressée sur un galet, puis flambée en direct grâce à des brûleurs qui descendront des balcons, suspendus à des cannes à pêche ! Tout un programme. L'after se fera quant à lui à la cafétéria, transformée en cabinet de curiosités, où Bassel Abou Fakher, un réfugié syrien, viendra mixer. " J'avais laissé mes coordonnées au parc Maximilien ; Bassel est arrivé chez nous, il y a un an et demi. Quand on voit ce qui se passe aux Etats-Unis, ou même ici, on peut se montrer très fermés. Il faut s'ouvrir aux autres cultures et c'est déjà ce que faisait Jules Verne. On est en plein dans le voyage, qu'il soit imaginaire ou réel ", conclut le Bruxellois qui, dès le lendemain de ce véritable show, s'envolait vers d'autres cieux pour divers projets : des Dîners surréalistes, l'installation d'un origami géant à Hambourg pour Rolls Royce, mais aussi une collection de vaisselle annoncée pour juin prochain.